mercredi, 23 février 2005

Quand Hélène est partie

medium_photo_323.jpg

Votre corps est un pêché jamais accessible,
Il ne peut s’épancher de tous les désirs qu’il éveille,
On sort forcément battue de la bataille avec ce corps là,
Quant le temps s’éparpille jusqu’à ne plus être,

Rien de nous n’existe plus, et je rêve,
Je touche au bout de mon être,
Je m’éveille sous un jour de pluie,
Vous m’emportez de votre immensité charnelle,
Vous éveillez les sens aveugles,

Après, j’erre dans mon monde perdu,
A bout des temps toujours trop cours,
Une nuit commence à votre sublime disparition,
Je meurs de votre être dans ce corps,
Je me contemple comme le jour d’une naissance,

Il faudrait un monde et ses poussières pour vous confondre,
Je vous porterais alors toutes les contradictions que vous pourrez m’offrir,
Soumis aux préludes de nos corps, je rêve d’un combat égal,
La nuit, Hélène, je rêve d’une nuit où vous êtes comme mon être,
A chair égal, vous mon maître, moi votre maître,

Je suis encore dans votre corps et vous, vous,
Vous êtes parti il y a mille ans,
Je pleure sur ma peau froide sans que vous la touchiez,
La sueur et ses cymbales m’emportent à vous rêver,
Dans mon appartement sans feu sous la lumière,
Je pars ces nuits entières me réfugier aux songes de votre corps.

M.L

Bruit

medium_photo_102.jpg
Tu es si bruyante quand tu n’es pas là.

Moi je suis là, toujours là, définitivement à coté du vide de toi. J’entends toujours ton souffle, j’entends toujours tes gestes, j’entends et j’attends dans la permanence du temps, sans faillir, sans bouger, que ton bruit cesse, que tu cesses de murmurer ta présence.

Rappelle-toi ce réveil, une voix improbable envahie la pièce. Un homme parle, un accident, une femme assassinée, il pleut. Le monde ne te touche pas, pas encore, trop tôt, tu as besoin d’ignorance, juste quelques minutes, ne pas découvrir la réalité, pas encore.

Les draps se replient, tu t’assoies, tes pieds touchent le sol, petit choc. Tu te lèves, ton corps nu reste silencieux, je te vois, tu es là. Tu disparais, la douche se met à parler, elle raconte ta peau.

Tu vas bientôt sortir, tes pas humides laisseront des traces, nous discuterons peut être, tu me regarderas peut être.

Le présent est ici.
Tu ne sors pas, tu ne sors plus, la douche s’est tue. J’attends pourtant. J’écoute la pièce, méprisant le réel, tu es là je le sens, derrière l’espace à coté d’avant, tout près de l’invisible.

Tu disais souvent que seul l’instant est vivant. Je trouvais ça naïf, évidant, trop court. Je n’avais pas compris. Je pensais à demain, à plus tard, au lointain. J’avais l’idiotie insolente de croire. Tu savais que nous cesserions, tu connaissais la conclusion, tu la respirais et la crachais loin de mon début. Je ne voyais pas, je ne savais pas.

J’ai oublié ton corps.
J’entends le plaisir de toi, je suis en toi, tu murmures l’éternité et l’amour, clichés détournés et révoltants, mots collés et fatigants. J’y crois peut être, je t’écoute et envahie ton corps. Nos respirations s’essoufflent. Je tremble encore cet instant.

Ton contact est froid, ton image incertaine. Le bruit de ta vie s’amenuise. Il est là, encore, parfois.

Julien Brousse

Héloïse


Héloïse

Héloïse est là, Héloïse murmure des mots à l’intérieur d’elle.
Héloïse est assise à la terrasse d’un café, elle regarde les pas passer devant elle, elle est belle, si proche du diffus, étrange mélange de finesse et de paresse.
Un verre remplit de vert accompagne parfois sa bouche. La menthe pénétrée d’alcool habille son corps. Héloïse attend, les gestes d’Héloïse accompagnent l’instant. Elle s’arrête, elle ne veut plus paraître aux yeux des êtres qui l’entourent, elle cherche la transparente évidence.
Héloïse est regardée, frôlée, touchée, absorbée, Héloïse est inventée parfois, insinuée même, sans réalité, juste pour imaginer.
Héloïse s’évapore du lieu, se déplace immobile, avance. Les murs, le verre, la pierre défilent autour d’elle, Héloïse traverse le décor vivant sans le voir, Héloïse s‘inflige le temps.
Héloïse est là, face à moi, Héloïse est là, je la vois, je m’approche, j‘inspire son espace, j’encercle son visage, mes mains passent et repassent sur le dessin du visage d’Héloïse, Héloïse est là, je suis si près d’elle, si près d’Héloïse.
Je tremble de sentir Héloïse, de voir Héloïse, d’apparaître Héloïse. Je m’imprègne d’Héloïse, je ressens l’empreinte d’Héloïse tout au fond de moi.
Héloïse est là, mes yeux cherchent Héloïse, partout, à chaque instant, à chaque bruit, à chaque mot, à chaque silence, Héloïse est là.
Ma main se lève et se dépose, les cheveux d’Héloïse effleurent mes doigts, Héloïse est là.

J.B.

mardi, 22 février 2005

Se jeter dans les draps blancs

medium_janvier2005_128.jpg


Se jeter nu dans les draps d’une chambre d’ hôtel. Bien vite, surtout. J’ai plongé dedans, ça sentait quelque chose comme la fraîcheur, ça sentait des images qu’on a mis dans ma tête alors que je ne me souviens pas les avoir vécues, le grand drap blanc qui met du temps à retomber, gonflé par l’air pur, inconsumable. De grands draps blancs dans une grande chambre lumineuse, peut-être une tasse de café Grand-Mère vient parasiter le décor mais pour une fois je ne m’en souviens pas. La béatitude, quoi. Voilà bien longtemps que je suis là. Jeté dans les draps de l’hôtel, je sais qu’il ne faut pas attendre. J’ai précisé que je ne voulais pas qu’on sache la nature du lieu ou je me rendais pour la bonne raison que j’ai décidé une fois pour toutes de m’ériger en homme romanesque. Cela de plus pour ma postérité. Car il faut bien que j’y travaille. Des gens qui partent tous les jours pour diverses raisons dans des lieux obscurs, d’autres moins. Pas de quoi se jeter contre les murs. Moi je me jette juste dans les draps soyeux d’un hôtel luxueux, ça oui, j’en suis presque gâteux, longtemps j’ai conspué le retour aux choses simples, maintenant je me régale avec des draps vides, j’en bégaye de béatitude, vides et frais c’est ça surtout, libérés de ta chaleur moite, dieu m’en garde ,bien loin, voilà : c’est comme ça que je voyais les choses. Je folâtre dans des draps quand tout le monde me croit mort, ou pire, échoué sur une plage, marchant seul sous une pluie battante , des questions terribles me crevant le cœur, parti réfléchir. Je ne me lasse pas de cette dernière fantaisie. Car je suis fantasque aussi. J’ai bien joué le drame, je suis un sombre plaisantin, c’est pourquoi ajouté aux draps la jouissance de savoir orchestré mon petit départ comme un chef, j’ai laissé ma trace comme il fallait, là où je ne suis plus on parle encore de moi, voilà qui n’a de cesse de me réjouir. J’adore peaufiner les préparatifs. Je suis un homme du détail. Qu’on s’en souvienne.
Il pleut dehors, ce qui me procure toujours une sensation plus agréable, encore une image imprimée qui me fait croire que j’ai toujours adoré ou rêvé d’y être, me blottir dans les draps avec le spectacle de l’orage, je suis béat comme un toucan, tu m’en diras tant. De toute façon j’ai bien fait de ne pas t’emmener, tu n’aimais rien, jamais, sauf moi , c’était justement l’ennui. Me voilà content. Tout à l’heure peut-être j’irai boire un verre, ce sera différent enfin, je ne connaîtrais rien, je regarderai la porte qui existe en me disant « une porte », tout sera simple , et je me verrai en train d’ouvrir la porte pour savoir ce qu’il y a derrière, je serai vraiment moi, un homme qui ouvre une porte, une fois, tu te souviens de ça, petite bécasse. Il me vient parfois quand je te regarde que je suis né fatigué. C’est sinistre ou non plutôt ça me rappelle que je sais pourquoi nous ne vieillirons pas ensemble, de toute façon tu ne relèves pas la référence , ça c’est sûr, je ne sais pas pourquoi je persiste à faire dans la dentelle pour instiller une once de subtilité dans nos conversations, finalement il n’y a que moi qui y crois, tu ne fais que passer à côté de tout, c’est pire ; en fait le meilleur c’est encore que tu n’en ai pas conscience. Ca ajoute au comique que je suis . Mon premier credo : Bonheur à l’imbécile, béatitude à l’homme libre. Ca nous résume tous deux, je sais, n’applaudis pas, j’ai toujours été un homme à formules. Un grand homme.
Aussi je me félicite : voilà qui est heureux. Les draps blancs, mon esprit gâteux qui savoure le moelleux du tissu, je suis enveloppé, je pense que tout à l’heure en allant boire un verre il fera froid, il pleuvra encore, et cela me fait aimer ce drap et cette chaleur plus que tout. Tu te souviens Elise, ta manière sournoise de confiner à l’empêchement : trop tard pour dormir, trop tôt pour manger, ma petite tarte. Je pense à faire un gâteau. Je veillerai bien à engloutir goulûment toute la pâte et à n’en laisser rien surtout, tu n’es pas là pour le faire cuire, de toute façon avec toi tout est trop cuit, consumé, en fait rien n’a de saveur, tu es comme le saladier du gâteau que je lèche avec échec : c’est toujours trop peu. Mon petit chou, je t’ai laissé de quoi te morfondre, je n’en peux plus de rire en imaginant ta tête boursouflée et ton nez retroussé à la lecture de ma lettre. Ta laideur sournoise de femme sèche te va aussi bien au naturel. Surtout je vais veiller à bien faire tout ce dont j’ai envie, je bénis ce silence et la fraîcheur des draps encore une fois. Qu’il est bon de goûter à ton absence, un vrai délice, une bouffée délirante. Ce soir dans ma chambre je poserai sûrement mes nouveaux effets que j’ai acheté tout à l’heure, que j’ai mis deux bonnes heures à choisir pour ma petite personne, brosse à dent et serviette, la couleur, la texture, le bonheur du choix, dépareillés bien sûr . Je n’en pouvais plus de penser à leur utilisation future, ce choix au préalable, je voyais déjà la brosse à dents pastel sur le rebord de l’évier, je suis un homme comblé. Je me fais l’effet à présent d’un hédoniste éclairé. Je crois qu’il faudra un temps d’adaptation, tu sais, je pisserai sagement dans mon bain en pensant à toi, une fois ces diableries faites, peut-être alors je serai de nouveau un homme. Un homme qui assume ses désirs et n’éprouve pas le sentiment épais et amer de n’être plus avant d’avoir été. Surtout ne t’en fais pas, te savoir encore vernie de moisissure m’assure d’avoir longtemps ce goût dans la bouche, qu’on en reprendrait bien encore : celui du rescapé. Je ne m’inquiète pas pour toi si c’est cela qui te mortifie le plus,. Ne t’en fais pas. Souviens-toi : Bonheur à l’imbécile, béatitude à l’homme libre. J’aurais voulu trouver quelque chose de plus intelligent à dire pour bien marquer ce qui nous sépare, mais je suis un peu las, ou plutôt non : je n’aime pas offrir ma confiture à un petit cochon comme toi. C’en est trop pour une fois. N’oublie surtout pas de signifier avec ardeur ton désarroi, de porter le deuil aussi, je sais que tu n’y manqueras pas. Car voilà enfin que viennent poindre mes lettres de noblesse : je suis un Salaud, ne l’oublie pas.

E F-O.

dimanche, 20 février 2005

Et fane...

« Et fane »

« Une nuit à la clinique. Sans moi. Je t’imagine. On s’affaire autour de toi. Tu ne pleures pas, ton corps nu ça suffit. Ils t’avaient dis « ce ne sera pas si difficile ». Le froid dehors est chirurgical, aussi. Le téléphone, mais je n'ai rien compris. Etre loin est déjà une erreur, tout simplement.
Tu roules, tu parles et tu écoutes. Tout est blanc. J’imagine ton visage tendu de solitude. Mes mots : un fond imaginaire. Bientôt la colère. Je n’ai pas su ce toi qui disparaissait en toi. Un chagrin qui sublime tout. Faire de tout un rien au lieu de faire de rien un tout. « Il faut que tu sois calme ». Pour ta mère.

Ne rien dire. La honte frôle ton corps. Elle s’installe. Ne rien dire, que des mots à oublier. Le téléphone, encore. Tu peux me dire. Tu peux me dire, à moi qui n’ai pas su avoir le cœur de mesurer. Je t’apporte un soulagement de mépris. Tu ne me hais pas. C’est juste cette immonde impression de saleté. Pauvre petite fleur qu’on oblige à faner. Tu as du courage.
Il aura donc fallu dire non. Peser sur un autre corps. Je relis cette lettre où tu me dis que je ferais un bon papa.
Le mot « avorter » est immonde. Lourd. Il ne relie pas. Il englouti l’amour. C’est une pierre ronde et noire.
Le pont est pourtant là entre une nuit d’amour et un acte terrible.
Douce et belle, petite juste perdue, tu as dû accomplir ce geste de courage.

Nous étions deux beaux amoureux. J’étais fier de t’emmener chez moi. Je ne t’ai jamais dit cette fierté. Quelle beauté que ton corps. Il encense ton corps jusqu’au mien, ensorcelle mais plus grandes timidités. A fait de moi un homme. Mais t’ai-je dit que tu avais révélé à un garçon de dix-huit ans qu’il pouvait être un homme ?»

ml

medium_photo_385.jpg

7ème

medium_photo_437.jpg
De l’histoire il ne reste que peu, qu’un peu à la fin, rien de plus que toi là-bas. Un peu de temps séparé d’autres temps, un moment étendu entre deux points, pointillés liés d’avoir été. Ta présence, limitée, inspire l’intimité noyée des distances évoquées. Passages volages. Méthodique disparition.


Du temps rien n’apparaît, juste, parfois, quelques instants gagnés en dedans, profondément investis de la réalité effacée, blessure chaleureuse qui cicatrise et attise. En passant, parfois, toucher ou effleurer, ressentir au moins, être là, ici, chaque fois, loin de là au-delà de toi.


Du devenir, tu seras sans être ici, loin, souvent, mélange égale de rires égarés, dans les mouvements sinueux de ton choix décidé. Chacun s’efface alors, pénible routine de l’oubli, chacun s’imprègne déjà, remarque la seconde et l’avale. Et si nous fûmes dans la façade des visages, ce ne fut que pour sentir l’écrit de chacun.


De l’avenir, tu es dépassée, fragilité limpide. Alors simplement, il ne restera rien, ou peut être un peu, ou juste le souffle de l’aveu bruyant de tes gestes évasifs, puisque dans le palpable et l’éthique du départ, tu vis.

Julien Brousse


mardi, 15 février 2005

Si

Si je devais m’effacer, avaler le lien,
M’arrêter là, juste là, à cet instant certain,
A cette seconde infime,
Si je devais cesser d‘envahir le présent
Et chercher la fin intime,
Simple apparition du calme envahissant.
Quelques mots apparaîtraient peut être,
Justes quelques lettres,
Juste une ligne laissée et posée là,
Tout près, juste à coté de moi,
Simples syllabes inconscientes,
Monologue, trace lancinante.
Ainsi je chercherai, juste avant de finir,
Une idée à répandre sur le vide,
Quelque chose, juste une chose à envahir,
Juste une limite limpide,
Ou un signe timide et lent et oppressant.
Dans cette image bancale je serai,
Muet peut être, de ne pas savoir parler.
En attendant les restes présents,
Mes doigts signifieront l’aveu,
En traçant des motifs signifiant peu,
A la surface de partir,
Juste avant de finir.

Julien Brousse

medium_photo_141.jpg

Vite

medium_photo_348.jpg

Elle est là, devant moi. Il y a peu je l’ai croisé dans la rue. J’ai croisé un parfum, puis l’odeur de sa peau, de ses cheveux et sûrement de son sexe, ou du moins c’est ce que j’ai cru. J’ai marché avec ce parfum, puis j’ai tourné à droite, j’ai accéléré mon pas, j’ai couru au devant d’elle pour la croiser encore, prendre une nouvelle dose d’elle.
Elle est passée devant moi, une nouvelle fois. Je l’ai regardé, volontairement, fortement jusqu’au-dedans d’elle, je l’ai fouillé. Elle s’est arrêtée, elle s’est sentie stoppée, là, à quelques mètres de moi. J’ai parlé dans son silence ; je l’ai invité, brutalement, sans forme, j’ai exposé mon envie de la pénétrer, maintenant. Elle n’a rien répondu, un léger mouvement de tête seulement, à peine perceptible, timide dans l’instant.
Nous avons marché jusqu’à chez moi, entre les voitures rangées le long de la rue, l’alignement nous a guidé. Monter l’escalier long, répétitif et maladroit. J’ai pris sa main, ne pas redescendre, ne pas reculer. J’ai ouvert la porte et éloigné la lumière. Dans le sombre elle pouvait être une autre, peu importe, j’ai collé mon corps à cette femme, j’ai collé ma sueur et ma peau, j’ai touché son humidité, vite, très vite pour ne pas voir. Elle m’a embrassé, léché, elle s’est abreuvé de moi, de mon corps sans jamais dépasser la limite de ma peau, je n’étais que de la chair intense, désireuse de jouir en elle, rien de plus, rien de plus. Elle n’a pas murmuré.
Le léger claquement de mes doigts en elle, rien de plus que moi la pénétrant. Encore, plus vite, plus fort, chacun imagine alors, chacun éloigne l’autre alors. Puis le silence à nouveau, plus lourd, plus silencieux. Ouvrir les yeux.

Elle est là, devant moi. Elle ne dort pas, elle se lève et se rhabille sans hésitation, je la devine juste, elle est encore sur mes lèvres, presque plus. Je suis assis sur le sol, la porte se ferme.

J.B

lundi, 14 février 2005

Départ

Tu y es à ton honneur,
Deux fois de suite, peut-être, petite,
Encore un peu ici, parader,
Encore, les vents chaud du sud,
Il tremble ton train de ces torpeurs,
Il y aura le sifflement du chef de gare,
Tu seras ému et excité, tu seras en rouge,

Un autre jour, tu seras esclaffé,
Mais pas là, trop tôt peut-être,
Certain blond, tout en noir, peut-être,
Assis dans le fond de la gare, un frisé, peut-être,
Tu diras je serais comme une héroïne dans un texte,
Tu diras encore et le train arrivera,

Il, pas trop sur de vouloir, quoi,
Le train déjà,
Tu y vas encore de pensées divagantes,
Mais il est là, du fer, du feu,
Déjà tu te moques de ces départs,
Le film, y être déjà petite,
Le rouge, moquette ouaté de train,
Feutré pour tenue à la elle de rouge,

Peut-être Marie-Claire à cet instant,
Ou simple folle volage,
Dans le scénario du train, celui qui part,
Perdue, pauvrette, demoiselle esseulée,
Juste trop le temps qui passe,
Tes bouffées de chaleur d’aimer

Erotique, un peu, tu l’es la grande givrée
Quand d’un coup de cil tu aboies ta beauté,
Dans un mois dans un an,
Vers le train, encore,
Voir ce soir,
Puis s’emmener au creux de sa Venise.

ML

medium_photo_305.jpg

dimanche, 13 février 2005

Marseille IV

Juste revoir Sophie


Lorsque je me réveille je suis encore dans mon rêve. Elle me regarde de tout son long et elle rie Sophie. Elle que je n’ai connue qu’une année, même pas une année à être ensemble, une année en tout. Elle m’envoi des romans sur six mois par SMS, Sophie. Me fait croire au téléphone qu’il faut venir car elle a rapetissé suite à une sur absorption de fraises. Cette ville me fait décidemment effet, comme les fraises de Sophie. Pourquoi ici et maintenant cette envie de Sophie racontant ses fraises ? Elle réapparaît comme par magie, disparue à mon visage depuis plus de neuf ans. Je n’ai pourtant jamais compté les jours et elle est là comme je ne m’en étais jamais souvenu.
Les passages vers le hasard seraient-ils devenus ma seule route ?
Encore un effort et je suis conscient de la non présence de Sophie. Je veux à ce moment une pensée cartésienne, me dire qu’elle représente ce que j’ai laissé en enfance.

Ce matin j’ai décidé d’aller m’acheter un agenda, de prendre une nouvelle ligne de téléphone et de me pencher sur ma position bancaire, sans oublier de remplir mes impératifs professionnels. Ouvrir et résilier une ligne est une formalité. Je prends un nom d’emprunt. Pour cela il me faut d’autres papiers. Je vais aux commissariats faire une déclaration de perte de papiers sous mon nouvel alias Georges Mea. Personne ni trouve rien à redire, ni le policier de permanence ni l’employé en téléphonie. Georges Mea à sa ligne de téléphone, paye sa chambre d’hôtel en liquide et cherche un appartement.
Je retire toutes mes billes de la banque, cinq mille euros en liquide et trente trois mille six cent cinquante deux euros en chèque certifié. Le banquier voudrait bien lui aussi déménager aux Seychelles pour suivre sa compagne. Je ne me serais jamais cru capable de tant de mythomanie. J’ai bien l’impression que la chaleur lourde est moins oppressante dans l’action, elle se met à avoir quelque chose de quotidien, d’habituelle.
Le banquier n’en revient pas que si tôt rentrer des Seychelles je me fasse brigander, et sur le Vieux Port en plus. C’est vrai que je ne suis pas très bronzé, mais les îles ce n’est pas ce que l’on croit. Le compte de monsieur Georges Mea est ouvert. Je devrais lui apporter un justificatif de logement dés que je serais installé. Mais au fait un ami cherche un locataire sérieux. Peut-être qu’après son travail il pourrait le contacter. Le soir même il me présente Simon Rodieux. L’appartement est clair et se situe au cœur de la ville, un peu bruyant mais on peut toujours se consoler en prenant un bain dans une vaste baignoire. L’affaire se fait dans la soirée, je n’en reviens pas quand je suis à l’appartement seul vers vingt deux heures. Les fenêtres sont hautes et le salon occupe les trois quarts de la surface de l’appartement. Il ne reste des anciens locataires qu’un vieux canapé et quelques cartons de papiers journaux. Une malle en osiers défoncés sous l’évier du coin cuisine semble avoir été laissé à la hâte, elle est vide, je me faisais déjà des films.
Ce soir là je prend un malin plaisir à mettre sur la boite aux lettres mon nouveau nom, j’hésite plusieurs minutes à y accoler mon ancien patronyme. Trop désuet pour la situation, trop « has been ». J’étais en train d’attaquer le mythe de la métamorphose, je tentais la disparition administrative. Je sentais bien que ce besoin de ce nouveau moi était déjà puissant, maniaque. Pourquoi Georges et pourquoi pas Charles, ou Marc mon ancien prénom avec un nouveau nom. Plus facile, peut-être trop facile ? Cette démarche à cela de particulier qu’elle démontre une capacité de réversion tout en étant au fur et à mesure tout à fait irréversible.
Déjà le patron de l’hôtel m’appelait monsieur Georges, déjà une personne qui prenait mon prénom pour mon nom. Mon travail rendait l’exercice plus périlleux car il nécessitait de passer d’un nom à l’autre.

ML

medium_photo_419.jpg

Toutes les notes