jeudi, 25 mai 2006

Habéas corpus en nuit forme mon scandale

Tu viens me voir et c’est déjà un scandale. A la façon d’une petite truie je t’ai imaginé à mon regard. Quand je te voyais, avant de pouvoir imaginer posséder ton corps, comme un fantasme humide. Las, encore, pour quelques secondes avant que nos corps ne se froissent. Il arrivera le moment où nous le diront. Ou l’un de nous, sûrement en usant d’une haute sémantique, interdira à l’autre le rivage de nos ports. N’est pas Pedro Almodovar qui veut, pas même en doublure. Tu as fini de m’adresser un regard de Jupiter anxieuse. Comme je te déteste déjà de savoir qu’après la nuit je serais incapable de t’aimer. Je devrais vivre seul,  l’appétit, fut-il sexuel, n’implique que subsidiairement la compagnie. En semblant de poète j’évite à ton écoute des pensées graveleuses qui me traversent. Je suis tellement lâche.

A ta façon de me deviner faussement je te présenterai bien ce que tu ne vois pas flotter en mon esprit, ce que je fais honte à ton corps. Comment je transforme le mien en taureau bestial triomphant. J’aime pourtant ta tendresse, mais d’une manière ridicule, égoïste, et peut-être hautaine. Je ne t’appellerai jamais ma petite truie, tu ne le seras donc jamais.

 

ml

samedi, 20 mai 2006

Dites moi que vous savez qui je suis et je...

medium_images.4.jpgIl s'agenouilla, à l'abris sous le bob qu'il venait d'acquérir. Pas trop sûr quand même de son anonymat, il commanda benoîtement un café. Il savait qu'il était en fait plus mythomane que connu. Qu'il se grisait tous seul de se croire reconnu, triste penchant amère de l'écrivain raté. Qui se souvenait des quelques rôles, justement anonymes, de ces dix dernières années. N'empêche, sous le soleil brûlant, masquer sa voix à ce serveur lui faisait le plus grand bien. Les rues grouillaient de peintres éphémères. Il en dégustait d'autant plus son café. Caché sous ses mimiques, un sourire lui pendait maintenant aux lèvres.... Encore imprégné de ce que son travail lui avait demandé de réflexion il cherchait peu à peu à plonger dans ce long week-end qui s'offrait à lui. Rien à faire, sa dernière note occupait toujours un coin de sa tête. La chaleur rendait la vue flottante, rien ne pouvait plus être vraiment net. Au creux de l'été, tapis sous cette terrasse, il mettait en oeuvre les quelques jours libres à venir. Bien sûr comme dans toute réverie il y avait un "elle",  elle s'imposait maintenant en douceur sur sa dernière note de travail. Recouvrait ostensiblement les caractères noires. Infime, au début, elle allait devenir le but de cette trêve estivale. Encore quelques minutes et elle serait une réalité à l'ombre de cette terrasse. Il rougissait déjà, elle apparaissait au coin de la rue...

ml

lundi, 15 mai 2006

Histoire 2

Histoire 2

Comment t’écrire que je t’aime, que je m’approche de toi parfois, juste pour t’effleurer.
Comment t’écrire que j’absorbe toujours plus ton être, que je te pense à chaque mot.
Comment t’écrire mes doigts tremblant de ta vie, de ton souffle transparent.
Comment t’écrire que nous sommes toi et moi si loin de tout, de chaque absence.
Comment t’écrire que le temps me rapproche toujours au plus près de toi, de l’unique nous.
Comment t’écrire que les jours s’ennuient parfois au-delà du présent, de la répétition fatiguée. 
Comment t’écrire la disparition organisée du quotidien, la limite infime qui nous bascule.
Comment t’écrire les espaces pessimistes, les signes indignes qui s’immiscent.
Comment t’écrire les regards évidents qui évitent le choix, qui frôlent parfois le rien.
Comment t’écrire que tu t’éloignes dans le temps sans bruit, que je le sais depuis peu.
Comment t’écrire que je m’approche de l’absent, que je le deviens et l’attends.
Comment t’écrire les restes de toi que je compte encore un peu, que j’avale en crachant.
Comment t’écrire les visages qui se multiplient et le désir envahissant de toi disparu.
Comment t’écrire que tu partiras puisque je ne sais pas le faire, que je t’attends partie.
Comment t’écrire que je répète toujours les mots de toi, de ton départ venu trop tard.
Comment t’écrire les passages lents du vide, que l’absence occupe tant de place.
Comment t’écrire le rythme d’une journée sans toi, sans le silence entre tes mots.
Comment t’écrire l’imaginaire intense de toi sur mon corps, que je vie encore.
Comment t’écrire la disparition paisible et certaine de toute image, de l’avant.

Comment t’écrire la simplicité de l’oubli.

JB

dimanche, 14 mai 2006

Notre symphonie

medium_juh.jpgDeux secondes encore, et c'est magique. Simple comme du babillement. Las de l'indiscible, du Roméo en sueur encore et toujours pendu à son balcon. Juste au creux de ma simplicité. Juste s'avançer. Des pas. Traces invisibles comme le rien des mots, juste suspendu à la pluie ou au brûlant du soleil. Plus de mystiques "chérie comme an again", rien de moins et donc plus de cris sur mms, de si suaves salés sussurements sur sms. Encore, à deux doigts de nos souffles, et de ce qu'il est bon de nous toucher. Ils s'étaignent les démodés décors, décousus et embarrassés de "tu sais", mimiques improbables aux buts à peine tranchant. Je sens maintenant ton souffle. Il n'est rien de plus romantique à nous que ce silence ponctué de nos souffles. Pas besoin, je crois, de s'imaginer à l'autel de nous. Ils sont fades ces rouges sublimatiques, trop arrogants pour leur prêter quelques crédits. Je n'ai pas besoin de le dire au passé simple, à l'imparfait, d'être un tant soit peu dans ma démesure verbale.

Reste, entre nous et le silence que le bruit parasite si doux de la ville qui palpite de ses nous. Pour nous, et c'est peu dire, à ce moment, nous survolons les bruits et les silences. Voila une vrai symphonie.

ml

vendredi, 12 mai 2006

L'ordre de l'alphabet

L’ordre de l’alphabet.

 

Je suis toujours surpris par votre présence indicible, par l’étrange et le paisible.

Rien ne dit plus que vous au moment de dire. Rien.

Parfois, simple mime, je deviens une virgule, je croise le peu que j’imagine.

Tout s’attaque autour, tout retrouve le vous de votre vertu symbolique.

Petite limite au registre insignifiant.

Si seulement vous saviez quand les multiples retours apparaissent,

Quand je ressens le moment d’être celui qui suit le sens.

Vous abreuvez tant et sans autre visage que l’intimité.

Pour aller où, pour surmonter qui ma très chère minuterie ?

La simplicité parle peu finalement, vite dit et labouré de lèvres.

Je me dresse devant vous sans comprendre la chaleur empressée.

Je ne cherche qu’un peu de votre intérieur effarant, de votre enveloppe finalement.

Pour en savoir un peu plus, il m’arrive de penser en suivant les lignes,

Sans plus, au cas où, pour voir, juste pour voir. Rien de plus.

D’autres fois, il me semble que vos suintements s’amenuisent,

Que vous glissez moins bien le long de votre virulent décor,

Que votre lenteur sereine s’ennuie et que vous tremblez.

Ne riez pas, vous tremblez parfois,

D’un tremblement éteint et lasse, minutieux. Puis plus rien.

Mais vous tremblez encore.

Alors, en peu de choses, je me décime à vos cotés,

D’un geste futile, insolent, je tends vers vous, vers vos versets impudiques.

Un peu apparaît alors, aucune symétrie dans les restes,

Tout s’entasse, sinueux dans mes doigts effarés,

Le lisse s’étouffe de transparence et je suis au devant de vous,

Pour devenir un mot, celui que j’écris puisque vous êtes.

JB

mercredi, 03 mai 2006

Histoire

Je regarde tes pieds,
Je rie de te voir là,
Je m’aperçois du beau,
Je me demande où cela va,
Je m’éprends du sol,
Je parle doucement,
Je t’accompagne au bord,
Je simplifie tes yeux,
Je ferme les mains,
Je repense encore à ça,
Je parle toujours trop,
Je savoure la lumière,
Je m’étonne de ton absence,
Je m’essouffle déjà,
Je t’adresse les restes,
Je soupire en silence,
Je te dédie mes riens,
Je pers mes forces,
Je te dépasse un peu,
Je dénie tes formes,
Je m’entraîne au-delà,
Je subie ton image,
Je m’endors sans air,
Je pleure de savoir,
Je te découvre presque,
Je réfléchie parfois,
Je m’exerce à demain,
Je t’interdis de mots,
Je m’exerce à toi,
Je dessine à peine,
Je m’informe encore,
Je découpe cette heure,
Je  t’avise de loin,
Je te vole ce geste,
Je mélange tes pas,
Je te disparais.

JB

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