jeudi, 17 juillet 2008
Anthologie des correspondances névrotiques - Chapitre X
Chère Maman,
Je vous écris sûrement pour la première fois selon les termes du contrat. La mer est belle, la solitude est un plaisir qui me convainc tant et plus chaque jour. Parfois je me repais du silence comme s’il était encore plus plaisant que le doux bruit du babil de moi suçotant votre sein. A la bonne heure ! Sont-ce souvenirs bien lointains déjà. Je m’en souviens ou je ne m’en souviens pas, peu importe, il m’est à chaque fois comme un retour dans la lessiveuse matricielle quand j’observe la scène de la mère à l’enfant. Où il est question de machine à laver. D’aucuns et d’autres diront que ça est obscène, j’y vois là peut-être un Seurat de mauvaise facture, couleurs pâles et passées, la mère et l’enfant, dada, dada, hue ! Le nec plus ultra de ce que l’on pourrait appeler la petite, tranquille et fade saveur qui fait le sel de notre existence. Arrêtons-là avec ces souvenirs de couche. A quoi bon mâchonner des images. Je ressasse comme si j’étais sur le pot. Et puis ce style avachi. Quoi d’autre ? Je sors, je rentre, parfois je m’étale un peu de tout mon long morbide et flasque sur le sol pour en sentir la raideur, quelque chose qui n’existerait pas plus, le sol, simple et posé, quatrième étage porte de gauche, un gisant regarde le plafond les yeux débiles et rieurs. Une petite méduse ou un Munch. Epuisette. Que celui qui a inventé les murs repose en paix comme je roule ma tête sur sa bosse de la gauche vers la droite en me demandant pourquoi elle n’est pas plus ronde. Avec l’effet de ressac, ma tête serait comme un bac à sable. Qu’est-ce que ça veut dire marcher sur la tête ? Peut-être finira-t-elle par se polir contre le bois du parquet ; c’est tout ce que je me souhaite en ce jour béni de fascination adolescente du rien.
Les journées sont longues, souvent rythmées par des bancs et des rives que je m’imagine histoire de penser au dehors. Je n’ai pas dit qu’il était question de barque, passez-moi vos conneries lacaniennes. Il m’arrive de ne pas très bien comprendre ou tout cela voudrait en venir. Mais ça vient, ça vient, ça tourne. J’ai mis un miroir en face de la fenêtre pour ne plus avoir à pencher la tête vers le modèle original. C’est une sorte de rétroviseur dans ma voiture rocambolesque, parfois je caresse plutôt l’idée que c’est un bateau, beaucoup de transport, locomotive et tête dans le guidon du plaisir de ne pas nous déplacer. Voilà que je double mon énonciation, sûrement suis-si vaste par ces instants que je me croirais multiple. Ca va, la cuistrerie de toutes ces références policées, ça flatte votre ego de professeur à la petite semaine. J’espère que vous comprenez de quoi je veux parler. Le gouffre, ah oui. Pas tellement non : je me félicite de n’avoir jamais eu de période faste en la matière. Il devient tant et plus facile de s’en passer de ce même fait : j’habite des lieux qui en sont dépourvus. Autre chose : il faudrait changer l’ampoule. Oui da, je cherche à vous distraire, tromper l’attente du spectateur en dépit de la faible teneur de ces informations. C’est-à-dire dans quels draps je m’embarrasse. Je me prends pour un seigneur, comme quand on me déguisait en César pour certaines occasions. Drapé tel un Bachir, l’épée à la main, ergo sum animal post nihil nostrum triste. Vous sentez que ça colle aux parois un peu ? La pensée circonvolutoire rend les choses assez compliquées. C’est un peu l’effet de la paraffine sur mes tempes ou quelque chose de cet ordre. Je cherche un détail qui viendrait asserter le caractère informatif et bienveillant de ma lettre qui se doit de renouveler notre amitié. Les dents, c’est ça, les dents. Je mords la vie sûrement en des soirs au couchant : ceci m’est tout droit venu de notre petite âme slave. La bonne blague. Vous allez me faire le coup des datchas et de la petite eau. J’ai quelques doutes quant à l’influence des peuples décadents par transfusion borderline. Sur le mélange des couleurs il y a le sang bleu ou le russe blanc, quoique je préfère m’en tenir à la boisson. Je voudrais tant que vous me pardonniez pour tout ça, mais je sais bien que vous ne pouvez pas. Aimer quelqu’un plus que soi-même. Ca vous rappelle à la raison, pas vrai ? Mes hommages.
Elsa O. - 2008
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jeudi, 10 juillet 2008
Anthologie des correspondances névrotiques Chapitre VII
Cher Lucilius,
Il semblerait que je n’écrive à personne d’autre ces temps-ci qu’à moi-même. Plus la force de parler ou de rire à vos blagues, mon petit moi intrinsèque qui me dégoûte cette fois et tant d’autres plus que d’habitude. Mécréants sommes nous. J’aurais voulu faire l’éloge de ces quelques fois si doux où nous fumes descendus dans les profondeurs de nos âmes intérieures. Je me traîne ça et là comme un marasme délicat, champagne et vodka, vins succédanés nous égarent tant de fois. Il avait semblé ce soir-là qu’il existât des âmes fortes, esclaves ou mortes. Elle faisait sûrement la poésie plus en parlant tellement elle ne voulait pas l’écrire. Les faiblesses elle savait les écrire le mieux. Des faiblesses qui vous gagnent, des angoisses qui vous mangent comme un suc. On aurait presque vécu avec ce cher Woody parfois, quand on se racontait avec délectation nos délires nocturnes et défenestrés. In that dream, you know, suddenly there was smoke in the washing machine and I felt myself losing my head over and over again like a plastic ball dismantling over and over against broken dishes, I mean, really losing it, you know ?
De ces soirs où je ne murmurerai rien à personne. Qu’on me demande de me taire. C’est ma tête qui vous revient pas sûrement c’est ça. On me l’a déjà dit en entretien d’embauche. Bonne frimousse, loin, longue alléchante et fine, c’est ça. Pas d’ennuis, pas de problèmes et surtout jamais de soucis. Les larmes vous font horreur, la vue du tremblement d’une lèvre inférieure vous angoisse plus que si c’était la vôtre. Quelle faiblesse ! Il aurait fallu tuer en l’homme pour qu’il ne soit pas juste tripes et boyaux congruents en décomposition qui pleure chie et se morfond sur son triste sort. Maîtrisez-vous deux minutes. C’est pour la décence. La grandeur de l’homme et de la femme ne vaut que pour sa misère, on s’en souvient trop peu. Il me vient à l’esprit quand je comprends cette désaffection soudaine pour l’empreinte moindre de sentiment que c’est peut-être ça qui nous relie, ça entre vous et moi. Chacun décide de son malheur comme il l’entend, peut-être ils auraient eu le droit de s’asseoir à leur propre fenêtre, boire et fumer, manger si mal et baiser sans envie pour ne pas en dormir par suite. Etre imparfait qui vous soulage en rien, ne pas y être à temps, rater la messe et se disputer avec son analyste. Deux petites minutes. Je me contrôle, c’est par écrit, ça ne salit rien dans votre estime, écoutez-moi encore un peu. Je disais que c’est bien compliqué là ; la propreté et l’indigence ou l’indulgence, bref des histoires de qualités à prendre ou à laisser. Bon, je m’égare. C’est aussi le problème quand on essaie de mettre à l’horizontale une pensée ronde et charnue. J’ai le même ennui avec de délicieuses demoiselles, cela posé. N’y voyez là aucune goujaterie, ce sont encore bien des choses de la vie. Comme une odeur qu’on aurait laissé sortir. Taquin, va.
Peut-être je serai resté encore des heures à me bouffir de larmes en attendant l’ascenseur, gênant mais si peu finalement, de vous savoir intraitable. Ou alors ce sentiment doux de procrastination qui aurait permis de résoudre les marches d’escalier entre moi et mon petit walter ego de devoir être. Sais pas. Ca vous semble bête, pas vrai ? J’étais juste en train de rédiger quelques notes pour ce devoir-être imparfait qui me fait défaut. C’est idiot de manquer son existence de si peu, comme le train, vous me suivez ? Si on part de là, Freud et la symbolique des trains vaudrait d’être revue sous d’autres cosmogonies. Voilà que j’ai encore perdu mon idée. Vous voyez, ce serait pourtant pas compliqué vous et moi et un petit jeu de cartes à la terrasse d’une station balnéaire un peu zone, on aurait pu surveiller la voiture de loin et finir le Vermouth le sourire en coin en attendant l'orage. Quelque chose de modeste pour faire passer le temps pour les deux êtres égayés que nous sommes. Du moins je l’espère ! Egayés c’est un peu fort de café, j’en conviens. Drôlatiques irait sûrement mieux, à la va-comme-je-te-pousse, un peu clownesques, farfadets tant qu’on y est. Voilà que j’enrobe encore ma pensée d’adjectifs inutiles. Je sens que vous perdez patience. Ca va, ça va, le coin inférieur gauche de votre lèvre tremble sensiblement, mais pas pour les mêmes raisons que moi. Reconnaissez que c’est effrayant, le mécanique plaqué sur du vivant ; pas du tout drôle, n’en déplaise à. Je pense néanmoins que vous n’être pas plus enclin à la survie dans cette blague futile - nos existences – c’est moi qui souligne malgré vos velléités et dispositions pour un destin plus au fait des convenances. Ne vous croyez pas tout permis.
Elsa O.
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mercredi, 09 juillet 2008
Anthologie des correspondances névrotiques - Chapitre VIII
For what it’s worth, Buffalo Springfield - mp3
Lettre à ma Blonde.
A quelques mètres de la californienne so hot et surtout so cliché, pas loin.
Auprès de ma blonde, celle qui s’en souviendra, la blonde diaphane, pulpeuse ou tout simplement celle qui laisserait sourdre un peu de folie, briser la glace entre deux verres, ma blonde que je voudrais encore plus folle, plus esseulée et dépressive, celle qui trempe un prozac en pousse-café dans son whisky en éclatant de son rire insupportable, celle qui aura su faire voler en éclats ce qui restait de la blonde ficelée au cadre, étouffée par sa triste image de baby doll pré-Marilyn post-péroxydée. Ma blonde glaciale effrontée et brûlante suffoque sous le plastique du linceul vicié, la marque de son lipstick deep red souffreteux bave gentiment au contact de la buée just for fun, elle s’étouffe de plaisir end of the trip.
C’est aussi ce que j’ai pensé en revoyant ma blonde préférée, plus hitchockienne que californienne, ma blonde à moi s’appelle un flash photographique comme une épreuve surexposée au babyliss, lapsus d’un œil trop lustré d’avoir halluciné le clair obscur de ses attentes lascives, postures et impostures de my classic, dirty and so convenient blonde, petit nez mutin et pommettes blushées strass, so gorgeous end of the strip
Je voudrais qu’elle se souvienne comment elle est arrivée ici, ma blonde épurée, l’allure défaite et dégingandée, les cernes bistres et le rimmel roulé sous les cils, valise à la main, un mégot fumant entre deux doigts, l’allure et fine et détruite, ma blonde chétive et désaxée, un râle en guise de réponse histoire d’enterrer les pin up and down, elle évase sa démarche volontairement pour n’être plus que dans les à peu près, émaciée et gracile , peau translucide et maladive, son vernis comme une tache de sang constellé, elle, dont le rire grave me rend si pauvre et laid et cruel de n’atteindre pas sa grâce de pétasse indomptée.
Il faisait une chaleur à crever quand elle est arrivée, on était tous là, accoudés à la voiture à tenir les murs, on a entendu ses talons noirs qui crissaient sur le bitume brûlant, on était épatés, même qu’elle est passée sans nous voir, dans un moment d’inconscience, goguenard, j’ai lancé « Light my fire Kelly » alors elle s’est retournée, comme ça, juste ses yeux mais merde, j’avais pas l’air malin, comme qui dirait j’en menais pas large, elle m’a jeté un regard ça voulait dire right here right now, un regard comme ça à un chic type comme moi, j’en aurais pleuré.
Diaphane, la blonde, qu’on se le dise et redise, elle voudra qu’on lui rende ce qu’on lui a volé, lunettes noires et vernis rouge, dents blanches et clefs sur le contact, elle me regarde et piaille de sa voix de ripaille, Honey, what the hell are u doing ? et tout pétri et crétin de fierté sous mon chapeau, Ray ban sur le nez, j’ai pensé : I am such a lucky man.
Elsa O. 2006
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dimanche, 08 juillet 2007
Anthologie des correspondances névrotiques - Chapitre I

Se jeter nu dans les draps d’une chambre d’ hôtel. Bien vite, surtout. J’ai plongé dedans, ça sentait quelque chose comme la fraîcheur, ça sentait des images qu’on a mis dans ma tête alors que je ne me souviens pas les avoir vécues, le grand drap blanc qui met du temps à retomber, gonflé par l’air pur, inconsumable. De grands draps blancs dans une grande chambre lumineuse, peut-être une tasse de café Grand-Mère vient parasiter le décor mais pour une fois je ne m’en souviens pas. La béatitude, quoi. Voilà bien longtemps que je suis là. Jeté dans les draps de l’hôtel, je sais qu’il ne faut pas attendre. J’ai précisé que je ne voulais pas qu’on sache la nature du lieu ou je me rendais pour la bonne raison que j’ai décidé une fois pour toutes de m’ériger en homme romanesque. Cela de plus pour ma postérité. Car il faut bien que j’y travaille. Des gens qui partent tous les jours pour diverses raisons dans des lieux obscurs, d’autres moins. Pas de quoi se jeter contre les murs. Moi je me jette juste dans les draps soyeux d’un hôtel luxueux, ça oui, j’en suis presque gâteux, longtemps j’ai conspué le retour aux choses simples, maintenant je me régale avec des draps vides, j’en bégaye de béatitude, vides et frais c’est ça surtout, libérés de ta chaleur moite, dieu m’en garde ,bien loin, voilà : c’est comme ça que je voyais les choses. Je folâtre dans des draps quand tout le monde me croit mort, ou pire, échoué sur une plage, marchant seul sous une pluie battante , des questions terribles me crevant le cœur, parti réfléchir. Je ne me lasse pas de cette dernière fantaisie. Car je suis fantasque aussi. J’ai bien joué le drame, je suis un sombre plaisantin, c’est pourquoi ajouté aux draps la jouissance de savoir orchestré mon petit départ comme un chef, j’ai laissé ma trace comme il fallait, là où je ne suis plus on parle encore de moi, voilà qui n’a de cesse de me réjouir. J’adore peaufiner les préparatifs. Je suis un homme du détail. Qu’on s’en souvienne.
Il pleut dehors, ce qui me procure toujours une sensation plus agréable, encore une image imprimée qui me fait croire que j’ai toujours adoré ou rêvé d’y être, me blottir dans les draps avec le spectacle de l’orage, je suis béat comme un toucan, tu m’en diras tant. De toute façon j’ai bien fait de ne pas t’emmener, tu n’aimais rien, jamais, sauf moi , c’était justement l’ennui. Me voilà content. Tout à l’heure peut-être j’irai boire un verre, ce sera différent enfin, je ne connaîtrais rien, je regarderai la porte qui existe en me disant « une porte », tout sera simple , et je me verrai en train d’ouvrir la porte pour savoir ce qu’il y a derrière, je serai vraiment moi, un homme qui ouvre une porte, une fois, tu te souviens de ça, petite bécasse. Il me vient parfois quand je te regarde que je suis né fatigué. C’est sinistre ou non plutôt ça me rappelle que je sais pourquoi nous ne vieillirons pas ensemble, de toute façon tu ne relèves pas la référence , ça c’est sûr, je ne sais pas pourquoi je persiste à faire dans la dentelle pour instiller une once de subtilité dans nos conversations, finalement il n’y a que moi qui y crois, tu ne fais que passer à côté de tout, c’est pire ; en fait le meilleur c’est encore que tu n’en ai pas conscience. Ca ajoute au comique que je suis . Mon premier credo : Bonheur à l’imbécile, béatitude à l’homme libre. Ca nous résume tous deux, je sais, n’applaudis pas, j’ai toujours été un homme à formules. Un grand homme.
Aussi je me félicite : voilà qui est heureux. Les draps blancs, mon esprit gâteux qui savoure le moelleux du tissu, je suis enveloppé, je pense que tout à l’heure en allant boire un verre il fera froid, il pleuvra encore, et cela me fait aimer ce drap et cette chaleur plus que tout. Tu te souviens Elise, ta manière sournoise de confiner à l’empêchement : trop tard pour dormir, trop tôt pour manger, ma petite tarte. Je pense à faire un gâteau. Je veillerai bien à engloutir goulûment toute la pâte et à n’en laisser rien surtout, tu n’es pas là pour le faire cuire, de toute façon avec toi tout est trop cuit, consumé, en fait rien n’a de saveur, tu es comme le saladier du gâteau que je lèche avec échec : c’est toujours trop peu. Mon petit chou, je t’ai laissé de quoi te morfondre, je n’en peux plus de rire en imaginant ta tête boursouflée et ton nez retroussé à la lecture de ma lettre. Ta laideur sournoise de femme sèche te va aussi bien au naturel. Surtout je vais veiller à bien faire tout ce dont j’ai envie, je bénis ce silence et la fraîcheur des draps encore une fois. Qu’il est bon de goûter à ton absence, un vrai délice, une bouffée délirante. Ce soir dans ma chambre je poserai sûrement mes nouveaux effets que j’ai acheté tout à l’heure, que j’ai mis deux bonnes heures à choisir pour ma petite personne, brosse à dent et serviette, la couleur, la texture, le bonheur du choix, dépareillés bien sûr . Je n’en pouvais plus de penser à leur utilisation future, ce choix au préalable, je voyais déjà la brosse à dents pastel sur le rebord de l’évier, je suis un homme comblé. Je me fais l’effet à présent d’un hédoniste éclairé. Je crois qu’il faudra un temps d’adaptation, tu sais, je pisserai sagement dans mon bain en pensant à toi, une fois ces diableries faites, peut-être alors je serai de nouveau un homme. Un homme qui assume ses désirs et n’éprouve pas le sentiment épais et amer de n’être plus avant d’avoir été. Surtout ne t’en fais pas, te savoir encore vernie de moisissure m’assure d’avoir longtemps ce goût dans la bouche, qu’on en reprendrait bien encore : celui du rescapé. Je ne m’inquiète pas pour toi si c’est cela qui te mortifie le plus,. Ne t’en fais pas. Souviens-toi : Bonheur à l’imbécile, béatitude à l’homme libre. J’aurais voulu trouver quelque chose de plus intelligent à dire pour bien marquer ce qui nous sépare, mais je suis un peu las, ou plutôt non : je n’aime pas offrir ma confiture à un petit cochon comme toi. C’en est trop pour une fois. N’oublie surtout pas de signifier avec ardeur ton désarroi, de porter le deuil aussi, je sais que tu n’y manqueras pas. Car voilà enfin que viennent poindre mes lettres de noblesse... je suis un bon salaud, ne l’oublie pas.
Elsa O.
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samedi, 02 juin 2007
Du verbe partir.
C’est
arrivé un matin. Trouver comment partir, faire ses bagages, le choix d’une destination, le sommaire d’une valise. Prendre son sac à son cou, son envie à deux mains, vite, avant que la raison ne revienne, avant l’assaut des formalités du phantasme. Prendre une douche, remplir un sac. Comment ce serait de transférer froidement de petites économies, vers quel billet d’avion se diriger. Se demander à quoi l’on rêve d’abord. La musique devient trop essentielle pour n’être que le souvenir d’un passé révolu. Retrouver une musique qui soit celle du présent, au mieux, remettre quelques images sur la bande. Mentir, fuir, ne rien dire, se créer sa propre blague, qui ne surprendra personne. Il y a bien longtemps que cette image fantasque se balade. Penser aux discussions interminables quant aux vertus du voyage, un naufrage organisé, le trou dans le cv, la fin des cotisations sociales. A celle qui aura su m’y faire rêver d’être quelqu’un d’autre ailleurs, changer de nom et puis le reste. N’être plus qu’un corps nu et écorché, en attente, dans la nécessité.
Peut-être est-ce arrivé un soir, quand la ville encore ne savait plus tourner sous mes pieds. J’essayais de refaire le film de la chienlit urbaine sans n’y voir aucune trace. Les saltimbanques y sont sédentaires, les figures sont sales de connaissance qu’il faudrait savoir se changer. Promener son chien imaginaire, tourner à n’en plus finir dans les mêmes rues et n’en savoir que trop les moindres subtilités. Est-ce encore La Ville , çà et là, où tout m’attend au tournant. Sûrement ai-je aussi pensé à toutes les conneries que l’on dit sur les chemins à prendre ou à laisser, à suivre ou à passer, ce qui berce secrètement tout esprit asphyxié.
Peut-être est-ce arrivé encore plus tôt. Le départ ne devrait exister que sur des malentendus, se faire appeler Jules ou prendre le Pérou. J’ai pensé Caracas pour le nom, pour la chaleur et puis le reste. On finit par se perdre quand on ne sait plus où chercher. J’ai pensé à tous ceux qui partent raisonnablement, ceux qui embrassent sur les quais de gare, ceux qui laissent de quoi les savoir quelque part. Le romantisme anglais m’a rappelé à l’ordre en regardant les arbres battant sous le vent, mon dieu quelle tristesse encore il aurait fallu épuiser. J’ai pensé à tout ce que l’on garde pour soi, aux regrets sitôt acceptés, aux excuses que l’on se profère parfois comme pour soi-même, à la mort. J’ai laissé la clef sous le paillasson, pas la peine de s’embarrasser d’autres formalités, le soleil n’est jamais plus beau qu’un matin où l’on se met en route.
Elsa O.
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dimanche, 29 avril 2007
Absolution mélancolique.
Un rendez-vous fortuit. Au cours de la journée, l’idée même du rendez-vous reviendrait plusieurs fois pour oublier d’attendre. On ferait une chose et l’autre. Il ferait calme et la chaleur travaillerait au dehors. Elle travaille le ciel et la pierre de l’autre côté, elle travaille les rues et la ville tout entière abasourdie et désertée. La raison fait qu’on la devine de l’intérieur et qu’on ne lui fait pas face. Il y a le silence de la chaleur, plus probablement. Ce qu'elle mortifie, aussi. Quelque chose de palpable. Plus tard alors, l’apéritif aux heures raisonnables où la chaleur se disperse, de ces soleils mourants d’autant plus pourpres et persistants qu’ils ont travaillé la surface, la fraîcheur estivale, une petite terrasse sous le soleil frémissant vient combler la mélancolie.
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D’autres fois il y aurait eu des journées pleines, des journées que l’on traverse sans les laisser nous parvenir, marcher au-delà, parcourir l’espace plus vite qu’il ne passe, ces journées où le soleil aura travaillé sur la peau, échaudé les esprits par le savant mélange de l’eau et des cris, ferveur futile et estivale, le parcours de la distance. il y aurait alors le moment de retour à soi, solitude essentielle d’une douche salvatrice et rituelle pour laver le sel de la peau quand la chaleur décline, un apéritif sur la terrasse parmi les gens lustrés aux yeux brillants, un martini frais et la chaleur encore présente, parfois quelques moments d’absence à regarder le soleil disparaître, sous fond de musique brésilienne, mourir un peu, quand on aura si vite cuit au soleil. Il faudra après avoir mis tant d'espoir au matin laisser respirer çà et là pour tout ce que, la tristesse, le regret, les remords, l'apaisement après la futilité ? comme l'expérience après l'innocence, le siècle meurtri, une fois de plus, cela était palpable, tout souffrait l’été maladivement au plus haut.
Elsa O.
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vendredi, 27 octobre 2006
Des clameurs andalouses - L'échappée belle 4
Au détour des rues nous marchons sur le côté, tu portes encore cette fichue robe impossible et rouge, bien sûr, toujours de circonstance la maudite inconstante, ton rire perle doucement cette fois, comme pour mentir le paisible du soir. Au loin vers le vieux village on entend pourtant percer quelques bruits festifs.
Ce matin nous avons marché longtemps, tu avais les cernes bistres et longs, prolongés sur tes joues, tu avais pleuré, tu ne savais plus, tu demandais encore, incessamment comme une longue complainte, comment pourquoi, qu’est-ce que nous sommes venues chercher, tu disais d’une voix qui tressaille mais enfin je ne comprends pas ce qui nous fait arriver ici, dans le silence, tout est si solennel, tout me rattrape et tu ne sais plus me faire fuir. J’ai pris ta main et nous avons couru vite, il fallait épuiser cette tristesse, celle qui s’arrêtait devait mourir pour l’autre aussi j’ai couru longtemps et tu vacillais derrière moi, je sentais ton souffle coupé mais aussi ta main serrée comme du défi. Enfin nous sommes arrivées dans la ville, il faisait une chaleur qui étouffe, tes yeux se plissaient sous les éclats de la route blanchie par le soleil insupportable, la terre battue se collait à nos jambes humides de sueur d’avoir couru jusqu’ici. Enfin, la petite boutique ; tu n’y crois plus qu’il y ait des gens ici, tu penses que c’est un village fantôme que tout est mort, que j’ai voulu trouver une Atlantide qui te fasse sentir ta seule présence comme un rêve, la petite boutique c’est une vieille femme dedans, tu essayes des chaussures de flamenco, la saveur première revient enfin, je suis apaisée et lasse de tes humeurs indociles, tu t’es jetée comme une gamine assoiffée par terre, tu as essayé des chaussures, des tas, des rouges et noires surtout au milieu du magasin, à même le sol poussiéreux, tu passais frénétiquement les boucles, tu faisais claquer par terre que ça fasse bien du bruit, que ça claque bien comme les danseuses, comme nous, tu disais. Je souriais un peu, nous sommes sorties avec ta robe rouge impossible et nos chaussures comme des imposteurs de fortune, adios senorita, tu marchais sur les trottoirs pour que ça claque bien fort, inlassablement tu faisais le bruit les chaussures encore, pour entendre l’écho. Le soir alors la gaîté revenue tu espérais que nous allions vers les lumières du vieux village dont on entendait sourdre la rumeur au fond, tu marchais vite, devant moi, tu trépignais d’impatience, bien sûr tu avais mal aux pieds d’avoir tant sauté, tu avais une faim de loup tu disais, une faim d’andalouse, une soif des hommes qu’il y avait là-haut, la robe rouge impossible ce n’était pas pour eux, bien sûr, c’était pour leur rire à la face leurs regards étranglés du désir sale et vil, sur la route encore tu te retournais vers ta complice, on claquait des mains ! hombre ! je ne pouvais que céder à toi, à tes regards de langueur facétieuse, tes œillades volées . Nous avons bu beaucoup là-haut dans le vieux village, je t’ai perdue dans les rues, tu courais en criant mon nom, parfois tu m’appelais Carmelita pour qu’on y soit encore un peu plus, tu passais dans les bras des uns, des autres sans jamais t’arrêter, l’alcool me rendait mélancolique et j’essayais de te suivre dans ta course folle, les yeux brillaient de plaisir innocent, tout souffrait encore maladivement l’été au plus haut, tu finis par te lasser de toutes ces mains prêtes à te saisir, c’était délicieux pourtant, ici et là des étreintes esquivées pour finir sur la route élancée à la mer je courais devant toi cette fois, sans nos chaussures dans la nuit. Nous avons dormi sur le bord, un instant nous sommes tombées d’épuisement, tu dormais dans mes bras, je grelottais un peu malgré ta frêle chaleur, je priais en moi-même pour que la pluie ne vint pas, pour que rien ne nous rattrape, personne ici, dérobée à ton ombre, à tes silences de quand nous étions encore dans le sale de l’habitude, ma petite précieuse convalescente, tu dormais enfin du sommeil du Juste après avoir exulté, vomi le monde qui t’avait trahi là-bas, tu avais craché tout dans la ville andalouse, la ville andalouse, juste au dessus de nous, de laquelle nous parvenaient encore le songe d’une berceuse, le long sanglot de la musique, presque le silence retrouvé après le vacarme des souliers claqués de part et d’autre qui faisaient comme fumée autour de nous, ta tignasse poussiéreuse, demain, à la mer.
Elsa O. 2005
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jeudi, 26 octobre 2006
Tentative onirique
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à F.C-T.
Florence Florence toujours Florence encore jamais toujours toi moi Florence une ronde endiablée quelque chose vient de se rompre je te rejoins je te perds encore je crois un tourbillon bizarre et déchiré qui me tient je ne sais plus j’ai couru puis je me suis endormie un soupçon m’a perdu au dessus du vide j’ai perdu les jours que j’avais dans la main je les tenais bien enserrés dans ma main et pourtant ils sont tombés c’est bête tout de même des jours qu’on avait précieusement mis de côté qui tombent par terre comme ça stupidement ils se brisent sur le carreau je passe le balai et tu ne m’attends pas-tu prends le premier train vers la gare ou plutôt le premier avion vers l’aéroport c’est plus absurde encore tu es toujours aussi longue toujours aussi volée et volage tu es toujours aussi dérobée comme à la folle allure rien ne traîne rien ne se suspend rien ne pèse rien ne se suspend je regarde une boîte de haricots verts devant une église quelle idée saugrenue le blasphème-liberté on partira un matin pour le soir on partira une semaine pour un mois Florence et moi eh regardez-nous sur le dos d’un plat on jouera les fugitives je porterai des clefs pour ouvrir les portes et elle portera autre chose Florence elle porte peut-être notre passé sur son dos ça fait déjà beaucoup ça fait déjà beaucoup sur un seul dos ou alors elle portera des projets comme un grand diable elle se faufilera dans le train je ferai diversion parce que je suis très distraite très sotte aussi alors je ferai diversion vers le tabac de la gare j’achèterai peut-être des réglisses ou ce genre d’article qu’on n’achète jamais, ou non ce serai trop suspect je veux dire Florence elle pensera que je veux qu’on échoue alors que c’est faux on m’a envoyé ici pour fuir, j’ai été volontaire pour fuir tout de suite fuir avec tout ça qui nous emporte loin après il faudra que je saute vers un autre train pour rattraper Florence parce qu’elle n’aura pas perdu son temps elle aura probablement trouvé des complices de la fuite dans le fichu train qui ne m’a pas attendu moi je serai sur le train comme une perdue comme un voyageur qui ne voulait pas vraiment partir ou qu’on n’a pas attendu je ne sais pas peut-être Florence elle aura pris soin de moi Florence elle prend toujours soin de ses affaires et je suis une bonne affaire, tout de même, à la petite semaine.
Elsa O. 2005
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samedi, 21 octobre 2006
Anthologie des correspondances névrotiques - Chapitre III
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Ou une lettre d'adieu pathétique
Il est des poésies d’un temps nouveau qu’on ne saurait oublier. Il est de ces rêves qui vous suivent à la trace, comme happé par le remords, dans l’impasse d’être réalisé. Mon petit rêve si cher à moi, une meurtrissure le long d’un fossé, souvent tu me reviens. De même, il est poésie rêvée au creux de ta peau affleurée, un souffle, quelque chose ne tient plus en moi. Dans la nuit vous m’emportez encore: je vous rêve c’est idiot à défaut de ne pouvoir plus vous saisir, évanescente, jamais atteinte, toujours dans la pause. Ailleurs cette fois il pleut je cours murmurant vos initiales. Des belles-de-jour relèvent les jardins pareils à certains de vos mots, elles jaillissent dans l’instant, c’est encore votre peau que je sens ici mieux: je voudrais la deviner. Plus tard, ailleurs sourdent les effluves d’un autre temps, souvent je pense à vous qui m’oubliez, je me souviens que vous m’oubliez, je me souviens que vous n’avez jamais su, ce que vous n’avez jamais su voir, voulu entendre. Je pense plus vite vous m’oublierez, plus longtemps je me souviendrai de vos mains blanches.
L’été à la lueur des phalènes, elle est toujours la même. Belle-de-nuit luminescente, quand bien même cliché éculé, souvent brune, insaisissable bien sûr, perspective fuyante toujours. Au début je m’attarde sur son regard, je creuse le contour de ses seins à peine dessinés sous sa robe, ses reins. Elle a la beauté blanche des anorexiques, ses formes graciles se devinent comme naissantes et mourrantes à la fois, ses os tracent des lignes droites et rigides qui voudraient se briser. Elle disparaît ensuite au détour d’un angle, au bord de la rupture où sa longueur s’étend, et je finis par ne faire que la chercher au détour des autres. Ils deviennent scandales de n’être pas elle, quand bientôt elle réapparaît, déjà elle sent mon regard qui la possède, à chaque fois comme la première fois, je lui parle de vodka-cerise et de Martini-olive, tout prétexte banal a sa grande cause. Elle finit par se départir d’un grand rire à faire pâlir mon cynisme de grand échalas, alors que je commence par croquer délicieusement sa gorge délicate du bout des lèvres, j’oublie de dire comment, combien, à quel point ses lèvres pomme-cannelle, je dis excusez-moi follement elle dit embrassez-moi du peu, la sentir trembler sous mes mains, tout va plus vite, je sais la réinventer tout en priant qu’elle ne sache pas qui je suis, elle ne veut pas savoir mes antécédents de jeune mécréant en chasse comme je ne veux pas connaître la marque de son pull ni l’odeur de son appartement, qu’elle se tienne là, céleste et violente. Il y a quelque chose de trouble, quelque chose de trop, un homme nous effleure tandis qu’elle voudrait nous cacher, enfin madame, le connaissez-vous ? Elle rit de mes formules obséquieuses, elle ne sait pas répondre, pourquoi revenir à de si basses considérations, elle concède qu’ils sont venus ensemble à demi-mot bien sûr le regard craintif encore plus délicieuse elle ne pourrait pas, à croire qu’elle sait y faire pour jouer le naturel virginal, être celle qu’on embrasse sur les yeux. Oisif et brutal, je me suis saisis d’elle comme on commet un casse.
Plus tard, d’autres matins, d’autres soirs, elle est là, elle ne porte plus sa robe blanche, elle a échappé ses deux yeux rapaces et rieurs loin de moi, elle s’est affadie, quelque chose s’est tu ; le silence contre tout ce qui pourrait l’atteindre. Elle dit qu’elle ne se souvient pas, qu’elle a oublié comment, combien à quel point, tout ça, elle a oublié. Je ne cherche plus à convaincre, convalescent, peut-être, con, certainement, je voudrais une dernière fois me confondre au devant d’elle, à travers elle, tout en dedans, nu, pour qu’elle me comprenne, mon cœur familier, ingrate, t’en souviens-tu ?
Elle a écouté patiemment puis je crois qu’elle a dit la vie est trop courte pour certains qui savent la saisir. Elle a dit ça en déchirant l’emballage du sucre, avant de faire prestement ses bagages cers celui qui l’avait porté à moi, elle a dit encore, une dernière fois, la vie est trop courte pour ces considérations-là. Je t’appelle, prends soin des enfants et puis c’est tout.
A toujours vouloir partir l’on s’épuise. De vous à moi vous avez mis quelques milliers de kilomètres, des correspondances, matérialisons la distance. Parfois bouffi de larmes je finis par sourire, je vous porte en moi, c’est comme cela, pas autrement. Que vous soyez ailleurs, certes, je ne pourrai m’en défendre. Que vous ne soyez plus, passons cela encore, vous serez à travers moi ce que vous m’avez laissé malgré vous, à votre corps défendant, vos miettes de reniement vivace, une trace. Encore vous réapparaissez, furtivement, vous m’épuisez encore de vos simples mots, vous tentez de plaire, soit. La fierté est sûrement le seul de nos chemins, tendre et leste, droit bien sûr parce que comme il se doit d’être, évident, nous n’irons pas jusque là, là où nous sommes jetés.
E O. 2004
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vendredi, 20 octobre 2006
Anthologie des correspondances névrotiques - Chapitre II
Il me tarde l’exil. 22h16 à l’horodateur. Merde. Vite. A droite, à gauche, coup d’œil furtif, toujours plus ou moins la même histoire, le même cliquetis singulier dans ma poche qui trahit ma fuite nocturne. Je suis poursuivi par mon ombre, une poursuite qui jamais ne finira, je me poursuis ou plutôt une pulsion en moi me fait chercher plus loin encore, je suis toujours devant de moi. Talonné de près, je remonte le boulevard, je tombe sur toi qui rentres, je reviens sur mes pas 22h18. Il est encore temps, il est toujours temps, temps d’attendre à trop tard. Je recroise toi. Tu fais semblant de ne pas me voir cette fois, c’est beaucoup moins facile la deuxième fois, beaucoup moins la surprise, beaucoup moins naturelle et dupe, beaucoup moins hasardeux surtout, ça veut dire on erre pareil ici. Ça veut dire tu m’as menti aussi, tu ne rentres pas chez toi, en fait. Un certain goût pour l’échec me fait prendre la rue suivante pour te croiser encore. Je serai de face, bien face à toi seul et milieu, tu seras mon obligée, forcée de lever la tête. Une sorte de terrorisme psychologique. Je me sens sexuel, très sexuel, je te domine d’une tête. Tu t’arrêtes. Tu murmures Décidemment, puis tu cherches un détail à fixer, comment se heurter à l’objet. Tu vas dire encore quelque chose comme une excuse, je ne voulais pas rentrer tout de suite. Tu attends enfin, vile et lascive, hideuse presque, tellement romancée de toi-même. Que je te plaque contre le mur, que je t’embrasse infiniment et surtout avec fougue, oui surtout, tu attends ça. Ca m’amuse terriblement. Comme une ronde douce et débile, je suis concentrique, je me resserre autour de toi, je suis la circonvolution stupide prête à saisir, presque carnassier, le plaisir de la chair offerte et en souffrance de trop peu, de pas assez. Les bras devant, le chef fièrement dressé, fat, droit dans mes bottes. Finalement tu ne dis plus rien et tu vas pour murmurer encore. Je te torture de silence. Attends encore un peu. Attends que tu sois au bord de m’écoeurer, j’attends tant qu’il est possible, un peu plus de mépris jaillira de moi, ma première convulsion exhortée et déglutie pour toi, un baiser impulsif, guerrier. Tu résistes bien sûr, tu feins de résister toujours à ce petit jeu insidieux, insolent, odieux, à bout, toujours à bout de forces tu es dans mes bras, pour que je sois ton protecteur et celui qui t’emporte malgré toi, tu attends encore de céder pour la faiblesse incarnée sentir. Je te plaque contre le mur, c’est une surprise évidemment, tu murmures exultant encore comme pour toi-même. Non, non, pas encore. C’est là, dans la rue, c’est trop pour toi, petite, ce sont mes mains qui se faufilent, par souci de décence dans la folie je te porte jusqu’à l’appartement, tu es comme évanouie, mon contact t’épuise simplement. Là, je me saisis de toi, tu pleures, prostrée comme à chaque fois, je suis comme un voleur, comme un violeur, tu es violemment absente, là, allez va petite, au repos.
2004
18:05 Publié dans - Elsa O. , Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note