« Dom-dom sous la pluie | Page d'accueil | Anthologie des correspondances névrotiques Chapitre VII »

mercredi, 09 juillet 2008

Anthologie des correspondances névrotiques - Chapitre VIII

 For what it’s worth, Buffalo Springfield - mp3  

                                                          

 Lettre à ma Blonde.

A quelques mètres de la californienne so hot et surtout so cliché, pas loin.

Auprès de ma blonde, celle qui s’en souviendra, la blonde diaphane, pulpeuse ou tout simplement celle qui laisserait sourdre un peu de folie, briser la glace entre deux verres, ma blonde que je voudrais encore plus folle, plus esseulée et dépressive, celle qui trempe un prozac en pousse-café dans son whisky en éclatant de son rire insupportable, celle qui aura su faire voler en éclats ce qui restait de la blonde ficelée au cadre, étouffée par sa triste image de baby doll pré-Marilyn post-péroxydée. Ma blonde glaciale effrontée et brûlante suffoque sous le plastique du linceul vicié, la marque de son lipstick deep red souffreteux bave gentiment au contact de la buée just for fun, elle s’étouffe de plaisir                    end of the trip.

C’est aussi ce que j’ai pensé en revoyant ma blonde préférée, plus hitchockienne que californienne, ma blonde à moi s’appelle un flash photographique comme une épreuve surexposée au babyliss, lapsus d’un œil trop lustré d’avoir halluciné le clair obscur de ses attentes lascives, postures et impostures de my classic, dirty and so convenient blonde, petit nez mutin et pommettes blushées strass, so gorgeous                                     end of the strip

Je voudrais qu’elle se souvienne comment elle est arrivée ici, ma blonde épurée, l’allure défaite et dégingandée, les cernes bistres et le rimmel roulé sous les cils, valise à la main, un mégot fumant entre deux doigts, l’allure et fine et détruite, ma blonde chétive et désaxée, un râle en guise de réponse histoire d’enterrer les pin up and down, elle évase sa démarche volontairement pour n’être plus que dans les à peu près, émaciée et gracile , peau translucide et maladive, son vernis comme une tache de sang constellé, elle, dont le rire grave me rend si pauvre et laid et cruel de n’atteindre pas sa grâce de pétasse indomptée.

Il faisait une chaleur à crever quand elle est arrivée, on était tous là, accoudés à la voiture à tenir les murs, on a entendu ses talons noirs qui crissaient sur le bitume brûlant, on était épatés, même qu’elle est passée sans nous voir, dans un moment d’inconscience, goguenard, j’ai lancé « Light my fire Kelly » alors elle s’est retournée, comme ça, juste ses yeux mais merde, j’avais pas l’air malin, comme qui dirait j’en menais pas large, elle m’a jeté un regard ça voulait dire right here right now, un regard comme ça à un chic type comme moi, j’en aurais pleuré.

Diaphane, la blonde, qu’on se le dise et redise, elle voudra qu’on lui rende ce qu’on lui a volé, lunettes noires et vernis rouge, dents blanches et clefs sur le contact, elle me regarde et piaille de sa voix de ripaille, Honey, what the hell are u doing ? et tout pétri et crétin de fierté sous mon chapeau, Ray ban sur le nez, j’ai pensé : I am such a lucky man.

Elsa O. 2006

Trackbacks

Voici l'URL pour faire un trackback sur cette note : http://pages.blogspirit.com/trackback/536515

Ecrire un commentaire