vendredi, 11 mars 2005
Septembre 2004
J’ai poursuivi ta beauté jusqu’à ne me concentrer plus que sur elle. A répéter ta beauté jusqu’à l’aliénation, à m’enorgueillir de te contempler là. De tes yeux perçants qui me rendaient humble je retenais la lumière et levais le voile sur ta perfection avant même que de te satisfaire.
Je plongeais dans les nuits blanches de ma fascination d’alors où je m’apaisais en te regardant, habité de cette impression ridicule qu’en fermant les yeux tu allais disparaître. L’insoutenable injustice qui voulait que tu sois si belle me trouvait misérable à épier ton corps se mouvoir dans sa nudité scandaleuse.
Je ne comprenais pas toujours toute l’ironie de cette confrontation amère. Je me trouvais infirme, caricaturé dans cette relation à ton être, fantasme de l’infini. Tu détournais souvent le visage comme pour me signifier combien tu étais lasse de ma présence, que c’était assez, que j’agissais tel un miroir déformant, bon à rien. Il me brûlait de te demander ce que tu voyais lorsque je m’asseyais face à ta beauté comme pour la remercier de s’être accoutumée à mon faciès trop ingrat. Je soupçonnais pourtant qu’on s’habitue à la beauté jusqu’à ne plus la percevoir non à la laideur qui ne se banalise pas.
A travers tes longs cils s’échappait du mépris. Epris de malaise parce que je ne pouvais effleurer ton monde qu’avec douleur souvent, distraite, tes lèvres esquissaient un sourire comme une consolation surréaliste de compassion. C’était alors le triomphe de l’impertinence de ton insolente beauté.
De tes traits aux airs d’éternité tu t’esclaffais sûrement, doutant de ma lente agonie comme voulant l’effacer. Souvent je me disais que je frôlais le chaos, que j’étais moi-même de plus en plus chaotique, que j’allais sortir du cadre en titubant. De cette tyrannie, quelqu’un a ramassé les fragments de moi, esclave de ton image qui est venue se briser comme une marrée se retire.
Florence C. Thomas
10:20 Publié dans - Florence C. Thomas, Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Ecriture
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