jeudi, 17 avril 2008

Marguerite.

Tandis qu’il écrit sur sa machine la nuit continue son tour du temps. Les gens doivent dormir tranquille. Chez eux. Ils partagent la pluie qui tombe de plus en plus fort. Drôle de temps pour un rendez-vous. Drôle de temps, drôle d’heure. Un rendez-vous lunaire. Quand il n’a pas rendez-vous avec elle, elle occupe son sommeil.
Il tape toujours sur sa machine que la faible lumière de la petite lampe rend informe. En vérité il attend sur sa petite machine informe que les tympans de ses oreilles entendent grésiller la sonnette. La nuit a fini de s’étendre, à présent elle couve pour faire éclore, dans longtemps, le début du jour. La pluie rend plus tangible son impatience de cette sonnette toujours muette, indicible. Il tape de plus en plus fort sur sa machine informe. Pour tromper cette attente qui peut-être ne s’achèvera jamais. A moins qu’elle  ne vienne, a moins qu’il ne décide à l’explosion du jour, que c’est fini. Des pas raisonnent dans la rue, il est une heure dix à présent et les pas ont raisonnés au maximum il y a déjà quelques secondes. Le temps qu’il perçoive ce paroxysme et ils s’éloignent déjà. Sûrement hâtés par la pluie, dégoûtés par la blancheur morbide de la lune toujours voilée par les nuages.


Une petite troupe de jeune gens prend le relais du silence de la pluie. Leur vacarme est remarquable dans son angoisse de ne jamais entendre cette sonnette cette nuit. Si le bruit se fait entendre il oubliera instantanément la torpeur qu’il ressent. Ces hormones n’attendent plus que cette écorchure dans le silence. La troupe a du s’immobiliser en bas de la rue, ils jurent, s’esclaffent. Ils ignorent le drame auditif qui est en train de se produire. Eux se contentent de leurs sons entourés du bruit de l’eau qui rampe sur les toits, comble les ornières du bitume.
Il les imagine plein de parapluies, protégés et spectateurs du déluge qui entoure son drame.
Deux heures et tout s’est tû, c'est-à-dire que plus rien n’est remarquable que son propre silence. Il ne saurait faire un son qui puisse voiler ce bruit tant attendu.
Tandis qu’une troupe fait de nouveau irruption dans la rue il perçoit entre les gouttelettes de pluie un son plus connu que les autres. Elle déflore par son pas le stress de la sonnette.


Il est deux heures trente et la sonnette retentie. Il reste figé un long moment comme anéanti par le bruit strident. Il faut pourtant qu’il marche jusqu’à l’interphone pour ouvrir la porte. Il faut qu’il se lève pour faire monter Hélène, la pluie danse toujours avec la nuit, elle se joue des toits de la ville. Elle rend sonore ces formes plates et courbées. Il a appuyé sur le bouton d’entrée et ne pense plus qu’à Hélène. L’image d’Hélène l’envahie comme si elle était déjà dans la pièce. Le temps qui le sépare ségmenté par ces quatre étages semble se dissoudre. Il rêve toutes les nuits des seins d’Hélène, les seins d’Hélène son rêve, puis son visage continue son rêve.
Hélène rentre doucement et lui est assit sur une chaise. Elle se penche sur lui et l’embrasse rapidement. Il la serre tout aussi doucement, sent son souffle.
A cinq heure Hélène est partie, la pluie dégouline toujours sur les fenêtres des cours, des rues. Elle tape à ses carreaux et Hélène est partie. Comme sa présence était remarquable, essentielle au silence pluvieux de cette nuit. L’été si orageux remplit le ciel d’éclairs. Bientôt le jour éclatera sous la verrière céleste.
Il peut s’endormir sans Hélène, il l'a fait des tas de fois. Tandis qu’il s’endort le jour perce doucement. La pluie s’est retirée discrètement. Il s’endort un sourire béat, Hélène est venue.

M.L

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