vendredi, 20 octobre 2006

Anthologie des correspondances névrotiques - Chapitre II

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Il me tarde l’exil. 22h16 à l’horodateur. Merde. Vite. A droite, à gauche, coup d’œil furtif, toujours plus ou moins la même histoire, le même cliquetis singulier dans ma poche qui trahit ma fuite nocturne. Je suis poursuivi par mon ombre, une poursuite qui jamais ne finira, je me poursuis ou plutôt une pulsion en moi me fait chercher plus loin encore, je suis toujours devant de moi. Talonné de près, je remonte le boulevard, je tombe sur toi qui rentres, je reviens sur mes pas 22h18. Il est encore temps, il est toujours temps, temps d’attendre à trop tard. Je recroise toi. Tu fais semblant de ne pas me voir cette fois, c’est beaucoup moins facile la deuxième fois, beaucoup moins la surprise, beaucoup moins naturelle et dupe, beaucoup moins hasardeux surtout, ça veut dire on erre pareil ici. Ça veut dire tu m’as menti aussi, tu ne rentres pas chez toi, en fait. Un certain goût pour l’échec me fait prendre la rue suivante pour te croiser encore. Je serai de face, bien face à toi seul et milieu, tu seras mon obligée, forcée de lever la tête. Une sorte de terrorisme psychologique. Je me sens sexuel, très sexuel, je te domine d’une tête. Tu t’arrêtes. Tu murmures Décidemment, puis tu cherches un détail à fixer, comment se heurter à l’objet. Tu vas dire encore quelque chose comme une excuse, je ne voulais pas rentrer tout de suite. Tu attends enfin, vile et lascive, hideuse presque, tellement romancée de toi-même. Que je te plaque contre le mur, que je t’embrasse infiniment et surtout avec fougue, oui surtout, tu attends ça. Ca m’amuse terriblement. Comme une ronde douce et débile, je suis concentrique, je me resserre autour de toi, je suis la circonvolution stupide prête à saisir, presque carnassier, le plaisir de la chair offerte et en souffrance de trop peu, de pas assez. Les bras devant, le chef fièrement dressé, fat, droit dans mes bottes. Finalement tu ne dis plus rien et tu vas pour murmurer encore. Je te torture de silence. Attends encore un peu. Attends que tu sois au bord de m’écoeurer, j’attends tant qu’il est possible, un peu plus de mépris jaillira de moi, ma première convulsion exhortée et déglutie pour toi, un baiser impulsif, guerrier. Tu résistes bien sûr, tu feins de résister toujours à ce petit jeu insidieux, insolent, odieux, à bout, toujours à bout de forces tu es dans mes bras, pour que je sois ton protecteur et celui qui t’emporte malgré toi, tu attends encore de céder pour la faiblesse incarnée sentir. Je te plaque contre le mur, c’est une surprise évidemment, tu murmures exultant encore comme pour toi-même. Non, non, pas encore. C’est là, dans la rue, c’est trop pour toi, petite, ce sont mes mains qui se faufilent, par souci de décence dans la folie je te porte jusqu’à l’appartement, tu es comme évanouie, mon contact t’épuise simplement. Là, je me saisis de toi, tu pleures, prostrée comme à chaque fois, je suis comme un voleur, comme un violeur, tu es violemment absente, là, allez va petite, au repos.

2004

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