mardi, 19 avril 2005

Pluie d'été

En réalité la « maison » me tenaillait parfois, elle me prenait un soir que je rentrais avec Alice. Je restais silencieux et je sentais que le mal me gagnait. Un mélange de remords et d’interrogations. Je regardais Alice tendrement et je voyais qu’elle le discernait déjà. Elle me prit les bras et je crois qu’elle m’aida à avancer. Je lui parlait de Tania, puis de ma mère, j’omis de lui parler de Vanessa qui tenait une grande part dans ce qui me hantait. Déjà je commençais à pleurer, déjà, tremblant je prenais appuie sur elle. Nous avions été manger sur un bateau sur le Rhône, Charlotte et Stéphane avaient décliné au dernier moment l’invitation. C’était monté au moment du dessert, je fut comme absorbé, obsédé par mon statut d’absent. De moi sans ma mère qui repense un de ces soirs à sa sœur Yvonne couchée dans sa voiture sous la pluie. Elle est là magnifique qui veille sur sa sœur qui est comme endormie. La pluie paraît si apaisante, si protectrice d’un choc. Seule sous la pluie dans ce linceul de fer, elle est couverte de pluie, déjà emportée ailleurs. Ma mère la regarde et mon père m’empêche d’aller la chercher, de courir vers elle. Elle s’agenouille lentement à peine dérangée dans son ombre par les gyrophares des pompiers, à peine seule sous la pluie battante sur sa petite sœur en ruine. Elle n’entend que son silence, celui du cœur de sa sœur qui ne bat plus, et peut-être un peu du sien qui bat si peu. Elle s’agenouille toujours plus, la pluie les recouvre toutes les deux, lui donne à entendre ses cris de elle sur sa sœur. Elle remonte dans la voiture dit « on y va » puis ne parle plus pendant longtemps. Ferme ses yeux qui ont la couleur de l’eau. Qui lui rappellent sûrement la tôle d’eau. Le dessert est amer et je ne sens plus mon poids de moi sur cette chaise, sur ce bateau avec Alice. Je coule, et nous partons, marchons à présent dans la rue. Seul le corps chaud d’Alice me tient à la réalité, je ne peux plus me dépêtrer du visage de Jeanne sur Yvonne, de moi qui voit Jeanne regarder Yvonne derrière les bras de mon père. J’en ai écrit des lignes dis-je à Alice sur cette soirée là. Je lui dit doucement que je lui ferait lire que je ne l’ai pas écrit depuis peut-être trop longtemps, où qu’elle n’ont pas été assez lu où pas par les bonnes personnes. Je bafouille, pleure plein de morve dans le nez. Comme si j’avais froid, comme s’il pleuvait. Alice est là qui me veille, qui éponge mon angoisse. Elle voit et je le sais ces images, elle me chuchote doucement comme à son enfant. Je vois maintenant le visage d’Alice.

ml

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