vendredi, 11 mars 2005
Novembre 2004
C’est la sensation du corps en premier. Le vôtre, impossible à parler, inventer, seulement sentir.
Il y a quelqu’un par dizaine accoudé au bar à qui échappe ce paradoxe, le choc de votre corps, la fumée qui enivre dans ce bar où il fallu que je sois.
Ce soir, il y a juste mon regard qui s’agite dans le vide, au-delà de vous. Il se répand au loin, la foule s’étire par delà votre corps. Vous devenez celle vers qui je voudrais me confondre. Je pourrais m’approcher, vous dire que je suis infiniment rescapé, sans que ça signifie rien pour vous, je suis l’insignifié.
Pour qu’il soit là, palpable, pour sentir sa chaleur, pour que s’électrisent vos mouvements à mon contact il faudrait une traversée de l’espace vers vous. Oui, j’ai ce verre à la main, je suis dans une paralysie de l’instant, c’est absurde, oui.
D’un commun accord avec moi-même je reste figé en une posture ridicule qui en aucune façon ne me pourrait faire basculer vers le mouvement. Esquisser un mouvement, conquérir le passage et me rapprocher alors que déjà l’espace se remplit de l’abondance du corps et que je ne bouge pas. Je suis pris d’une déferlante de moi-même, inexplicable, inexploitable ; je souffre d’un dédoublement d’être, à votre chair, en sa présence, surtout ne pas m’approcher. Je deviens irrésolu jusqu’à en être l’imbécile silencieux encerclé par son propre désir.
Au bout des heures, au bout du compte, l’alcool a raison de mon inertie, je sombre dans le fantasme de votre nudité, de votre peau. Je savoure ma faiblesse. Personne ne prend garde à moi, seulement des êtres éphémères broyés dans mes yeux qui ne fixent que le corps, qui le décompte mille fois.
Je me sens fait comme un rat. Mes pieds sont ensevelis par la pièce, par la musique, par la lumière trop forte où mon esprit me fait croire que j’accède à votre peau, juste sous votre nuque.
Je tiens toujours un verre plein qui me harcèle, je suffoque, je me remplis de votre corps. Je voudrais pleurer mon immobilisme dans ce petit carré où vous n’êtes pas.
Il se produit quelque chose qui ne se produit jamais. Je voudrais traverser cette pièce, recouvrir votre corps, sa nécessité en premier. Je ne peux pas vous toucher, pourquoi je ne sais plus. Je suis pris de statisme comme on l’est d’un fou rire et puis vous n’êtes plus là et c’est minuit moins le quart qui me fait souffrir.
F C-T.
10:25 Publié dans - Florence C. Thomas, Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Ecriture
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