vendredi, 16 mars 2007

Douleurs intestines

medium_imagesd.jpgMinuscule despote de mes entrailles un jour ce sera toi. Je te rêve prisonnier de mes intestins, te hissant le long de mon œsophage. A ces douleurs intestines tu réponds qu’on est toujours prisonnier de quelqu’un.
Une bouchée, ne faire de moi qu’une bouchée. C’est fait. Avalée, toute petite coincée dans ta gorge. M’extraire, chimère. J’attends, que tu me recraches. Tu me sens à peine, dissimulée entre tes parois.
Un morceau de travers, ça passera.
Je m’étouffe alors, à flotter dans ta bouche. Pleinement lorsque tu te mets à rire, je t’investis, comme c’est drôle, toi qui ne sens rien, ou par soubresauts. Je parviendrais presque à t’étrangler.
Avec ton air de ne pas y toucher, tu te gorges de moi .C’est un peu comme un haut le cœur, un léger malaise. Viendra le temps où tu déglutiras.
Florence C.T

lundi, 12 mars 2007

La lune n'a rien dit

medium_ges.jpgUne année en hiver il devait être huit heures à la fin du jour, de l’autre côté du lac.
D’où vient le jour, je ne sais. A force du blanc des nuits à chercher la hauteur des girafes, ils se sont retrouvés nus sur le toit du monde. Assister à la logique du double aveu : son éthique des amoureux équivaut à sa logique des cerises. Lui, ne pourra répondre que par une esquisse, que la loi des amoureux aboutit invariablement à la nécessité des corps. Elle comprendra « la nuit sans mon corps, je rêve de moi, florence et les sept mains ».
Plus loin : « et s’il nous était donné la nuit du triangle quand bien même, ne dites plus qu’il vous aime ».
Encore, elle se raccroche, un jour sans toi, ce jour du manège, je serai dénudée, tu seras mon prétexte amoureux. Encore revient dans ses songes le prix du jour, celui qui sonnerait le dernier verre, au bout du lac. Là où tu disais : il en est de la politesse de l’infidèle comme de l’éthique des amoureux : un jour sera le jour du silence.
A nos corps amoureux, tout redevient opaque, un jour sans toi, une vie sans toi, principes de tout amant. « Et tu verras le lac », sûr que tu ne le verras plus. Les lacs sont toujours trop courts, comme de l’ironie du singe, il faudrait s’en méfier. N’oublie que ton désir, je t’avais prévenue : la lune n’a rien dit.
Florence C.T

vendredi, 11 mars 2005

La fascination du pire

Sur un air de Verdi, non de Prokovief, lyrique, j’imaginais la prendre déjà dans le bar lorsque sous mes regards menaçant de transgresser les règles elle s’inclinait. Ta faute présumée s’inscrit sur ton visage petite, je vais te renverser tout droit dans le pêché.
Une fois inclinée, son pouls s’accélère toujours selon les mêmes modalités. C’est ma satisfaction contre la sienne, première et ultime qui me rend fou, qui gonfle pendant que je déverse divers arguments. Les faire jouir sans entraves toutes……… l’extase ne souffre pas d’exception.
Si j’en crois cette zone humide que je ne cesse d’infiltrer, je baigne dans la certitude du plaisir, arme sans faille contre l’ennui. Je suis accoutumé à défaire les liens aveuglement, fines bretelles, dentelles, talons, sans que le prénom même, la silhouette, le toucher ait une quelconque incidence... Persistez à penser que vous êtes uniques gentes dames, le loup est là ce soir pour vous servir. Je suis votre visiteur d’un soir, stupeur et sensations. Ne pensez nullement vous extraire de ce salon, je viens de surprendre votre désir, je vais vous édifier.
A la simulation j’ai pris goût vous dis-je, innombrables nudités qu’il me faut honorer, la mécanique se prive le plus souvent d’imagination, mais la belle me susurre son plaisir, voilà qui est acquis, invariablement. La parfaite naïveté de ces sculptures contre lesquelles je viens m’échouer me divertit grandement. Froideur et décadence, grandeur et fulgurance.
La vague effrénée déferle enfin sur moi, cette chaleur proche de l’enfer, une disparition de moi-même à l’intérieur de vous-même. Il m’est venu comme une systématisation de ces gestes renouvelés qui me procurent un incomparable sentiment d’accomplissement.

Cassure et lamentation. Un beau matin de bavure, usé d’avoir trop baisé, je ne cesse de me foutre des claques. Vous toutes l’avez conduit à expirer, elles ont osé me faire ça. Il s’est arrêté sans préavis, comme un vulgaire aspirateur qui vous claque entre les doigts, repu pour l’éternité...

Je pénètre dans la fascination du pire châtiment qu’il puisse m’être donné de vivre, des corps étrangers s’agitent désormais sous moi sans qu’aucune réaction ne m’habite. Je tremble en la déshabillant, il se rétrécit, s’annule, déclenche l’hilarité. Je vis reclus et apeuré, je vis châtié pour ne pas dire castré du pire.

F C-T.

Novembre 2004

C’est la sensation du corps en premier. Le vôtre, impossible à parler, inventer, seulement sentir.
Il y a quelqu’un par dizaine accoudé au bar à qui échappe ce paradoxe, le choc de votre corps, la fumée qui enivre dans ce bar où il fallu que je sois.
Ce soir, il y a juste mon regard qui s’agite dans le vide, au-delà de vous. Il se répand au loin, la foule s’étire par delà votre corps. Vous devenez celle vers qui je voudrais me confondre. Je pourrais m’approcher, vous dire que je suis infiniment rescapé, sans que ça signifie rien pour vous, je suis l’insignifié.
Pour qu’il soit là, palpable, pour sentir sa chaleur, pour que s’électrisent vos mouvements à mon contact il faudrait une traversée de l’espace vers vous. Oui, j’ai ce verre à la main, je suis dans une paralysie de l’instant, c’est absurde, oui.
D’un commun accord avec moi-même je reste figé en une posture ridicule qui en aucune façon ne me pourrait faire basculer vers le mouvement. Esquisser un mouvement, conquérir le passage et me rapprocher alors que déjà l’espace se remplit de l’abondance du corps et que je ne bouge pas. Je suis pris d’une déferlante de moi-même, inexplicable, inexploitable ; je souffre d’un dédoublement d’être, à votre chair, en sa présence, surtout ne pas m’approcher. Je deviens irrésolu jusqu’à en être l’imbécile silencieux encerclé par son propre désir.
Au bout des heures, au bout du compte, l’alcool a raison de mon inertie, je sombre dans le fantasme de votre nudité, de votre peau. Je savoure ma faiblesse. Personne ne prend garde à moi, seulement des êtres éphémères broyés dans mes yeux qui ne fixent que le corps, qui le décompte mille fois.
Je me sens fait comme un rat. Mes pieds sont ensevelis par la pièce, par la musique, par la lumière trop forte où mon esprit me fait croire que j’accède à votre peau, juste sous votre nuque.
Je tiens toujours un verre plein qui me harcèle, je suffoque, je me remplis de votre corps. Je voudrais pleurer mon immobilisme dans ce petit carré où vous n’êtes pas.
Il se produit quelque chose qui ne se produit jamais. Je voudrais traverser cette pièce, recouvrir votre corps, sa nécessité en premier. Je ne peux pas vous toucher, pourquoi je ne sais plus. Je suis pris de statisme comme on l’est d’un fou rire et puis vous n’êtes plus là et c’est minuit moins le quart qui me fait souffrir.

F C-T.

Septembre 2004

J’ai poursuivi ta beauté jusqu’à ne me concentrer plus que sur elle. A répéter ta beauté jusqu’à l’aliénation, à m’enorgueillir de te contempler là. De tes yeux perçants qui me rendaient humble je retenais la lumière et levais le voile sur ta perfection avant même que de te satisfaire.
Je plongeais dans les nuits blanches de ma fascination d’alors où je m’apaisais en te regardant, habité de cette impression ridicule qu’en fermant les yeux tu allais disparaître. L’insoutenable injustice qui voulait que tu sois si belle me trouvait misérable à épier ton corps se mouvoir dans sa nudité scandaleuse.
Je ne comprenais pas toujours toute l’ironie de cette confrontation amère. Je me trouvais infirme, caricaturé dans cette relation à ton être, fantasme de l’infini. Tu détournais souvent le visage comme pour me signifier combien tu étais lasse de ma présence, que c’était assez, que j’agissais tel un miroir déformant, bon à rien. Il me brûlait de te demander ce que tu voyais lorsque je m’asseyais face à ta beauté comme pour la remercier de s’être accoutumée à mon faciès trop ingrat. Je soupçonnais pourtant qu’on s’habitue à la beauté jusqu’à ne plus la percevoir non à la laideur qui ne se banalise pas.
A travers tes longs cils s’échappait du mépris. Epris de malaise parce que je ne pouvais effleurer ton monde qu’avec douleur souvent, distraite, tes lèvres esquissaient un sourire comme une consolation surréaliste de compassion. C’était alors le triomphe de l’impertinence de ton insolente beauté.
De tes traits aux airs d’éternité tu t’esclaffais sûrement, doutant de ma lente agonie comme voulant l’effacer. Souvent je me disais que je frôlais le chaos, que j’étais moi-même de plus en plus chaotique, que j’allais sortir du cadre en titubant. De cette tyrannie, quelqu’un a ramassé les fragments de moi, esclave de ton image qui est venue se briser comme une marrée se retire.

Florence C. Thomas

Danse

Les lumière se sont éteintes. J’entre en scène. J’entrevois la beauté de ce corps qui se déplace dans une esthétique mesurée. Il occupe tout l’espace, son espace est volupté.
Je porte une robe blanche fluide. Mes pas glissent, j’angoisse, je te frôle, je te respire.
Sans y penser, je contemple avec adoration le grain de ta peau dans les lueurs indicibles.
Interdit.
Tu recules, invisible et l’errance de ma main voudrait caresser ton image. Instinct de l’instant, tu es mon pêché immortel. Pas un bruit. L’étole blanche s’affole autour de toi, attend que tu la regardes. Mais tu te recroquevilles, je ne t’atteints pas, tu as fermé les yeux à nos corps égarés dont l’un se fige à l’autre.
Plus tard je dépose un voile sur toi, c’est une esquisse que tu devines. Puis mes mouvements s’accélèrent, puis j’oublie la présence des visages qui m’entourent comme autant de masques blafards qui me condamnent dans un même rictus.
Faux-semblants.
Tes yeux me glacent et tu m’enivres encore. Danseuse laconique, je tremble en te regardant partir, j’implore cette chair que je ne peux chérir.
Valse tentation. Je me sens exposée, c’est toi qui est habillée, moi qui suis nue.
Face au symbole décadent du vide de la scène, je sanglote à ce corps à cœur éperdu. Le public est silencieux, j’aime ce silence avant les applaudissements.

F C-T.

jeudi, 10 février 2005

De l’autre côté du lac (L’amant)

De l’autre côté du lac (L’amant)


Elle avait compris l’instant d’avant, elle ferma les yeux , des centaines de perles défilèrent, elle savait qu’elle venait de se compromettre.
Une main la surprit, s’attarda sur son cou, dessina les contours de son visage pui la saisit. Seulement à cet instant elle entrouvrit les yeux, feint de résister puis s’abandonna.
Ils ne parlaient jamais ou rarement. Ils se voyaient rarement mais depuis si longtemps qu’ils s’appartenaient l’un à l’autre. Il représentait tout ce qui lui échappait, loin de la banalité de l’existence qu’elle avait cessé de combattre. Il s’était imposé à elle alors que les jeux de l’amour lui étaient encore inconnus. Elle était si jeune. Elle ignorait que le don de son corps précipiterait sa chute, que tout autre ressenti s’apparenterait désormais à une désillusion .
Elle voulait lui dire qu’elle n’était pas sûre de l’aimer, ce jour-là, dans cette chambre d’hôtel sordide ù ils se retrouvaient depuis près de vingt et un an. Mais elle se tut, autour d’elle régnait une confusion des sens , de la raison aussi, tout parole était inconséquente. La question de l’amour ils ne se la posaient plus. C’était au-delà, irrationnel, presque inconvenant. Elle s’accouda au balcon qui dominait le lac. Le froid était saisissant, l’étendue argentée était lisse. Des bribes de conversation lui revenaient en écho. A ce moment, elle se surprit à penser que la pureté des sentiments qui l’habitaient était inaltérable. Elle avait renoncé à l’attendre, elle ne luttait plus pour qu’il l’aime. Elle n’avait pas choisi. Il possédait tout ce qui faisait qu’elle était elle. Il avait façonné son être aimant avec un insondable détachement. Sans doute pourrait-il supporter de la perdre, elle s’incarnait en lui, son enveloppe charnelle suscitait toutes ses convoitises. Aussi loin qu’elle pouvait se souvenir son regard était fixé sur son corps. Il était fasciné, ses courbes étaient parfaitement ajustées à son désir. Il glissait en elle, c’était comme une complainte. Il en avait toujours été ainsi, il ne se plaçaient pas du côté de l’évolution des sentiments, de leur altération. C’était dans cette singularité que s’épanouissait leur union. Paradoxalement il était pour elle ce qu’il y avait de plus improbable et de plus précieux. Ces instants d’absolu rythmaient sa vie.

Florence C. Thomas

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