samedi, 12 novembre 2005

Vie

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En revenant de là-bas, je suis fatigué, épuisé de m’être autant éloigné de moi.

Sans comprendre je m’assoie, tout près, juste à coté de là où j’avais été.

Alors je te parle, avec des mots courts, quelques lettres, à peine.

Je veux te dire ce que j’ai vu, sans que tu puisses l’imaginer.

Te décrire le peu, l’invisible mouvement que j’ai suivi, envahissant et proche.

Franchir le chiant de la vie, le pénible et le précoce, la limite invivable.

Que tu comprennes qu’il faut, sans attendre, se blesser au matin.

Se couper un peu plus, couler un peu plus, sentir un peu plus. 

Survenir de là où seul un cri émeut et s’affaiblir pour craindre.  

Puis je continue, j’ajoute quelques détails évasifs, quelques signes évadés.

Puis j’arrête, je cesse de parler, soulagé d’avoir à peine murmuré.

En moi je crie, tout au fond, loin dans mon ventre, loin derrière la peau.

Tu ne bouges pas, rien d’autre qu’un peu d’air qui rentre et qui sort.

Avaler cet air, avaler ton air, le garder un peu, le respirer et cracher.

Ne rien dire puisque je ne sais pas, ne rien disperser de plus, recracher.

Avancer un doigt, revenu lui aussi du bout de mon bras, le poser, appuyer.

Tu ne cesses pas, je propulse encore des mots, je précise à peine.

Figée d’un sourire, tu attends ma mélodie mélancolique et cyclique.

Rien ne t’amuse plus que ces minutes, lasses et indécentes où je suis.

Retour de là-bas à la lumière rampante, sous l’amicale éclairage de ton visage.  

Quelques mots viennent encore pour te vibrer d’images imprégnées.

Alors j’investis l’obligatoire silence, celui qui restera le moment d’après.

Puis tu parles, d’un trait, et dans le bruit de tes mots je reçois.

Tu continues encore, d’autres phrases se délassent, je présume.

Je t’écoute, je t’écoute et je m’essouffle, je t’écoute et je m’endors.

J.B.

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