samedi, 28 octobre 2006

Ne dites pas enterrement

medium_tul.jpgMarche au soleil. Pas de mots prononcés. Juste des épines, murmures incompréhensibles. En somme, réflexions sur mon lit qui se noient en sanglots blancs. Peine. Et pour le lendemain penser à ce que l'on veut dire. Peut dire. Blanc, encore. Petite vie, passée en vitesse. Envie de pluie qui tombera ce jour là.

Alors il faudra plutôt que de la fulgurante peine, de la fierté d'avoir aimé.

Je t'en éclaterais de la pudeur. J'irais à voir plus loin que nos visages peinés. Je grandirais encore de toutes ces larmes. Pour les avoirs ces couteaux de peines. Un discours, mais ne vais-je pas voler ces moments de tristesse. Ou bien se sera juste moi. Mes travers que tu aimais aussi, je crois. Juste moi qui aime à montrer ce que je ressens. Il y aura trop de verve. Mais ce sera moi. Il y aura trop d'ego encore. Mais ce sera moi, là encore.

J'ai envie de dire. Tu nous quittes dans ton éclatante liberté. Tu restes le rouge et le piquant à la fois. J'ai aussi envie de m'interdire, de fermer ma gueule. Prémonitoires leçons du passé. Une main moite sur les touches grasses du clavier. Petitesse du requiem le coeur gros comme quoi?!

Enfin, car il en faut toujours une comme aujourd'hui, une volonté de dire des choses simplement. Chercher le "triste tropique", l’insoutenable légèreté du fait que même ce jour là est un jour de vingt quatre heures comme les autres. Que la terre tourne toujours. Petit recueil de ce que l'on va pouvoir me consoler.

Tu rêves toujours, oublie sûrement ce que je n’ai pu te dire. Aussi, quand j’imagine le silence du vent après que les « gens » soient parti, je file un grand sourire. Ma vie est repassée en avant puis en arrière.

Avant de tomber un peu dans l’abîme plus bas, il faut que j’écrive, on est que des vies du lendemain.

ml

vendredi, 27 octobre 2006

Des clameurs andalouses - L'échappée belle 4

medium_di53.2.jpgAu détour des rues nous marchons sur le côté, tu portes encore cette fichue robe impossible et rouge, bien sûr, toujours de circonstance la maudite inconstante, ton rire perle doucement cette fois, comme pour mentir le paisible du soir. Au loin vers le vieux village on entend pourtant percer quelques bruits festifs.

Ce matin nous avons marché longtemps, tu avais les cernes bistres et longs, prolongés sur tes joues, tu avais pleuré, tu ne savais plus, tu demandais encore, incessamment comme une longue complainte, comment pourquoi, qu’est-ce que nous sommes venues chercher, tu disais d’une voix qui tressaille mais enfin je ne comprends pas ce qui nous fait arriver ici, dans le silence, tout est si solennel, tout me rattrape et tu ne sais plus me faire fuir. J’ai pris ta main et nous avons couru vite, il fallait épuiser cette tristesse, celle qui s’arrêtait devait mourir pour l’autre aussi j’ai couru longtemps et tu vacillais derrière moi, je sentais ton souffle coupé mais aussi ta main serrée comme du défi. Enfin nous sommes arrivées dans la ville, il faisait une chaleur qui étouffe, tes yeux se plissaient sous les éclats de la route blanchie par le soleil insupportable, la terre battue se collait à nos jambes humides de sueur d’avoir couru jusqu’ici. Enfin, la petite boutique ; tu n’y crois plus qu’il y ait des gens ici, tu penses que c’est un village fantôme que tout est mort, que j’ai voulu trouver une Atlantide qui te fasse sentir ta seule présence comme un rêve, la petite boutique c’est une vieille femme dedans, tu essayes des chaussures de flamenco, la saveur première revient enfin, je suis apaisée et lasse de tes humeurs indociles, tu t’es jetée comme une gamine assoiffée par terre, tu as essayé des chaussures, des tas, des rouges et noires surtout au milieu du magasin, à même le sol poussiéreux, tu passais frénétiquement les boucles, tu faisais claquer par terre que ça fasse bien du bruit, que ça claque bien comme les danseuses, comme nous, tu disais. Je souriais un peu, nous sommes sorties avec ta robe rouge impossible et nos chaussures comme des imposteurs de fortune, adios senorita, tu marchais sur les trottoirs pour que ça claque bien fort, inlassablement tu faisais le bruit les chaussures encore, pour entendre l’écho. Le soir alors la gaîté revenue tu espérais que nous allions vers les lumières du vieux village dont on entendait sourdre la rumeur au fond, tu marchais vite, devant moi, tu trépignais d’impatience, bien sûr tu avais mal aux pieds d’avoir tant sauté, tu avais une faim de loup tu disais, une faim d’andalouse, une soif des hommes qu’il y avait là-haut, la robe rouge impossible ce n’était pas pour eux, bien sûr, c’était pour leur rire à la face leurs regards étranglés du désir sale et vil, sur la route encore tu te retournais vers ta complice, on claquait des mains ! hombre ! je ne pouvais que céder à toi, à tes regards de langueur facétieuse, tes œillades volées . Nous avons bu beaucoup là-haut dans le vieux village, je t’ai perdue dans les rues, tu courais en criant mon nom, parfois tu m’appelais Carmelita pour qu’on y soit encore un peu plus, tu passais dans les bras des uns, des autres sans jamais t’arrêter, l’alcool me rendait mélancolique et j’essayais de te suivre dans ta course folle, les yeux brillaient de plaisir innocent, tout souffrait encore maladivement l’été au plus haut, tu finis par te lasser de toutes ces mains prêtes à te saisir, c’était délicieux pourtant, ici et là des étreintes esquivées pour finir sur la route élancée à la mer je courais devant toi cette fois, sans nos chaussures dans la nuit. Nous avons dormi sur le bord, un instant nous sommes tombées d’épuisement, tu dormais dans mes bras, je grelottais un peu malgré ta frêle chaleur, je priais en moi-même pour que la pluie ne vint pas, pour que rien ne nous rattrape, personne ici, dérobée à ton ombre, à tes silences de quand nous étions encore dans le sale de l’habitude, ma petite précieuse convalescente, tu dormais enfin du sommeil du Juste après avoir exulté, vomi le monde qui t’avait trahi là-bas, tu avais craché tout dans la ville andalouse, la ville andalouse, juste au dessus de nous, de laquelle nous parvenaient encore le songe d’une berceuse, le long sanglot de la musique, presque le silence retrouvé après le vacarme des souliers claqués de part et d’autre qui faisaient comme fumée autour de nous, ta tignasse poussiéreuse, demain, à la mer.

Elsa O. 2005

 

 

 

jeudi, 26 octobre 2006

Tentative onirique

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 à F.C-T.

Florence Florence toujours Florence encore jamais toujours toi moi Florence une ronde endiablée quelque chose vient de se rompre je te rejoins je te perds encore je crois un tourbillon bizarre et déchiré qui me tient je ne sais plus j’ai couru puis je me suis endormie un soupçon m’a perdu au dessus du vide j’ai perdu les jours que j’avais dans la main je les tenais bien enserrés dans ma main et pourtant ils sont tombés c’est bête tout de même des jours qu’on avait précieusement mis de côté qui tombent par terre comme ça stupidement ils se brisent sur le carreau je passe le balai et tu ne m’attends pas-tu prends le premier train vers la gare ou plutôt le premier avion vers l’aéroport c’est plus absurde encore tu es toujours aussi longue toujours aussi volée et volage tu es toujours aussi dérobée comme à la folle allure rien ne traîne rien ne se suspend rien ne pèse rien ne se suspend je regarde une boîte de haricots verts devant une église quelle idée saugrenue le blasphème-liberté on partira un matin pour le soir on partira une semaine pour un mois Florence et moi eh regardez-nous sur le dos d’un plat on jouera les fugitives je porterai des clefs pour ouvrir les portes et elle portera autre chose Florence elle porte peut-être notre passé sur son dos ça fait déjà beaucoup ça fait déjà beaucoup sur un seul dos ou alors elle portera des projets comme un grand diable elle se faufilera dans le train je ferai diversion parce que je suis très distraite très sotte aussi alors je ferai diversion vers le tabac de la gare j’achèterai peut-être des réglisses ou ce genre d’article qu’on n’achète jamais, ou non ce serai trop suspect je veux dire Florence elle pensera que je veux qu’on échoue alors que c’est faux on m’a envoyé ici pour fuir, j’ai été volontaire pour fuir tout de suite fuir avec tout ça qui nous emporte loin après il faudra que je saute vers un autre train pour rattraper Florence parce qu’elle n’aura pas perdu son temps elle aura probablement trouvé des complices de la fuite dans le fichu train qui ne m’a pas attendu moi je serai sur le train comme une perdue comme un voyageur qui ne voulait pas vraiment partir ou qu’on n’a pas attendu je ne sais pas peut-être Florence elle aura pris soin de moi Florence elle prend toujours soin de ses affaires et je suis une bonne affaire, tout de même, à la petite semaine.

Elsa O. 2005

 

samedi, 21 octobre 2006

Anthologie des correspondances névrotiques - Chapitre III

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Ou une lettre d'adieu pathétique 

 

 Il est des poésies d’un temps nouveau qu’on ne saurait oublier. Il est de ces rêves qui vous suivent à la trace, comme happé par le remords, dans l’impasse d’être réalisé. Mon petit rêve si cher à moi, une meurtrissure le long d’un fossé, souvent tu me reviens. De même, il est poésie rêvée au creux de ta peau affleurée, un souffle, quelque chose ne tient plus en moi. Dans la nuit vous m’emportez encore: je vous rêve c’est idiot à défaut de ne pouvoir plus vous saisir, évanescente, jamais atteinte, toujours dans la pause. Ailleurs cette fois il pleut je cours murmurant vos initiales. Des belles-de-jour relèvent les jardins pareils à certains de vos mots, elles jaillissent dans l’instant, c’est encore votre peau que je sens ici mieux: je voudrais la deviner. Plus tard, ailleurs sourdent les effluves d’un autre temps, souvent je pense à vous qui m’oubliez, je me souviens que vous m’oubliez, je me souviens que vous n’avez jamais su, ce que vous n’avez jamais su voir, voulu entendre. Je pense plus vite vous m’oublierez, plus longtemps je me souviendrai de vos mains blanches.

 

L’été à la lueur des phalènes, elle est toujours la même. Belle-de-nuit luminescente, quand bien même cliché éculé, souvent brune, insaisissable bien sûr, perspective fuyante toujours. Au début je m’attarde sur son regard, je creuse le contour de ses seins à peine dessinés sous sa robe, ses reins. Elle a la beauté blanche des anorexiques, ses formes graciles se devinent comme naissantes et mourrantes à la fois, ses os tracent des lignes droites et rigides qui voudraient se briser. Elle disparaît ensuite au détour d’un angle, au bord de la rupture où sa longueur s’étend, et je finis par ne faire que la chercher au détour des autres. Ils deviennent scandales de n’être pas elle, quand bientôt elle réapparaît, déjà elle sent mon regard qui la possède, à chaque fois comme la première fois, je lui parle de vodka-cerise et de Martini-olive, tout prétexte banal a sa grande cause. Elle finit par se départir d’un grand rire à faire pâlir mon cynisme de grand échalas, alors que je commence par croquer délicieusement sa gorge délicate du bout des lèvres, j’oublie de dire comment, combien, à quel point ses lèvres pomme-cannelle, je dis excusez-moi follement elle dit embrassez-moi du peu, la sentir trembler sous mes mains, tout va plus vite, je sais la réinventer tout en priant qu’elle ne sache pas qui je suis, elle ne veut pas savoir mes antécédents de jeune mécréant en chasse comme je ne veux pas connaître la marque de son pull ni l’odeur de son appartement, qu’elle se tienne là, céleste et violente. Il y a quelque chose de trouble, quelque chose de trop, un homme nous effleure tandis qu’elle voudrait nous cacher, enfin madame, le connaissez-vous ? Elle rit de mes formules obséquieuses, elle ne sait pas répondre, pourquoi revenir à de si basses considérations, elle concède qu’ils sont venus ensemble à demi-mot bien sûr le regard craintif encore plus délicieuse elle ne pourrait pas, à croire qu’elle sait y faire pour jouer le naturel virginal, être celle qu’on embrasse sur les yeux. Oisif et brutal, je me suis saisis d’elle comme on commet un casse.

 

Plus tard, d’autres matins, d’autres soirs, elle est là, elle ne porte plus sa robe blanche, elle a échappé ses deux yeux rapaces et rieurs loin de moi, elle s’est affadie, quelque chose s’est tu ; le silence contre tout ce qui pourrait l’atteindre. Elle dit qu’elle ne se souvient pas, qu’elle a oublié comment, combien à quel point, tout ça, elle a oublié. Je ne cherche plus à convaincre, convalescent, peut-être, con, certainement, je voudrais une dernière fois me confondre au devant d’elle, à travers elle, tout en dedans, nu, pour qu’elle me comprenne, mon cœur familier, ingrate, t’en souviens-tu ?

 

Elle a écouté patiemment puis je crois qu’elle a dit la vie est trop courte pour certains qui savent la saisir. Elle a dit ça en déchirant l’emballage du sucre, avant de faire prestement ses bagages cers celui qui l’avait porté à moi, elle a dit encore, une dernière fois, la vie est trop courte pour ces considérations-là. Je t’appelle, prends soin des enfants et puis c’est tout.

 

A toujours vouloir partir l’on s’épuise. De vous à moi vous avez mis quelques milliers de kilomètres, des correspondances, matérialisons la distance. Parfois bouffi de larmes je finis par sourire, je vous porte en moi, c’est comme cela, pas autrement. Que vous soyez ailleurs, certes, je ne pourrai m’en défendre. Que vous ne soyez plus, passons cela encore, vous serez à travers moi ce que vous m’avez laissé malgré vous, à votre corps défendant, vos miettes de reniement vivace, une trace. Encore vous réapparaissez, furtivement, vous m’épuisez encore de vos simples mots, vous tentez de plaire, soit. La fierté est sûrement le seul de nos chemins, tendre et leste, droit bien sûr parce que comme il se doit d’être, évident, nous n’irons pas jusque là, là où nous sommes jetés.

 

E O. 2004

vendredi, 20 octobre 2006

Anthologie des correspondances névrotiques - Chapitre II

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Il me tarde l’exil. 22h16 à l’horodateur. Merde. Vite. A droite, à gauche, coup d’œil furtif, toujours plus ou moins la même histoire, le même cliquetis singulier dans ma poche qui trahit ma fuite nocturne. Je suis poursuivi par mon ombre, une poursuite qui jamais ne finira, je me poursuis ou plutôt une pulsion en moi me fait chercher plus loin encore, je suis toujours devant de moi. Talonné de près, je remonte le boulevard, je tombe sur toi qui rentres, je reviens sur mes pas 22h18. Il est encore temps, il est toujours temps, temps d’attendre à trop tard. Je recroise toi. Tu fais semblant de ne pas me voir cette fois, c’est beaucoup moins facile la deuxième fois, beaucoup moins la surprise, beaucoup moins naturelle et dupe, beaucoup moins hasardeux surtout, ça veut dire on erre pareil ici. Ça veut dire tu m’as menti aussi, tu ne rentres pas chez toi, en fait. Un certain goût pour l’échec me fait prendre la rue suivante pour te croiser encore. Je serai de face, bien face à toi seul et milieu, tu seras mon obligée, forcée de lever la tête. Une sorte de terrorisme psychologique. Je me sens sexuel, très sexuel, je te domine d’une tête. Tu t’arrêtes. Tu murmures Décidemment, puis tu cherches un détail à fixer, comment se heurter à l’objet. Tu vas dire encore quelque chose comme une excuse, je ne voulais pas rentrer tout de suite. Tu attends enfin, vile et lascive, hideuse presque, tellement romancée de toi-même. Que je te plaque contre le mur, que je t’embrasse infiniment et surtout avec fougue, oui surtout, tu attends ça. Ca m’amuse terriblement. Comme une ronde douce et débile, je suis concentrique, je me resserre autour de toi, je suis la circonvolution stupide prête à saisir, presque carnassier, le plaisir de la chair offerte et en souffrance de trop peu, de pas assez. Les bras devant, le chef fièrement dressé, fat, droit dans mes bottes. Finalement tu ne dis plus rien et tu vas pour murmurer encore. Je te torture de silence. Attends encore un peu. Attends que tu sois au bord de m’écoeurer, j’attends tant qu’il est possible, un peu plus de mépris jaillira de moi, ma première convulsion exhortée et déglutie pour toi, un baiser impulsif, guerrier. Tu résistes bien sûr, tu feins de résister toujours à ce petit jeu insidieux, insolent, odieux, à bout, toujours à bout de forces tu es dans mes bras, pour que je sois ton protecteur et celui qui t’emporte malgré toi, tu attends encore de céder pour la faiblesse incarnée sentir. Je te plaque contre le mur, c’est une surprise évidemment, tu murmures exultant encore comme pour toi-même. Non, non, pas encore. C’est là, dans la rue, c’est trop pour toi, petite, ce sont mes mains qui se faufilent, par souci de décence dans la folie je te porte jusqu’à l’appartement, tu es comme évanouie, mon contact t’épuise simplement. Là, je me saisis de toi, tu pleures, prostrée comme à chaque fois, je suis comme un voleur, comme un violeur, tu es violemment absente, là, allez va petite, au repos.

2004

Eternal vertigo - si échappée soit-elle.

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Ce serait déjà toi qu’il faudrait partir. On se presse, vite, il faut encore partir avant que tout soit enfin comme on l’aurait désiré, il faudrait encore attendre que cela redevienne comme on l’avait voulu, le bonheur ne dure jamais, il ne s’atteint pas, il faut quelque temps à l’esprit pour comprendre où il est. La volonté est maîtresse.

Tu n’as pas grandi, pas tellement, tu es toujours là, encore dans l’attente, comme moi, j’ouvre la porte et voici la sale et si sournoise - comme la vie est quotidienne- je la referme pour retrouver enfin le silence de l’appartement qui est selon moi la plus belle chose qui nous résume, voici que je deviens matérialiste enfin, tu n’en attendais pas moins sûrement, car il en faut des jeux et des déguisements, de l’outrage surtout pour croire à tant de folie. La question est toujours de savoir si je ressemble à un voyageur, la question est toujours de ressembler au flash que je me fais de la situation, on disait qu’on mettait nos habits du dimanche, on disait qu’on mettait nos gants blancs de communiantes, on protestait un peu parce que ça n’est pas vraiment nous, communier religieusement, c’est plutôt le silence qui communie pour nous, il s’en est suffit d’une journée, il faisait frais, certes, mais il fallait tout de même ressembler à ça, les marcheuses, comme si y était, parce qu’on y est toujours deux fois plus avec toi, ma planque et la tienne, ce serait presque honteux de la révéler, ils voudraient tous être là à déguster tes yeux et me couvrir d’envie et de compassion, ils phantasment une propriété ou des droits que j’aurais sur notre personne, comme si nous étions un concept, je suis là, tu es devant, on marche et dieu que c’est encore loin, c’est tout ce vent qui va nous épuiser à la fin, parce que tu es dure à la peine et moi je voudrais y être plus encore.

Je hais la photographie.

On y revient encore. Le même train, la même saleté, le rêve encore plein les yeux et c’est déjà le retour, je te suis parce que je ne sais pas où aller, alors je prends mes bagages de suiveuse et ma solitude dans la poche, les yeux crevés de certitude de ce qui nous attend, est-ce qu’on saura se noyer là bas pour n’être plus que nous-mêmes, ma petite utopie atemporelle.

A penser le départ je voudrais qu’il soit là pour te démontrer enfin qu’il existe si peu, regarde-nous, nos carcasses, nos ventres décharnés qui retournent au pays, là où il faudra savoir partir plus parce que la ville ne sait plus tourner, il faudra que tu tournes à sa place, encore une fois, il ne faudra pas vieillir trop vite, savoir se tenir fort les mains jusqu’à ce que tout passe.

On dirait le paradis atteint, c’est calme et clair comme un appartement peut-être avec une terrasse sinistre qui annonce la rupture, tu parlais et je regardais la mer qui allait avec moi, tu parlais encore après c’était la fixité frustrante de regarder la mer du dedans qui explose jusque dans moi, c’était aussi laisser partir mes yeux à l’intérieur, c’était aussi l’heure de la résignation, comme après le travail lancinant du soleil sur la peau, il faudra qu’on en finisse avec la mer, la mienne, la tristesse qu’on emmenait au loin, au aurait su mentir pour rester encore, un jour il faudra partir de toi, c’est comme une adolescence qui recommence, il y a toi et la vacance éternelle posément envolée, la mer qui résiste, qui laisse sourdre une certitude enfin, la mer, parfois, j’ai l’impression qu’elle respire à ma place.

Elsa O.

Anthologie des correspondances névrotiques - Chapitre IV

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 Le raptus métro

 

Raptus : nm.masc. psychol : mouvement brusque issu d'une pulsion puissante, passage à l'acte. Moment durant lequel la conscience est fortement perturbée.

J’attends. J’attends qu’il arrive qu’il passe que ça se passe, une fois, encore une fois j’attends une dernière fois qu’il arrive ce putain de métro, je pense à tout ce qu’on aurait pu faire ensemble le métro et moi c’est un être simple et drôlatique en fait c’est plus une sorte d’explosante le bruit et la fureur quand il débarque sur le quai je suis emporté avec lui et juste alors la vitesse s’arrête c’est trop, assez peu finalement, je voudrais une station éteinte où il ne freine pas je me serai introduit subrepticement dans la station morte, comme ça le métro serait passé sans s’arrêter, une belle rencontre quelque part c’est un peu comme s’il m’attendait le métro, j’aurais juste glissé en passager souterrain et silencieux broyé aussi, incognito surtout pour finir jusqu’au bout j’aurais été une petite personne fantasque et magnétique attiré par le rail qui crisse la vitesse qui m’emporte qui m’avale comment c’était d’être avec toi dans le train de nuit ton visage et le mien qui se répondaient la même chose la nuit était claire assez finalement, comment c’est d’être encore sans toi d’attendre la rame une fois la dernière pour toutes les autres, tu as voulu disparaître moi je reste encore sous le métro stoïque le voilà qui arrive qui fracasse l’air flottant et nauséeux au dessus des rails comment c’était d’être dans le soleil de tes mains un centre centrifuge et mon être transpercé par ton corps c’est comme le métro ma chance s’arrête là vois-tu petite notre fin n’est pas si triste à le répéter comme une idiote naïve et capricieuse, la fin c’est moi et le métro et moi encore qui gît morcelé sûrement il y aura des cris des hurlements j’aurais tant aimé que tu sois là pour voir ça une dernière fois moi sous le métro et tout le monde qui hurle à mon corps peut-être qui prie à mon salut petite salope tu ne sais pas ce que tu as perdu moi je le sais c’est vrai les sensations le souffle d’un esprit qui se sent vivre encore de l’évanescence de deux corps je sais ce que ça vaut c’est comme le métro et moi qui ne feront qu’un lors de la fin dernière deux corps entrechoqués une dernière fois je serai là gisant et saisi par la rame, je ne peux résister à l’envie de tuer ta conscience par mon acte qui me coûte finalement si peu quelques secondes à moi trois pas et merde paix à mon âme et pardon au conducteur qui verra la tête d’horrifié vivant que je suis sautant sous le métro à pieds joints petite écervelée sais-tu ce que c’est que la souffrance que tu m’infliges tout mon geste sera comme le surgissement de la haine qui gronde en moi encore et sournoise et plaintive et autant de fois maladive je voudrais te vomir de mon cerveau mais il n’y a que le métro pour sortir de toi et moi qui croyait sentir enfin la plénitude je serai un Jonas moderne avec mon métro clac on entendra un bruit sourd et sinueux clac mon corps et âme et le métro et moi ne feront qu’un quand mon grand corps malade sera brisé en deux sais-tu ce que ça fait ingrate encore une fois de perdre la raison je t’implore et je te crache mes exhalations catharales n’y font rien tu es encore polype visqueux et senteur putride le métro le métro le métro arrive.


Elsa O.

 

samedi, 14 octobre 2006

Estelle.

 

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Sombrement saccadé un piano un chat

Une omelette à

L’oeuf

Le soleil qui perce à travers la fenêtre de la

Cuisine

Le piano

Joue du jazz

Tout seul

C’est du jazz

Mélancolique

Quelle absurdité

Comment le jazz

Pourrait-il ne pas être

Mélancolique

Avec la lumière du soleil

Il y a la fumée

De la cigarette

Qui paraît épaisse

Le visage de la personne

Qui est là

Est en surexposition

Délicieuse

Il est granuleux

La poussière aussi

A l’air opaque

En suspension

Dans le rai de lumière

Le chat

Est poussiéreux

Aussi

Finalement

Bizarrement

Il fait froid

Bizarrement

Je ne me demande pas

Pourquoi le piano joue du jazz mélancolique

Tout seul

À cet instant

Je crois que je me demande

Pourquoi

Tu n’es pas là.

Elsa O.

mardi, 10 octobre 2006

Deux couleurs

medium_images.11.jpgMême sans se mentir au fond. Je dérape à ton ombre. Je suis envahi du rouge charnel que tu portes à moi. Il arrive à ce point qu'il est impossible de ne pas se laisser envahir. Doucement j'exile à mon regard ce qui n'est pas à cet instant une part de toi. Mon goût acide, délicieux poison, petit truc de trac qui toque sur mon tic-tac.

Ruse subtile tu es, une fumée douce, jolie et belle à ton coeur défendant. Quand même. Je m'invites à notre nous. Si magique fut-il. Alors, comme après le mirage, sous la patine nous devinons en nos yeux la pousssière de ce qui fait l'instant. Il est si rare, volatile. Drôle de moment suspendu à d'autres temps. Juste le temps de se laisser aller.

L'affiche est alors la plus belle. Comme à l'instant où il se lève celui que d'autres nomment le soleil. Au plus profond qui n'existe pas nous gagnons le soin de la couleur unie.

Comment ne pas la penser rouge.

ml

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