vendredi, 20 octobre 2006
Eternal vertigo - si échappée soit-elle.
Ce serait déjà toi qu’il faudrait partir. On se presse, vite, il faut encore partir avant que tout soit enfin comme on l’aurait désiré, il faudrait encore attendre que cela redevienne comme on l’avait voulu, le bonheur ne dure jamais, il ne s’atteint pas, il faut quelque temps à l’esprit pour comprendre où il est. La volonté est maîtresse.
Tu n’as pas grandi, pas tellement, tu es toujours là, encore dans l’attente, comme moi, j’ouvre la porte et voici la sale et si sournoise - comme la vie est quotidienne- je la referme pour retrouver enfin le silence de l’appartement qui est selon moi la plus belle chose qui nous résume, voici que je deviens matérialiste enfin, tu n’en attendais pas moins sûrement, car il en faut des jeux et des déguisements, de l’outrage surtout pour croire à tant de folie. La question est toujours de savoir si je ressemble à un voyageur, la question est toujours de ressembler au flash que je me fais de la situation, on disait qu’on mettait nos habits du dimanche, on disait qu’on mettait nos gants blancs de communiantes, on protestait un peu parce que ça n’est pas vraiment nous, communier religieusement, c’est plutôt le silence qui communie pour nous, il s’en est suffit d’une journée, il faisait frais, certes, mais il fallait tout de même ressembler à ça, les marcheuses, comme si y était, parce qu’on y est toujours deux fois plus avec toi, ma planque et la tienne, ce serait presque honteux de la révéler, ils voudraient tous être là à déguster tes yeux et me couvrir d’envie et de compassion, ils phantasment une propriété ou des droits que j’aurais sur notre personne, comme si nous étions un concept, je suis là, tu es devant, on marche et dieu que c’est encore loin, c’est tout ce vent qui va nous épuiser à la fin, parce que tu es dure à la peine et moi je voudrais y être plus encore.
Je hais la photographie.
On y revient encore. Le même train, la même saleté, le rêve encore plein les yeux et c’est déjà le retour, je te suis parce que je ne sais pas où aller, alors je prends mes bagages de suiveuse et ma solitude dans la poche, les yeux crevés de certitude de ce qui nous attend, est-ce qu’on saura se noyer là bas pour n’être plus que nous-mêmes, ma petite utopie atemporelle.
A penser le départ je voudrais qu’il soit là pour te démontrer enfin qu’il existe si peu, regarde-nous, nos carcasses, nos ventres décharnés qui retournent au pays, là où il faudra savoir partir plus parce que la ville ne sait plus tourner, il faudra que tu tournes à sa place, encore une fois, il ne faudra pas vieillir trop vite, savoir se tenir fort les mains jusqu’à ce que tout passe.
On dirait le paradis atteint, c’est calme et clair comme un appartement peut-être avec une terrasse sinistre qui annonce la rupture, tu parlais et je regardais la mer qui allait avec moi, tu parlais encore après c’était la fixité frustrante de regarder la mer du dedans qui explose jusque dans moi, c’était aussi laisser partir mes yeux à l’intérieur, c’était aussi l’heure de la résignation, comme après le travail lancinant du soleil sur la peau, il faudra qu’on en finisse avec la mer, la mienne, la tristesse qu’on emmenait au loin, au aurait su mentir pour rester encore, un jour il faudra partir de toi, c’est comme une adolescence qui recommence, il y a toi et la vacance éternelle posément envolée, la mer qui résiste, qui laisse sourdre une certitude enfin, la mer, parfois, j’ai l’impression qu’elle respire à ma place.
Elsa O.
17:10 Publié dans - Elsa O., Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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