jeudi, 24 mars 2005

Anthologie des correspondances névrotiques - Chapitre III -La fascination du pire





Voilà qui est bien. Je suis immobile, je m’oublie, je m’enfonce dans la réalité assise. Quand tout défilait devant moi déjà j’ai été passive, oisivement dégoûtée. Je regarde tes gestes, tu ne me vois pas, tu ne me voyais pas déjà avant ou maintenant c’est pareil, pour solde de tout compte, une ombre derrière toi. Tu ne vois pas mon regard assassin, ma perception exorbitée, tu ne vois rien. Je pose les yeux ailleurs que sur ta masse informe. Vengée soit mon ombre docile. Ailleurs c’est aussi tout ce que je déteste et qui m’insulte en présence. Je regarde le cirque immobile qui m’entoure, ça hurle de partout, ça dégueule par les murs l’insanité, ça crache le vulgaire, prise à la carotide, évidée, je suis tuméfiée, ta violence, ma passivité, mon oubli encore provoque quelques légers spasmes, on pourrait croire à un hoquet mécaniquement débile. Je cherche encore les détails du pire, çà et là, sans forcer, c’est comme mettre les deux doigts dans la gorge, regarder la cuvette blanche et sourire, les entrailles enfin apaisées. Je voudrais que tout soit pire pour m’asserter encore le spasme, le reniement de s’être trouvée là, chaque fois comme la première fois, toujours vierge, la douleur, toujours. Je suis comme illuminée de toi, illuminée par les objets qui crient leur reconnaissance en toi, se revendiquent de ce pire, doux chérissement de leur propriétaire. Dis, c’est quoi le contraire de la mort, peut-être respirer et sentir la contamination confluente de l’inerte, c’est une avalanche silencieuse et lente, c’est moi qui meurs par morceaux. Parfois tu te détournes distraitement vers cette ombre qui tressaute. Je voudrais te crever les yeux pour que ce soit le monstrueux du pire, pour que tout soit encore à en crever, pour pouvoir regarder, sentir deux fois plus, pour te contempler jaillir, mon empire des sens. Je suis terrifiée et attentive, je cherche quelque part ou ce pourrait être encore mieux, encore pire, encore plus vil. Je ne suis pas consciente, je ne suis consciente de rien, j’ai voulu ceci comme cela, presque orchestré pourtant. Je regarde comme détachée de ma surface, je suis bientôt en haut comme quand on dit c’est d’être mort, je nous regarde coupables et toi qui n’entendais rien encore, cet instant de violence inouïe, me lever ouvrir la fenêtre ou me réinventer humaine, mais n’ai-je pas déjà franchi la limite, je reste prostrée et contemplative, ma part de liberté.
Qu’est-ce que ça serait ma mort, phantasme cher à tout égocentrique, qu’est-ce que c’est mon corps crevé sur le bitume, qu’est ce que ça serait tes larmes couchées sur le cercueil. Je plonge dans un rêve aux relents morbides qui devient réel, ce n’est plus moi, je ne suis plus dans la rue, je suis à ton enterrement, au mien, les sentiments qui pourraient être me saisissent, se mélangent, je change de réalité, je suis toi, moi, je suis passée dans le monde où tu es morte, où je suis mort, pour quelques minutes j’y suis vraiment, au bord de cette obsession névrotique, je réfléchis aux détails, méthodiquement, par quelques éclairs de lucidité je me dégoûte un peu plus que jamais, la mise en scène, à présent ce qui m’exhortait tout à l’heure n’existe plus autour de moi que comme un prétexte latent qui signifie le halo de ta présence. Je suis ébahie, abolie, je signe la défaite dans un wagon aux lueurs violines, je suis violée par le sens saisi subitement, le tout qui t’entraînait plus loin de moi, je suis violée par les murs, écartelée : ce que ça veut bien dire d’être l’ombre de nous deux.

E O.

lundi, 14 mars 2005

Ta plus faible incandescence


Juste un instant, comme ça,
De balancer de douceur,
Mûr comme du coton blanc,
Juste pour leur en donner à voir,

Encore, un peu, maintenant,
S’approcher pour mieux sentir,
Ce que la vieille odeur de bougie sent encore,
Juste une trace, à peine envahissante,
Que tu peux contempler,

En vers et contre tous tes sens,

Pas du carmin piquant,
De l’or à luire au fond des yeux,
Juste un peu de moi,
Facile, fable folle encore qui file,
Pour se fixer dans tes yeux,
En donner, mon herbe folle,

Juste par plaisir, comme un matin,
Juste à peine effleuré,
Encore, avant que je devienne,
Mon nom à l’imparfait.

ml

vendredi, 11 mars 2005

La fascination du pire

Sur un air de Verdi, non de Prokovief, lyrique, j’imaginais la prendre déjà dans le bar lorsque sous mes regards menaçant de transgresser les règles elle s’inclinait. Ta faute présumée s’inscrit sur ton visage petite, je vais te renverser tout droit dans le pêché.
Une fois inclinée, son pouls s’accélère toujours selon les mêmes modalités. C’est ma satisfaction contre la sienne, première et ultime qui me rend fou, qui gonfle pendant que je déverse divers arguments. Les faire jouir sans entraves toutes……… l’extase ne souffre pas d’exception.
Si j’en crois cette zone humide que je ne cesse d’infiltrer, je baigne dans la certitude du plaisir, arme sans faille contre l’ennui. Je suis accoutumé à défaire les liens aveuglement, fines bretelles, dentelles, talons, sans que le prénom même, la silhouette, le toucher ait une quelconque incidence... Persistez à penser que vous êtes uniques gentes dames, le loup est là ce soir pour vous servir. Je suis votre visiteur d’un soir, stupeur et sensations. Ne pensez nullement vous extraire de ce salon, je viens de surprendre votre désir, je vais vous édifier.
A la simulation j’ai pris goût vous dis-je, innombrables nudités qu’il me faut honorer, la mécanique se prive le plus souvent d’imagination, mais la belle me susurre son plaisir, voilà qui est acquis, invariablement. La parfaite naïveté de ces sculptures contre lesquelles je viens m’échouer me divertit grandement. Froideur et décadence, grandeur et fulgurance.
La vague effrénée déferle enfin sur moi, cette chaleur proche de l’enfer, une disparition de moi-même à l’intérieur de vous-même. Il m’est venu comme une systématisation de ces gestes renouvelés qui me procurent un incomparable sentiment d’accomplissement.

Cassure et lamentation. Un beau matin de bavure, usé d’avoir trop baisé, je ne cesse de me foutre des claques. Vous toutes l’avez conduit à expirer, elles ont osé me faire ça. Il s’est arrêté sans préavis, comme un vulgaire aspirateur qui vous claque entre les doigts, repu pour l’éternité...

Je pénètre dans la fascination du pire châtiment qu’il puisse m’être donné de vivre, des corps étrangers s’agitent désormais sous moi sans qu’aucune réaction ne m’habite. Je tremble en la déshabillant, il se rétrécit, s’annule, déclenche l’hilarité. Je vis reclus et apeuré, je vis châtié pour ne pas dire castré du pire.

F C-T.

Novembre 2004

C’est la sensation du corps en premier. Le vôtre, impossible à parler, inventer, seulement sentir.
Il y a quelqu’un par dizaine accoudé au bar à qui échappe ce paradoxe, le choc de votre corps, la fumée qui enivre dans ce bar où il fallu que je sois.
Ce soir, il y a juste mon regard qui s’agite dans le vide, au-delà de vous. Il se répand au loin, la foule s’étire par delà votre corps. Vous devenez celle vers qui je voudrais me confondre. Je pourrais m’approcher, vous dire que je suis infiniment rescapé, sans que ça signifie rien pour vous, je suis l’insignifié.
Pour qu’il soit là, palpable, pour sentir sa chaleur, pour que s’électrisent vos mouvements à mon contact il faudrait une traversée de l’espace vers vous. Oui, j’ai ce verre à la main, je suis dans une paralysie de l’instant, c’est absurde, oui.
D’un commun accord avec moi-même je reste figé en une posture ridicule qui en aucune façon ne me pourrait faire basculer vers le mouvement. Esquisser un mouvement, conquérir le passage et me rapprocher alors que déjà l’espace se remplit de l’abondance du corps et que je ne bouge pas. Je suis pris d’une déferlante de moi-même, inexplicable, inexploitable ; je souffre d’un dédoublement d’être, à votre chair, en sa présence, surtout ne pas m’approcher. Je deviens irrésolu jusqu’à en être l’imbécile silencieux encerclé par son propre désir.
Au bout des heures, au bout du compte, l’alcool a raison de mon inertie, je sombre dans le fantasme de votre nudité, de votre peau. Je savoure ma faiblesse. Personne ne prend garde à moi, seulement des êtres éphémères broyés dans mes yeux qui ne fixent que le corps, qui le décompte mille fois.
Je me sens fait comme un rat. Mes pieds sont ensevelis par la pièce, par la musique, par la lumière trop forte où mon esprit me fait croire que j’accède à votre peau, juste sous votre nuque.
Je tiens toujours un verre plein qui me harcèle, je suffoque, je me remplis de votre corps. Je voudrais pleurer mon immobilisme dans ce petit carré où vous n’êtes pas.
Il se produit quelque chose qui ne se produit jamais. Je voudrais traverser cette pièce, recouvrir votre corps, sa nécessité en premier. Je ne peux pas vous toucher, pourquoi je ne sais plus. Je suis pris de statisme comme on l’est d’un fou rire et puis vous n’êtes plus là et c’est minuit moins le quart qui me fait souffrir.

F C-T.

Septembre 2004

J’ai poursuivi ta beauté jusqu’à ne me concentrer plus que sur elle. A répéter ta beauté jusqu’à l’aliénation, à m’enorgueillir de te contempler là. De tes yeux perçants qui me rendaient humble je retenais la lumière et levais le voile sur ta perfection avant même que de te satisfaire.
Je plongeais dans les nuits blanches de ma fascination d’alors où je m’apaisais en te regardant, habité de cette impression ridicule qu’en fermant les yeux tu allais disparaître. L’insoutenable injustice qui voulait que tu sois si belle me trouvait misérable à épier ton corps se mouvoir dans sa nudité scandaleuse.
Je ne comprenais pas toujours toute l’ironie de cette confrontation amère. Je me trouvais infirme, caricaturé dans cette relation à ton être, fantasme de l’infini. Tu détournais souvent le visage comme pour me signifier combien tu étais lasse de ma présence, que c’était assez, que j’agissais tel un miroir déformant, bon à rien. Il me brûlait de te demander ce que tu voyais lorsque je m’asseyais face à ta beauté comme pour la remercier de s’être accoutumée à mon faciès trop ingrat. Je soupçonnais pourtant qu’on s’habitue à la beauté jusqu’à ne plus la percevoir non à la laideur qui ne se banalise pas.
A travers tes longs cils s’échappait du mépris. Epris de malaise parce que je ne pouvais effleurer ton monde qu’avec douleur souvent, distraite, tes lèvres esquissaient un sourire comme une consolation surréaliste de compassion. C’était alors le triomphe de l’impertinence de ton insolente beauté.
De tes traits aux airs d’éternité tu t’esclaffais sûrement, doutant de ma lente agonie comme voulant l’effacer. Souvent je me disais que je frôlais le chaos, que j’étais moi-même de plus en plus chaotique, que j’allais sortir du cadre en titubant. De cette tyrannie, quelqu’un a ramassé les fragments de moi, esclave de ton image qui est venue se briser comme une marrée se retire.

Florence C. Thomas

Danse

Les lumière se sont éteintes. J’entre en scène. J’entrevois la beauté de ce corps qui se déplace dans une esthétique mesurée. Il occupe tout l’espace, son espace est volupté.
Je porte une robe blanche fluide. Mes pas glissent, j’angoisse, je te frôle, je te respire.
Sans y penser, je contemple avec adoration le grain de ta peau dans les lueurs indicibles.
Interdit.
Tu recules, invisible et l’errance de ma main voudrait caresser ton image. Instinct de l’instant, tu es mon pêché immortel. Pas un bruit. L’étole blanche s’affole autour de toi, attend que tu la regardes. Mais tu te recroquevilles, je ne t’atteints pas, tu as fermé les yeux à nos corps égarés dont l’un se fige à l’autre.
Plus tard je dépose un voile sur toi, c’est une esquisse que tu devines. Puis mes mouvements s’accélèrent, puis j’oublie la présence des visages qui m’entourent comme autant de masques blafards qui me condamnent dans un même rictus.
Faux-semblants.
Tes yeux me glacent et tu m’enivres encore. Danseuse laconique, je tremble en te regardant partir, j’implore cette chair que je ne peux chérir.
Valse tentation. Je me sens exposée, c’est toi qui est habillée, moi qui suis nue.
Face au symbole décadent du vide de la scène, je sanglote à ce corps à cœur éperdu. Le public est silencieux, j’aime ce silence avant les applaudissements.

F C-T.

jeudi, 03 mars 2005

Dans une ville que je ne connais pas

C’est un aéroport. Souvent tout commence ou tout voudrait commencer dans un lieu de départ pour un héros en perdition. Finalement cela ressemble plus à une gare, si l’on excepte les avions. Et après ? C’est arrivé par hasard, le train s’est arrêté dans la gare qui avait des allures d’aéroport, j’ai attendu en me figurant de façon irréelle le spectacle de cette gare impersonnelle de cette ville dont je ne connais pas l’existence, cette ville comme autant d’autres qui me sont inconnues et qui, je décide de l’asserter avec force, par évidence n’existe pas. Je décide de la laisser derrière la vitre, bientôt elle ne sera plus qu’un reflet, demain j’aurais oublié jusqu’à son insignifiance, mais pour l’instant je prends un certain plaisir à imaginer que son existence vient troubler ma vision. Si n’existe que pour moi que ce qui m’est familier, cette gare, cette ville, une fois disparues elles ne seront plus. J’imagine le cauchemar d’une vie entière de l’autre côté de la vitre, le cauchemar d’une vie entière à t’attendre aussi, de l’autre côté du quai là ou la ville s’étend puisque c’est écrit sur la pancarte en bleu et blanc. Maintenant le frisson de cette inconnue qui voudrait me narguer d’exister malgré moi finit par me troubler je voudrais que le train reparte oublier vite qu’autant de chemins, qu’autant de vies je voudrais me départir d’un grand rire, aller au wagon restaurant noyer cette étrange familiarité dans un café standardisé sncf gobelet plastique jaune avec de petites rainures , je voudrais que le train continue sa mort lente jusqu’à Paris, oublier qu’il existe des villes comme celles-ci où tout a des couleurs de rance, où tout s’est figé. Mais le train ne repart pas. Je pense- c’est stupide- que ce sentiment d’étrange a provoqué cet arrêt trop long du train en face de la ville, ville que j’ai méprisé du regard sachant que j’allais l’effacer, je pense que je suis coupable par le sentiment que j’éprouve d’avoir transformé la réalité. Bientôt tous les passagers ont quitté le train et je ne peux plus feindre la somnolence, comme si de rien n’était me dire que comme souvent le temps a été un peu plus long que d’habitude, il s’est étiré. Les altercations devant ma fenêtre entre les passagers et le chef de gare me crient la réalité. Je vais devoir sortir de l’alcôve rassurante, me confronter à la laideur l’angoisse me saisit je voudrais qu’on m‘épargne je ne veux pas descendre je ne veux pas toucher cette ville ni m’en souvenir je pense bientôt que descendre du wagon et palper l’air insupportable qui s’évapore va me rendre fou, je vais mourir de cette ville ses vapeurs comme le scandale que j’enfouis derrière le rideau orange oui il y a des endroits qui ne mènent nulle part. Le chef de gare frappe énergiquement sur la vitre et me fait signe de sortir. J’ai pensé trop fort mon dégoût pour toi ville fantôme. La tête bonhomme du chef de gare dodeline légèrement il murmure je crois entendre Monsieur le train ne repart pas. Je me lève lentement, tout est lourd le ciel est blanc dehors, d’un blanc sale je pense le ciel couvert le ciel couvercle comme si quelqu’un avait fermé cette ville pour ne pas qu’elle contamine le reste. Trois pas et c’est tout de suite l’aventure je pense à l’adjectif sardonique en franchissant la porte sur le quai à présent le nom de la ville ne me quittera plus, je reverrai je le rêverai même tellement je voudrais l’oublier. A pas lents j’imagine comment c’est dehors quel café aux comptoirs jaunâtres m’attendent de l’autre côté de la gare. Je vais quitter l’espace de sécurité qui aurait pu me préserver d’ailleurs. Dehors encore je ne sais pas comment marcher ; d’abord parce que je n’ai rien à faire, je ne sais marcher que vers un but , ensuite parce que se diriger ici n’a aucun sens. Je ne peux pas tourner à droite parce que le bâtiment gris ou longer la place simplement , je ne sais pas. Je cherche des yeux ce qui pourrait être absurdement familier, je pense vous êtes les marionnettes de la ville Z votre théâtre je commence à marcher un frissonnement délicieux m’emporte car ici il n’est plus de témoins, que la bavure de leurs regards dilués par les teintes charbonneuses. Comment marcher. Le personnage W passe, c’est amusant, je voudrais leur mettre des étiquettes, des numéros tellement je les hais de m’imposer leur présence. Si W s’approche encore de moi je ne saurais la nommer. La négation de cet après-midi ne me quitte pas un instant depuis que je suis sorti de la gare, mais W s’approche , elle tourne dans une rue Y, peut-être était-ce un boulevard, tout dépend de votre vision des choses. Je me sais méprisable à ma façon bien sûr, nanti imbu de sa première classe aux fauteuils rouges, à cette pensée je souris. W est au bord de s’approcher dangereusement de moi, je suis étonnée par son visage, peut-être parce que je crois qu’elle aurait dû être de la couleur des bâtiments, une existence à le mesure de ces lieux. W demande du feu, elle relève délicatement une mèche pour se donner une élégance, je suis la mystérieuse inconnue que vous deviez rencontrer sur ce boulevard, dans cette rue, je me dis quelle scène éculée cherche-t-elle à jouer, je pense que tout ceci va s’arrêter mais bien sûr elle fait tomber ses documents dans une feinte maladresse . Je la maudis de m’imposer cela, s’abaisser jusqu’au bitume ramasser ses papiers je la méprise petite provinciale aux frissons de caissière, qu’est-ce que ça vous fait de vous donner des airs trop grands pour vous. J’étais au point de la quitter quand elle m’a dit Monsieur vous êtes le phénix de ces bois, c’est une fable, vous vous souvenez ? J’ai vaguement acquiescé, j’ai récité la suite machinalement, puis elle m’a dit ce que j’avais envie d’entendre depuis longtemps, elle a dit des choses que jamais je n’avais entendu, longtemps nous sommes restés debout je regardais le trottoir ne pas se souvenir de son visage je me suis dit pour me fuir que le temps s’étirait encore une fois, elle a pris ma main elle m’a conduit jusque dans un parc je n’ai pas su répondre à ce qu’elle était nous avons marché j’ai même fini par reconnaître certains lieux puis elle a dit c’est étrange je pourrais vous emmener chez moi nous ferions l’amour à même le sol pour se faire croire que l’on a pas pu attendre, que nos corps exultent puis vous repartiriez dans votre train avec vos mains de voyageur vous penseriez que ce n’est rien, que votre image ne sera pas entachée par moi puisque vos actes ici n’ont pas d’alibi. Encore une de ces fois j’étais au bord de la saisir quand elle s’est enfui de plus belle à défaut d’une lettre j’aurais voulu mettre un numéro sur elle, la sauver d’ici, peut-être aurions-nous été bons amis, je l’aurais appelé de temps en temps pour prendre des nouvelles, elle aurait visité nos appartements pendant ses congés peut-être même plus loin nous serions nous attachés l’un à l’autre sous les regards ébahis de nos amis nous aurions raconté notre rencontre je la poursuis je crie mademoiselle attendez mon attaché case cogne mes tibias à chaque foulée elle a l’avantage de l’espace elle tourne et bifurque finalement je la retrouve plus haut elle me regarde elle dit vous savez les amoureux n’ont jamais le temps elle dit regardez-moi bien car demain je n’existe pas, elle a compris, tout, elle a même sûrement imaginé ma mésaventure, l’errance le dégoût, elle sait tout peut-être même en est-elle responsable un instant je l’imagine arrêter le train elle finit par disparaître dans une rue plus loin encore, alors je cours jusqu’à la gare je pense tout ceci n’existe pas puisque tu en es seul témoin encore la gare est là je m’engouffre dans le premier train pourquoi ne l’ai-je pas fait plus tôt, peu importe ou je vais une autre ville-fantôme avec une autre fille la gare le panneau bleu et blanc tout disparaît bientôt comme je l’avais espéré plus tôt, les amoureux n’ont j amais le temps.

Elsa F.O

mercredi, 02 mars 2005

Couché au creux de ta paupière. J’écris.


Il fait bon, l’air est chaud.

Je dis : « Poursuivons par-dessus la fêlure, accouché les rêves d’enfant », encore, « Au temps de nos froideurs nous retrouver dans l’interstice du voile magique », poursuivons « Belle brune, aperçue, nous n’irons plus aux bois, lesquels ? Je ne sais, plus. »
Plus tard, un rêve de chasse à courre où je suis le gibier, faire l’amour comme au premier jour, parler par onomatopées, juste comme ça, juste pour rire. Se regarder droit dans les yeux et voir le soleil de l’autre, sentir un désir qui plane dans l’air, plonger, nager puis couler.

Tu dis « Les fois où les journées sont belles on entend pas un chat. Le silence à une couleur bien particulière aujourd’hui », puis « nous sentons la rose, le sable et l’encens mon chérie ». Tu murmures « Avec la mer, nous aurions l’écume en plus ».

Je dis « Des jours comme ça, c’est des jours comme on en fait plus », « tu es ma défaite des jours compliqués ».

Un jour, tu ne viens pas, le soleil s’est couché sur la mer, personne, la pénombre. Tapis comme un chat j’attends que ton ombre pousse. Un jour, c’était la mer, personne, comme une barque au milieu de l’océan.

Je dis « Ton absence n’a d’égal que tes silences, tu consens à ma lassitude même quand tu n’es pas là ». Je dis, plus tard, plus loin « Il y est des mondes où ne pas exister est une résistance, ta non présence absorbe les lassitudes de la nuit ». Je deviens lent à t’attendre, presque immobile, je veille pour deux. Le phare est gris, la mer vaseuse ; Dante fait briller la lumière.

Plus tard, la lune n’a rien dit mais tu es là sur la grève. Tu dis « Je suis las du devoir de m’attendre, n’importe qui aurait fui », plus grave « Chéri, attendez vous quelqu’un ? »

Je dis « Nous pourrions attendre tous les deux que jeunesse se passe n’est-ce pas ainsi qu’il faut faire ». Autre part « Peut-on penser un jour que vous sans nous deux puissiez exister ? Voulez-vous, un jour, petite, quittez sans moi les sueurs l’enfance ? »

Tu dis (en sanglotant d’ailleurs) « La mer sera toujours là, même si je pars, même si je casse le bateau. ». « D’ailleurs, le ciel est là, lui, luisant, attendant qu’on s’en aille ». Tu soupires, pouffes presque, reprends « Juste avant de finir, je crois que ça y est, nous fumes les enfants sauvages du naufrage disparu. Il ne doit en rester qu’un, pauvre Robinson, partons avant de nous oublier".

Le jour qui suit. Je dis : « Ces jours, c’est comme des rendez-vous manqués, à moins que l’île, peut-être, ne coule aussi ». Les entrevues s’espacent, comme elles devraient finir. On s’attend sur la berge, la conviction nous démange. Tu dis : « J’ai des poux dans la tête de notre solitude, un naufrage n’est beau que quand il se termine ». Je dis : « La réalité nous rattrape et c’est fatal, la réalité nous rattrape parce que nous l’avons fui ». A peine, un temps, presque lyrique, je dis : « L’écume des jours, ils n’avaient rien compris, nous sommes la somme, à ce moment précis, de notre combat ruiné ». Il fait déjà nuit, ont s’endort, nos parfums passés se tassent. Tu pleures, comme il fallait le faire, je n’en doute pas. J’ai peur d’être dans la lumière. Je dis : « Il faut partir, les signes puis tout ça, nous n’avons plus grandis, nous irions vers le pire ».

Nota Bene, et c’est toi qui te lève, toi qui me regarde, magique, qui part.

ml

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