jeudi, 10 février 2005

De l’autre côté du lac (L’amant)

De l’autre côté du lac (L’amant)


Elle avait compris l’instant d’avant, elle ferma les yeux , des centaines de perles défilèrent, elle savait qu’elle venait de se compromettre.
Une main la surprit, s’attarda sur son cou, dessina les contours de son visage pui la saisit. Seulement à cet instant elle entrouvrit les yeux, feint de résister puis s’abandonna.
Ils ne parlaient jamais ou rarement. Ils se voyaient rarement mais depuis si longtemps qu’ils s’appartenaient l’un à l’autre. Il représentait tout ce qui lui échappait, loin de la banalité de l’existence qu’elle avait cessé de combattre. Il s’était imposé à elle alors que les jeux de l’amour lui étaient encore inconnus. Elle était si jeune. Elle ignorait que le don de son corps précipiterait sa chute, que tout autre ressenti s’apparenterait désormais à une désillusion .
Elle voulait lui dire qu’elle n’était pas sûre de l’aimer, ce jour-là, dans cette chambre d’hôtel sordide ù ils se retrouvaient depuis près de vingt et un an. Mais elle se tut, autour d’elle régnait une confusion des sens , de la raison aussi, tout parole était inconséquente. La question de l’amour ils ne se la posaient plus. C’était au-delà, irrationnel, presque inconvenant. Elle s’accouda au balcon qui dominait le lac. Le froid était saisissant, l’étendue argentée était lisse. Des bribes de conversation lui revenaient en écho. A ce moment, elle se surprit à penser que la pureté des sentiments qui l’habitaient était inaltérable. Elle avait renoncé à l’attendre, elle ne luttait plus pour qu’il l’aime. Elle n’avait pas choisi. Il possédait tout ce qui faisait qu’elle était elle. Il avait façonné son être aimant avec un insondable détachement. Sans doute pourrait-il supporter de la perdre, elle s’incarnait en lui, son enveloppe charnelle suscitait toutes ses convoitises. Aussi loin qu’elle pouvait se souvenir son regard était fixé sur son corps. Il était fasciné, ses courbes étaient parfaitement ajustées à son désir. Il glissait en elle, c’était comme une complainte. Il en avait toujours été ainsi, il ne se plaçaient pas du côté de l’évolution des sentiments, de leur altération. C’était dans cette singularité que s’épanouissait leur union. Paradoxalement il était pour elle ce qu’il y avait de plus improbable et de plus précieux. Ces instants d’absolu rythmaient sa vie.

Florence C. Thomas

medium_photo_006.jpg

Les commentaires sont fermés.