vendredi, 20 octobre 2006

Anthologie des correspondances névrotiques - Chapitre IV

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 Le raptus métro

 

Raptus : nm.masc. psychol : mouvement brusque issu d'une pulsion puissante, passage à l'acte. Moment durant lequel la conscience est fortement perturbée.

J’attends. J’attends qu’il arrive qu’il passe que ça se passe, une fois, encore une fois j’attends une dernière fois qu’il arrive ce putain de métro, je pense à tout ce qu’on aurait pu faire ensemble le métro et moi c’est un être simple et drôlatique en fait c’est plus une sorte d’explosante le bruit et la fureur quand il débarque sur le quai je suis emporté avec lui et juste alors la vitesse s’arrête c’est trop, assez peu finalement, je voudrais une station éteinte où il ne freine pas je me serai introduit subrepticement dans la station morte, comme ça le métro serait passé sans s’arrêter, une belle rencontre quelque part c’est un peu comme s’il m’attendait le métro, j’aurais juste glissé en passager souterrain et silencieux broyé aussi, incognito surtout pour finir jusqu’au bout j’aurais été une petite personne fantasque et magnétique attiré par le rail qui crisse la vitesse qui m’emporte qui m’avale comment c’était d’être avec toi dans le train de nuit ton visage et le mien qui se répondaient la même chose la nuit était claire assez finalement, comment c’est d’être encore sans toi d’attendre la rame une fois la dernière pour toutes les autres, tu as voulu disparaître moi je reste encore sous le métro stoïque le voilà qui arrive qui fracasse l’air flottant et nauséeux au dessus des rails comment c’était d’être dans le soleil de tes mains un centre centrifuge et mon être transpercé par ton corps c’est comme le métro ma chance s’arrête là vois-tu petite notre fin n’est pas si triste à le répéter comme une idiote naïve et capricieuse, la fin c’est moi et le métro et moi encore qui gît morcelé sûrement il y aura des cris des hurlements j’aurais tant aimé que tu sois là pour voir ça une dernière fois moi sous le métro et tout le monde qui hurle à mon corps peut-être qui prie à mon salut petite salope tu ne sais pas ce que tu as perdu moi je le sais c’est vrai les sensations le souffle d’un esprit qui se sent vivre encore de l’évanescence de deux corps je sais ce que ça vaut c’est comme le métro et moi qui ne feront qu’un lors de la fin dernière deux corps entrechoqués une dernière fois je serai là gisant et saisi par la rame, je ne peux résister à l’envie de tuer ta conscience par mon acte qui me coûte finalement si peu quelques secondes à moi trois pas et merde paix à mon âme et pardon au conducteur qui verra la tête d’horrifié vivant que je suis sautant sous le métro à pieds joints petite écervelée sais-tu ce que c’est que la souffrance que tu m’infliges tout mon geste sera comme le surgissement de la haine qui gronde en moi encore et sournoise et plaintive et autant de fois maladive je voudrais te vomir de mon cerveau mais il n’y a que le métro pour sortir de toi et moi qui croyait sentir enfin la plénitude je serai un Jonas moderne avec mon métro clac on entendra un bruit sourd et sinueux clac mon corps et âme et le métro et moi ne feront qu’un quand mon grand corps malade sera brisé en deux sais-tu ce que ça fait ingrate encore une fois de perdre la raison je t’implore et je te crache mes exhalations catharales n’y font rien tu es encore polype visqueux et senteur putride le métro le métro le métro arrive.


Elsa O.

 

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