dimanche, 29 avril 2007
Absolution mélancolique.
Un rendez-vous fortuit. Au cours de la journée, l’idée même du rendez-vous reviendrait plusieurs fois pour oublier d’attendre. On ferait une chose et l’autre. Il ferait calme et la chaleur travaillerait au dehors. Elle travaille le ciel et la pierre de l’autre côté, elle travaille les rues et la ville tout entière abasourdie et désertée. La raison fait qu’on la devine de l’intérieur et qu’on ne lui fait pas face. Il y a le silence de la chaleur, plus probablement. Ce qu'elle mortifie, aussi. Quelque chose de palpable. Plus tard alors, l’apéritif aux heures raisonnables où la chaleur se disperse, de ces soleils mourants d’autant plus pourpres et persistants qu’ils ont travaillé la surface, la fraîcheur estivale, une petite terrasse sous le soleil frémissant vient combler la mélancolie.
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D’autres fois il y aurait eu des journées pleines, des journées que l’on traverse sans les laisser nous parvenir, marcher au-delà, parcourir l’espace plus vite qu’il ne passe, ces journées où le soleil aura travaillé sur la peau, échaudé les esprits par le savant mélange de l’eau et des cris, ferveur futile et estivale, le parcours de la distance. il y aurait alors le moment de retour à soi, solitude essentielle d’une douche salvatrice et rituelle pour laver le sel de la peau quand la chaleur décline, un apéritif sur la terrasse parmi les gens lustrés aux yeux brillants, un martini frais et la chaleur encore présente, parfois quelques moments d’absence à regarder le soleil disparaître, sous fond de musique brésilienne, mourir un peu, quand on aura si vite cuit au soleil. Il faudra après avoir mis tant d'espoir au matin laisser respirer çà et là pour tout ce que, la tristesse, le regret, les remords, l'apaisement après la futilité ? comme l'expérience après l'innocence, le siècle meurtri, une fois de plus, cela était palpable, tout souffrait l’été maladivement au plus haut.
Elsa O.
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vendredi, 20 avril 2007
Mon show sarko ou chaud Sarko
Comme un café, bien serré, bien chaud. Trivial à la tribune comme à la parade. Il en parle encore des 15 pages, et il pense sûrement que c'est prémonitoire, dans Marianne.
Il nous amène aux équations impossibles. Ainsi, mettons je suis de gauche et j'ai peur de Sarko, je DOIS voter Bayrou??? Je suis de droite et, j'ai PEUR, je dois voter Bayrou? Je pratique les manifs en rangers mais mes idées ne sont-elles pas mieux défendus par Sarko? (re-peur).
De manière plus simple, les électeurs du dit candidat n'ont-il pas eux mêmes peurs? N'est-ce pas là, le problème, le doute qui ouvre la porte à une insécurité démocratique. Certe, comme le disent nombre de journaux, le français voteur est timoré, il fantasme. Pratique abusivement le principe de précaution lui même pratiqué abusivement dans notre société (pléonoasme?).
Mais au delà du programme, du parti, de l'idéologie il y a bien la personnalité du recquérant. Sans ressasser les "sorties" de Monsieur Sarkosy, on ne peut s'empêcher de penser à quelqu'un: carchër, ministère de l'immigration, gène de la criminalité...
Dans le tableau on peine à voir certains détails, et c'est peut-être ce qui fait le plus peur, des chomeurs, des jeunes désoeuvrés, une politique vers les minorités... Le flou n'est pas artistique, il n'existe pas. La peur, celle de l'inconnue, c'est bien que l'on ne peut s'empêcher de penser que ce qui n'est pas dit n'est pas forcément avouable.
Un café bien serré, pas une noisette, un allongé... Brrr, il est froid maintenant...
08:25 Publié dans - M L, De vous à nous | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
mercredi, 04 avril 2007
La suite tous les jours: Croisées... textes pas à pas... le texte grandit un peu plus tous les jours...
Dernier épisode:
Votre dernier épisode est ici, pour l'aventure entière c'est un peu plus bas.
Comment choisir un psy ? J’ai cherché sur Google mais il n’y a pas de site d'évaluation de psy. Dommage, j’ai peut être trouvé là l’idée du siècle, la future start’up cotée en bourse, je me vois déjà au lancement du site « www.trouvetoutpsy.com », une grosse fête dans une boîte branchée, avec pleins de psy tendances qui me draguent. Je finis le nez dans les pages jaunes, un bon vieux bottin avec du papier sur les genoux. Une femme ou un homme. Le risque de transfert est plus grand avec un homme ? Quoique. J’en sais rien. Parler à une femme sera plus simple peut être. Quoique. J’en sais rien. Merde ! C’est le mot qui me vient. Encore une fois j’ai la sensation d’être une cruche d’un mètre soixante dix avec un annuaire dans les mains. Je n’arrive même pas à trouver un psy, je vais avoir du mal à trouver un avenir. (Elle)
Ce soir je marche dans l’hôtel, peu de clients, ils dorment, tout est silence. J’ai quitté l’accueil pour ma balade nocturne. Il est quatre heures du matin, peut être le moment de la nuit ou le sommeil est le plus fort. Les noctambules s’endorment au son des travailleurs qui se lèvent. Moi je marche dans les couloirs, rien de plus, pour le plaisir. La chambre 29 est occupée par une jeune fille, VRP dans les cosmétiques, belle, intensément. J’écoute sa porte, le silence de son sommeil. Quelques secondes d’imagination, je rentre avec mon passe, j’avance dans le noir jusqu’à son lit, je m’habitue à l’obscurité, je devine sa silhouette sous les draps, je me déshabille, je colle mon corps tiède à son corps chaud, elle m’embrasse, nous faisons l’amour. J’ai toujours mon oreille collée à la porte et je bande. Pauvre fantasme d’un veilleur de nuit. Je retourne à ma place, l’accueil de l’hôtel Marande, il est quatre vingt maintenant. (Lui)
Bon alors c'est quoi qui fait la difference. Il est clair que là j'ai le temps de devenir exceptionnel, crédible, essentiel. Trouver une cible: mon futur boulot. C'est là que je vais dérouler le fil. A ce stade, je suis une petite pelote rouge. Séance d'entrainement, de documentation tous les soirs de boulot. En direct du Marande. Un, connecter ce putain d'ordinateur à internet. Tant pis pour le patron, avec mes restes d'adolecence de piratage je dois bien pouvoir arranger ça. Deux, les rondes nocturnes ne servent à rien. Trois, se masturber devant une porte de chambre d'hôtel n'élève pas la spiritualité. (lui)
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DEBUT
Je dis: "Nous ne sommes plus le reflet de nous-même, même nos étreintes fières sont tièdes". Encore un moment. Je susurre: "Le temps nous fera l'outrage de son poids, il est venu perfide, le temps de la renonciation".
Tu dis, calme, douce, presque sensuelle: "Acculées au bord du gouffre tes lèvres sont des poèmes...elles auraient tôt fait d'engloutir le gouffre lui-même". Tu dis, encore: "La passion n'existe t-elle pas que dans son éphémère, nous sommes revenus, nous sommes de l'air."
Je murmure et remurmure doucement: "Asseyons nous ensemble avant la douce chute, prêtons serment d'y aller doucement"
Tu es belle et tu dis: "J'y vais, il faut bien que quelqu'un commence". Tu part, ne te retournes pas, tu dis "Souhaite moi au moins bonne chance!"
Je dis: "Nous sommes beau, bonne chance et à bientôt".
Maintenant tu n’es plus là, proche dedans seulement. Je reste immobile, je pense « où es-tu maintenant ?». Te parler encore, pour que tu m’expliques, pour que tu dises que toi aussi tu ne voulais pas. Mais plus rien.
Alors je me lève. Flou. J’ai n’ai pas envie, même de faire un pas.
Je suis chez moi, dans une ambiance de nausée, la télé vomit, les meubles se recouvrent de vomi, le sol est couvert de morceaux, rien n’y échappe et je suis au milieu, un morceau parmi les autres.
Il me faut du temps, sûrement, beaucoup. De toute façon, je ne vois rien d’autre…
Le téléphone sonne, je suis encore dans mon songe, comme un ange dans cet écoeurement. Bien sur c'était beau, bien sur, encore, le passé ne s'obscurcit pas avec le temps qui passe. Le téléphone crisse, la sonnerie me tire de cette torpeur.
Plus tard. Nous continuons à ne pas marcher ensemble. Ne pas courber l'échine dans l'abîme de la disparition. Tu m'appelles. Je dis: "Méfions nous de ce que nous voulons le bonheur de l'autre, la fièvre se répand surtout par cette fleur la.
Tu dis, intrépide, forte: "Vas-tu bien? Pense comme ces soirs sur la mer qu'il est bon, parfois, de se laisser porter". Tu dis, plus douce, "Il le fallait bien, nous n'avons pas perdu, nous sommes des anges abrutis par le vide de l'autre".
Je dis: "Il faut être fort, parfois, pour appréhender le bien du présent", je bafouille, rougis, sûrement, "A bientôt, nous serons demain la madeleine de l'autre, il faut un long soupire, allons y".
Peut-être pour la première fois nous raccrochons simultanément, il est déjà 16h00, je passe la main au destin.
Plus tard, il n'est qu'à constater que l'histoire s'est partagée, dissoute, peut-être, plus simplement envolée. La mer est toujours là et avec elle les premières chaleurs de Juin. Dans le souffre, la mer paraît plus sereine, presque dangereuse.
Je ne parviens pas à savoir si je viens là pour penser à toi ou pour t'oublier. Au fond je suis comme le ressac que je viens contempler. (lui)
J'ai parfois cette impression de m'adresser à toi quand, je me surprends, à ne pas t'oublier. Il fait chaud, tout va devenir moite puis sec par habitude. Je vais voir ma nouvelle mer, plus loin, par peur de te croiser. Je sais, parfois, que nos pensées se fondent dans le bleu. Un moment de plus en plus rare. La mer fait oublier. (elle)
De nouveau seul. Des mois que je n’ai pas entendu ta voix, je regarde mon téléphone, je vois ce lien vers toi qui m’attire et m’avale. Je me dis « t’appeler pour te dire que peut être… ». Je compose ton numéro comme je l’ai fait si souvent, mais j’ai peur, peur de tes mots qui vont répéter l’absence et le vide, la fin à nouveau. Je reste dans l’instant.
Il faut vivre maintenant, commencer à retrouver la sensibilité du réel. J’ouvre la fenêtre. La rue me regarde, bruyante et vive au pied des immeubles. Un peu d’air et je décide de descendre pour voir. Reprendre les escaliers, l’alibi sportif, ils s’enroulent autour de moi, je pense « la dernière fois que je suis passé là j’étais avec toi, je voyais ton corps aimable descendre », tu disais « nous devrions partir en week-end, deux ou trois jours loin de la ville, pour se changer les idées et fuir un peu la routine ». Je n’ai pas compris, j’ai perdu le nous.
Je sors, la rue m’agresse et me tombe dessus comme je tombe dans elle. Tu vas quitter peu à peu cette réalité, comme tu en seras bien inspiré!
Un peu plus tard. Les chaleurs se font rares ou plus lourdes, ou les deux. La lune croise les nuages. Plus au dessus de nous deux. Je sais à présent où j'habite mais plus où tu habites. Encore un peu pour avoir envie de. Pour faire, peut-être, avec...Les premiers orages ne me rendent pas triste, je cherche... (lui)
L'été gronde déjà et c'est la fin qui n'en finie plus de commencer. La foule folle du sable chaud se dérobe à mon état. Déjà les briques craquent et rien n'a rompu le sort. Trop d'essais peut-être, de distance peut-être. Le froid, trop grand, peut-être. C'est en des soirs d'averse comme celui-ci que mon rêve se patine, avec, sous la dune, du rien et du toi. Hiver à venir rude, doute, doucement, durement. (elle)
Je décide de t’oublier, de ne plus rester dans cet état de manque du passé. La réalité est dans quelques minutes, je vis dans les quelques minutes qui arrivent, pas avant, pas beaucoup après.
Je suis moi sans toi, je veux pisser, face au vent, seul et stupide, sur ce silence et cette distance qui m’accroche encore à toi. Je veux être un être unique, indépendant de ma douleur de t’avoir perdu.
Je me sens fort, invincible, capable de baiser la moitié féminine de l’humanité, les femmes rêvent de moi… désirent mon corps et mon sexe infatigable… Tu n’es qu’un moment insignifiant de ma vie, j’ai été faible mais heureusement tu m’as quitté, merci, merci, encore merci… je suis si bien maintenant…
Je pleure… je compose ton numéro doucement pour que personne ne m’entende… tu décroches.
Je repense en une fraction de seconde à des passages de l'Amant de Duras, de la Maladie de Sachs de Winckler, tu dis: "allo" au milieu de cette brume mélancolique. Je suis ému, très ému, au bord de ne pouvoir te répondre ce pratique "allo". Je dis: "c'est moi". Tu sais, évidemment, déjà que je suis là au bout du fil.
Tu dis: "Je suis contente de t'entendre, tu sais, je suis contente d'entendre ta voix", ton souffle est calme, presque mélodieux, je suis perdu ne sachant pas, ou n'ayant jamais su la raison de mon appel. Au fond je veux surtout savoir que tu existes toujours, que tu as toujours existé. Tu n'es pas un rêve, bel ange au fond de ta voix. Je dis: "je viens un peu aux nouvelles. Comment vas tu espèce de triste méduse silencieuse". Tu ris et je sais maintenant que je ne t'ai pas rêvé, tu n'es pas qu'une tristesse de ma mémoire. Au fond la mer est toujours là et toi tu ris.
Elle est déjà changée, ou un peu, pas trop encore. Juste comme ça, une rainure, frange amère entre elle et moi. Je peux bien renoncer à mon idéal qui, c'est latent, commence à disparaître. Brume silencieuse, presque mate, qui sous le prétexte d'ensevelir mes souvenirs fait office de cape de magicien. Nous parlons beaucoup, et d'humeur joyeuse. Je raccroche tu existes bel et bien mais plus comme je me l'imaginais. (lui)
Tu es surgi du lointain, encore brûlant, prêt à dévaster mes rêves encore naissants. Tu me caresses de toute ta candeur, animal suave et brillant. Encore un peu pour que je plonge en toi, retrouve toute les mers que j'avais oubliées, dénaturées, vidées. Tu me parles doucement et je rêve (magnifique) à ce que nous pourrions nous aimer. A l'aube de raccrocher, je sais qu'il faudra que je t'écrive, que peut-être, un jour, je devrais venir voir au creux de ta bataille. Tout n'est pas fini, peut-être, après de l'eau coulée sous nos ponts peut-être. Je mets de côté pour l'au revoir. Je raccroche. (elle)
Alors, dans l’attirance de la séparation, j’ai envie de toi. J’ai la sensation de ton corps sur le mien, de notre jouissance intime, de ces quelques secondes après le plaisir où tu te collais à moi, petite et tendre, si près.
Le désir s’installe, lâchement. Partir à la recherche d’une autre toi, d’un autre corps. J’y pense face au mur. Que faire de cette envie de toi, ne pas l’abîmer, ne pas écorcher cette dernière réalité de nous. J’ai mal, mes mains tremblent de ta peau, de ton sexe humide. Je m’en veux de ne pas avoir à chaque instant près de toi collé mon corps au tien, de ne pas avoir suffisamment touché tes mains et léché ta peau. J’ai raté l’évidence de toi, pénible sensation d’avoir oublié qui tu étais, ce que tu envahissais en moi.
Je t’imagine et mon esprit pénètre ce que mon corps ne peut plus faire, j’accouche de ton absence, inexorablement. Comme le temps avance, je t’oublie un peu plus. Ta voix a révélé la présence de ta présence, encore en moi sans que j’en ai conscience. Encore quelques heures de plaisir honteux et tu seras loin, près de mes souvenirs, dissimulée dans le raisonnable de la séparation. T’oublier, t’oublier sans cesse t’oublier, c’est encore trop penser à toi, c’est encore trop vivre avec toi…
J'en ai déjà assez des "permettez mademoiselle", ou encore, "nous nous connaissons si peu". Et pour cause c'est parce que nous nous connaissons si peu que je me permets, monsieur, de vous dire que je vous trouve laid et con, moche et pas drôle. Tout simplement repoussant dans votre corps que l'exercice physique a fini par rendre informe ou trop en forme mais en tous cas inadéquat à mon propos.
J'ai croisé ce contraire de ça, pas toi pourtant. Une autre chose, un nouveau songe. Son image me rend encore plus véhémente face à cette drague que, pourtant, je souhaitais il y a encore quelque temps voir pratiquer sur moi. Voila que je suis prête et que tous cela me répugne, ne me semble bon qu'à tromper une naïve virginale endormie par la découverte de sa non-pudeure.
Ce type sur le marché me va si bien à la place de cela. Je me lève tôt pour faire la veille entre les laitues et les tomates. Le voir encore une fois de plus, un peu plus. (elle)
La nuit est douce, il pleut légèrement. Dans cette banalité romantique je n'ai pas envie de toi. Il est trop tard pour aller chasser, peut-être trop tôt en vérité. A moins qu'une fille m'aperçoive, me surveille, guette, peut-être l'amour en douce. Il ne faut pas tomber dans cette glissade épileptique. Re-exercer son regard, sa sensibilité. D'autre amours me reviennent en tête, passer la tentation de leur téléphoner, de tomber dans le banal affligeant. Le série B, sitcom même pas diffusable, je décide de regarder autour de moi. Il y a au moins une évidence, si prêt peut-être que l'on ose la toucher. Il faudrait que je discute avec Anna.... (lui)
Il est là ce matin, impénétrable mystère de l’homme au panier d’osier. Comme à chaque fois il se promène serein, impérial entre les tomates et les olives. Moi, fillette à l’âge certain je le regarde passer, d’un regard évasif et tremblant. Il passe, je le regarde.
Pourquoi cet homme si peu différent des autres est-il si unique pour moi. Pourquoi je ne ressens plus cette sensation avec toi ; j’ai perdu cet émoi enfantin. Aucune réponse malgré les années et les histoires à la fin certaine.
Pas le temps de réfléchir encore, j’ai envie d’action, de toucher, de mains et d’odeur, rien d’autre, même pas un mot ou deux. Je pense à toi encore, à mon corps avec un autre corps que le tien, à mes mains brusquant un autre sexe que le tien, un autre plaisir que le tien. Je traîne avec plaisir les restes de toi, étrange perversion de l’être. (elle).
J’ouvre les yeux sur un plafond inconnu et bleu. Un mot posé sur l’oreiller au parfum sucré « délicieux, j’espère à bientôt ». Serais-je délicieux ? Moi ? L’homme qui se larve dans le passé depuis des mois ? Moi, qui traîne dans le sillage d’elle (dont le nom m’échappe si peu) ?
Il me faut quelques minutes pour sortir de là. Intransigeant réveil.
La rue m’accompagne, j’ai laissé mon numéro à coté de son mot, rien d’autre, pour voir si je peux encore être plus. Elle m’appellera peut être, je serai désiré, attendu, elle fera des efforts pour moi, choisira une robe en pensant à moi, je deviendrai l’objet de son attente, celui qu’elle désire peut être. Je repense à toi, à la sensation que j'avais de te gêner parfois, d'encombrer ta vie, une sorte de boulet amoureux. Je note, bon titre pour mon futur roman de dépressif post séparation « Le boulet amoureux ». (lui)
Maman m'a invité à manger ce week-end, nous serons mes deux frères et moi au bord de l'eau. Mes belles soeurs seront là, aussi. Je n'ai pas honte de ta non présence mais ton adoption par la famille me rappelera, ce week-end, ta délicatesse superbe, insaisissable. Je crois que c'est cette perspective qui me poussa à composer le numéro de Charlotte, belle fille aux draps bleus. Charlotte eu l'air contente de cet appel, elle m'invita le dimanche
suivant... (lui)
J’attends mon inconnu sur une table qui jouxte les cageots de tomates. Pourvu qu'il ne me confonde pas avec ceux-ci. Si j'ai bien regardé c'est bien le seul endroit ou il passe à chaque fois. Je me prépare à l'improvisation, à, peut-être lui renverser mon café chaud sur le pull. Ou bien à lui faire un croche patte. Ca me fait déjà moins peur que devoir l'aborder. Comme s'il faisait partie de ce que j'avais prévu de prendre au marché. Il est un peu mur, c'est vrai, mais bien ferme à la fois. C'est un fruit d'été ça, bien pulpeux et tout. Ce que je peux être poire parfois. Je regrette déjà qu'Eugénie ne m’ait pas accompagnée. Eugénie aurait pu créer l'incident, ou bien, au moins m'encourager à distance. En plus son absence m'autorise à plus de ridicule. La tête frisé se dessine déjà à l'horizon, il est parfaitement reconnaissable sous la grande bâche bleu. Il vient vers moi, comme s'il m'avait reconnu, vu ou senti. C'est une fraise, un demi citron, une orange amer. A quatre pas je me lève, à deux je me baisse, à zéro je remonte ma tête et le renverse. Je lui dit "je ne sais pas ce qui m'a pris", d'ailleurs je ne sais pas ce qui m'a pris. Quand il se relève, avant que l'incident soit clos, et puis plus rien, aujourd'hui, sur ce marché, je lui dit que j'ai envie de boire un café avec lui... (elle)
Repas en famille clos, pas de questions sur toi, sur les raisons de ton départ. Chacun sait en évitant l’apparition de ton souvenir. J’en parlerai plus tard, quand penser à toi ne me touchera plus au fond de moi. J’ouvre la porte de l’appartement. Il y a quelques jours maintenant que toute trace de ta vie ici a disparu. Ca ne change rien, mais ça m’aide à croire que ça va mieux.
J’allume les lumières, toutes, sans exception, un peu de présence musicale, j’allume mon PC et je commence mon premier romain « Le boulet amoureux ».
Chapitre 1
Tu m’as quitté il y a longtemps déjà…
J’efface, trop larmoyant.
Je tente :
Je pense encore à toi…
Non, trop pénible.
Tu es encore là…
Trop adolescent.
Je suis seul…
Trop évident.
Tu te dresses dans mon souvenir…
A chier.
J’écris pour te dire…
Re à chier.
Je reste perplexe devant mon écran, mes mains suspendues devant mon impuissance à traduire l’intérieur de moi par écrit. Noble torture que d’écrire… Deux heures à effacer des mots pour terminer avec une page blanche. Serais-je l’inverse d’un écrivain ?
Il me reste à aller chez Charlotte. Je n’avais pas envie, puis finalement, mes débuts d’écrivain m’incitent à retourner rapidement dans le réel. (lui)
Je suis désolé mais je suis pressé, ma femme m’attend. Puis il me regarde avec un grand sourire et reprend son chemin potager.
Je suis humilié, à l’extérieur et à l’intérieur, tout à l’intérieur, au creux de chacune des molécules de mon corps. Je reste debout, immobile entre les courgettes et les navets, dont je me sens soudain très proche. La sensation d’être Blanche neige réveillée par un nain. Je marche discrètement, peut-être que si je suis transparente ce qu’il vient de se passer s’effacera… (elle).
Sa femme l'attend, évidemment. Et, donc, honnête avec ça. C'était vraiment la promo du mois. Eugénie va bien rigoler. (elle)
Charlotte a préparé un bon repas, et des bougies. Elle a enfermé son chien qui, la dernière fois, a particulièrement aimé ma jambe. Charlotte me fait pénétrer dans un rêve, dans son rêve. Je rentre dans le salon et elle me guide. Je l'aperçois finalement dans l'obscurité. Les bougies dessinent à peine son corps peu vêtu. Mais comment!
Elle m'intime au silence, fait les règles. Bientôt j'arrive contre elle, je sens son corps de dentelles. Elle me dévisage douce et sublime dans son insolence. Dire que je suis excité est évidemment assez faible.
Une musique d'opéra envahi petit à petit la pièce. Mais, elle aurait une télécommande! Je trouve mon rôle dans sa mise en scène, je l'embrasse doucement. Presque juste en la frôlant.
Déjà je pars, autre part, comme pendant l'amour. Seuls, elle, les lumière et la musique existent. Encore un peu et j'attrape sa main. Je lui dis doucement: tu es mon supplice. Les lumières viennent de s'éteindre. (lui)
Eugénie n'en revient pas, elle est déçue pour moi, ne se moque pas. Elle n'est pas ou plus taquine, là maintenant avec moi. C'est même moi qui la pousse à en rire. Nous nous retrouvons une fois de plus, on parle de lui et de l'ancien lui, qui déjà et c'est manifeste n'existe plus que dans de beaux souvenirs. Je suis libre au moins pour moi. Demain au marché je cueillerais, peut-être un nouveau petit légume. (elle)
Le noir m’apaise, je sens son corps, et le doux mouvement de son cul mais je n’affronte plus son visage à sa nouveauté fébrile.
Tu n’es plus là et je découvre un corps qui n’est pas le tien, je caresse une peau différente, plus douce peut être, mais moins tendre, moins tremblante, moins toi. Mon cerveau malhabile se lance dans l’imaginaire. Mon esprit s’éloigne et te rejoint, je me perds dans cet être que je désire si peu, sauf à travers toi peut être. Je respire et je m’excite à nouveau, je te chasse, te pousse au-delà de Charlotte, si belle et si tendre, disponible et qui attend que je la pénètre. Je te hais à cet instant, je te banni de moi, tu reviens si intensément face à ce corps, ton souvenir a peur que je le trompe, je suis victime d’adultère spirituel. Ma conscience imbécile se dresse entre Charlotte et mon sexe, j’enrage de ma bêtise et embrasse tendrement Charlotte, comme si je l’aimais, comme si elle était celle qui guide mon évidence, qui apaise l’envahissante solitude de la recherche d’un corps. (Lui)
Eugénie doit partir, son mari l’attend en bas. Elle claque la porte et je reste assise. Elle est mariée depuis si longtemps. Une chance ? J’y pense, sûrement, je ne sais pas vraiment, je ne me sens pas concernée.
Tout à l’heure au marché, je me suis senti humiliée, pour de bon, entièrement. Je n’avais pas ressenti ça depuis le deuxième trimestre de sixième, quand Laurent Badin avait dit à toute la classe qu’il m’avait embrassée. Quand j’y repense, quel précoce salaud celui-là. Il m’avait pourtant juré de ne rien dire. Ca m’a poursuivi jusqu’en seconde, jusqu’à ce que des choses plus importantes se passent. Il s’appelait Sylvain je crois, mais j’ai complètement oublié son nom… c’est étrange comme on se souvient mieux des salauds finalement… (elle)
Charlotte est tendre, attentionnée, intéressante...je pourrais certainement en noircir des pages de compliments. Mais c'est juste, au fond, ce coup de fil que j'attends, cette douce inquiétude de savoir que tu vas bien. Je crois que j'ai du mal à parler de "toi" sans voir ton visage. Il est difficile en dehors des moments de tendresse d'y glisser le visage de Charlotte. Quand je suis seul et que je veux penser à elle, je pense à toi. Mais bon on y va et c'est heureux. Je suis surpris moi même par mon pouvoir de séduction. Charlotte tendres excuses, je persistes et je signes pour, un peu plus, s'en redonner des baisers. Je crois que je vais être capable de t'aimer.
Le rituel du marché avec Eugénie est toujours aussi amusant. Surtout quand ce matin là nous croisons mon potier. Je l'appelle comme ça à cause de sa tête ronde, douce et faussement fragile. Il boit un café avec nous. Jacques à trente trois ans, deux filles et une femme charmante. Je crois que c'est finalement plus extraordinaire que ce matin là, il écoute ma passion spontanée, plus extraordinaire que si nous nous étions embrassés. Jacques comprend, m'interroge, il est un bon ami. Il est attentif, ponctue mes phrases de "mmm". Plus un père qu'une éventuelle aventure. Même, un jour, il vient s'asseoir avec sa femme et sa plus petite. Il me redonne confiance, comble, au fond, un vide que je ne cherchais plus à combler. Il est ma confiance. Mon petit potier à moi, je t’aime toujours. Je me sens plus désirable, et femme et dans l'envie d'attendre une drôle de rencontre. Tu vas au marché chercher un mec tu en reviens avec un copain, amusant non?
Charlotte sera là dans quelques minutes, je l’attends animé d’impatience, heureux comme j’avais oublié pouvoir l’être, vibrant du manque de son corps. Je savoure, je vis, j’intensifie ces minutes d’attente, je t’imagine sortir de chez toi, prendre ta voiture et démarrer. Tu viens ici, chez moi, dans mon immeuble, mon escalier, devant ma porte, derrière ma porte, contre ma peau. Charlotte, tu me donnes envie de respirer deux fois plus, d’avaler l’air qui m’entoure, de vider la pièce et de t’aspirer toute entière. L’euphorie de toi me guette parfois, je le sens depuis quelques jours, elle monte vite, d’un coup, sans que je comprenne comment je suis passé de l’indifférence polie à l’avidité amoureuse. J’aime tant cette tension nerveuse qui m’anime, un peu comme pendant mon année de CM1, quand je croisais Hélène, la si jolie fille de CM2. La voir suffisait à provoquer chez moi un émoi certain, pour la journée et même plus. Je pense que si elle m’avait simplement parlé, j’aurais eu une érection jusqu’à mes dix-huit ans. Mais heureusement pour moi et mon adolescence, elle s’est contentée de m’ignorer superbement. Je regarde ma montre et ton retard m’interpelle. (Lui)
Mon ami du marché m’a appelé hier soir, pour discuter un peu, sans raison. Nous avons parlé de l’originalité de notre rencontre, du fait qu’aujourd’hui je continue à regarder les courgettes avec tendresse et amitié. Nous avons ri, nous avons été complices, nous avons aimé nos voix et nos souffles retenus.
J’ai raccroché perplexe et heureuse, d’un bonheur volé et un peu honteux, puis ton regard lorsque nous nous sommes quittés hier m’est revenu. Quelque chose avait changé, tes yeux sont restés sur moi, un peu plus longtemps, un peu trop peut être. Tu semblais maladroit au moment de m’embrasser avant de rejoindre ta famille, comme si tu allais trébucher, tomber de ta vie. Je suis resté longtemps près de mon téléphone ce soir là. (Elle)
Ma montre est à l'heure et de plus en plus retard avec toi. Les bougies fondent petit à petit tandis que moi aussi je me répands en question. Je suis en pleine colère de toi qui n'es pas là. Même pas après Charlotte mais après toi. Charlotte arrive deux heures après l'heure du rendez-vous, Charlotte pleure, Charlotte s'assoit et ne dis rien. Charlotte attend maintenant, et je cherche comme un con à deviner quoi. Elle est belle, comme ça à pleurer. Elle t'a rencontrée. T'a connu en quelque sorte. Elle dit ton nom et je dis "rien qu'à t'en parler je t'aurais fait fuir, disparaître avant même d'avoir pu t'aimer". Cela suffit, c'est doux, net, emprunt de ce que la sincérité peut elle seule donner. Je l'ai dit comme ça ce mot aimer. Tu m'embrasses, mon nouveau tu, c'est toi. (Lui)
Je pense à lui, sensuel comme au marché. Il me pousse au plaisir, celui que l'on a seule. Il m'entraîne dans ce que je me donne. Encore, je le vis, il est en moi, comme un torrent. J’entends sa voie douce, il est directif, je suis en âge et le téléphone sonne. J'ai honte de décrocher de dire "oui" et de l'entendre, lui, que j'imaginais la minute d'avant dans mon corps. Est-ce parce qu'il le sent, est-ce pour ça qu'il à une voie suave, plus suave que dans mon absence. Il promène sa voie érotique contre mes tympans, il prolonge mon songe. Il sent bien que nous sommes une somme animale. Il me propose de passer me voir. Sait qu'il se corrompt, qu'il me corrompt. Je dis oui à tous comme déjà partie en nos corps. Je n'ai jamais vécu une telle expérience, je me sens comme enivré dans nos vagues. Je n'attend plus devant mon téléphone mais je l'attend tout court. (Elle)
Alors je t’appelle, toi et tout ce que tu as été. Ton « allo » est froid et ta jalousie m’amuse. Une revanche un peu minable sur mes soirées passées à apaiser le toi en moi. Je te demande ce qu’il s’est passé en bas de chez moi avec Charlotte. Tu me dis gênée être passée par hasard, avoir vu cette fille devant ma porte et l’avoir abordée. Après tu t’excuses, tu ne voulais pas, tu t’es emportée, que c’est une jolie fille, que c’est très bien pour moi, que c’est une bonne chose de tourner la page, que tu t’étonnes juste que cela se fasse si vite. A cet instant je prends la parole et je raccroche, le téléphone clos je crie, je hurle ma colère contre toi, stupide femme idéale qui revient et se plaint aujourd’hui de ma non souffrance. Tu rappelles, je regarde ton nom sur mon téléphone et je laisse sonner, longtemps, pour toutes les fois où j’espérais ça, ces quelques lettres affichées sur ce petit écran, et que je n’ai pas eu. Tu rappelles encore et encore, et je ris, je savoure, longuement cette demande de toi, cette attente soudaine, si lointaine de ces derniers mois sans toi…
Puis à nouveau le silence, tu es lasse sans doute, je t’imagine en colère peut être. Tout à coup je me sens bien, intensément bien, paisible même, comme si ta vie m’importait peu maintenant, tu es devenu une étape, un moment, une période, un début et une fin à ajouter autres éléments de ma vie. Je prends mon téléphone, efface tes appels un à un, puis compose le numéro de Charlotte. (Lui)
Tu étais loin pourtant, puis ce quartier, cette rue, ce chemin que je connais tant m’a amené à toi. Alors elle était là, devant ta porte qui m’appartient, sur ce trottoir où je suis la seule à marcher, devant ton appartement où aucun être humain de sexe féminin ne peu s’approcher. Voir sa beauté et son sourire monter chez toi a brûlé l’intérieur de moi, l'intérieur de mon sexe, là où tu es le dernier à t’être répandu. Un seconde s’écoule et le pire de moi me contrôle, je n’ai pu m’empêcher de m’approcher de la petite pute ébahie pour lui rappeler que c’est moi que tu aimes, et qu’elle ne pourra avoir que ta bite, au mieux !
Un instant d’égarement comme on dit, je m’excuse d’avoir essayer d’achever ta vie. Seule face à ton silence je suis envahi de morceaux de honte qui passent et repasse en moi, l’impression d’un caprice de trop, de jalouser la liberté que je t’ai donné d’être heureux. Parfois, pendant quelques secondes insalubres, je suis fatiguée, si fatiguée d’être celle qu’on ne plaint pas, celle qui a choisi, organisé et formulé sa douleur de te perdre.
Dans moins d’une heure mon ami du marché sera là. (Elle)
J'ai envie de partir et pourtant je suis de retour, débarrassé de l'image de toi. Que c'est reposant de pouvoir t'appeler ma petite Charlotte. Tu glisses doucement vers moi, même au téléphone je sens ta chaleur et mes joues devenir roses. J'ai envie de plein de choses, tellement réveillé que je suis. Attention toute fois à ne pas avoir envie de trop de choses...
Et voila le travail n'est plus un travail, fut-il le même, fut-il une somme de signets informatiques. C'est fou ce que l'on peut changer en passant à la douce Charlotte aux poires. Je te propose un petit week end ailleurs, nous partons dans cinq jours. C'est oui et je rêve. (lui)
Du marché aux marches devant chez toi je crois que je me suis perdue, égarée entre les poivrons et ce que je pensais que nous pourrions toujours, à tous moments, nous retrouver. Et si le potier avait voulu, au delà de sa simple envie pour mon corps, eu une vrai passion pour moi. Et bien je crois que je n'aurais pas été voir du côté de ton toi. Je cumule donc entre l'égoïsme et le désir, je suis une prune ambiguë. En tous les cas pas une prune assez poire pour devenir le fruit défendu de ce potier qui, et cela devient clair, ne veut qu'à l'occasion manger la petite poire. Allez dès...demain je deviens "aware", "the new positv girl". Je pars ce soir avec Eugénie retrouver ma petite ville d'enfance. Je reviens dans huit jours. Ce n'est pas sept ans de réflexion, mais bon, on fait ce qu'on peut...
(elle)
Je suis à coté de Charlotte maintenant, elle vit près de moi, elle est réelle et palpable, sa peau touche la mienne dans nos mouvements du quotidien. Nous sommes partis depuis trois jours, un voyage improvisé pour ne pas trop prévoir, penser ni anticiper ce qu’il peut arriver. Je réalise que je n’ai pas quitté une seconde Charlotte depuis trois jours, plus de soixante dix heures même, sans que rien d’autres ne se passe que du plaisir et du bonheur. Le bonheur n’est-il naïf que pour ceux qui ne le connaissent pas ? Je suis bien, simplement, intérieurement, j’aime regarder Charlotte avec des yeux gluants de tendresse, caresser sa main, petite, bêtement étonné de sa douceur. J’aime la regarder quand elle dort, comme dans les plus belles pages de la collection Arlequin. Je me complets dans mon romantisme, me répands dans le rose et le sucré des ces quelques jours auprès de Charlotte. Parfois, je me surprends à penser « nous », je n’ai finalement pas tellement évolué depuis la fameuse Hélène du CM2.
Plus que deux jours avant la descente programmée, le retour à la réalité de ma vie, à proximité de toi, que je n’oublie que part moment, toi, mon amnésie partielle, qui te rapprochera sûrement une fois ma colère dissipée. Reste loin de moi… (lui)
J’ai grandi, la ville de mon enfance non. Je la retrouve toute petite. La place du village, que je trouvais immense quand mes yeux frôlaient le sol est aujourd’hui minuscule. Je me sens bien dans ces lieux, mon enfance est si proche. Eugénie est là aussi, nous ne sommes que deux petites filles devenues grandes, rien de plus. Puis je passe devant mon école. Tant je choses ici. Je m’assoie un instant, envie d’un enfant que je n’ai pas eu avec toi. La période est vraiment défavorable à une élévation, même minime, de mon moral. Tout ce traîne autour de moi. Je me retrouve maintenant avec une douleur de maternité dans mon ventre. Je ris, Eugénie me regarde surprise et me demande l’origine de ma soudaine hilarité. Je la regarde et lui réponds simplement que je vais avoir un enfant, je ne sais pas encore avec qui, mais je le veux. (elle)
Nous roulons les vitres ouvertes, Charlotte conduit et je ressens la proximité de demain. Ces quelques jours ont été si simples. Nous avons vécu l’un près de l’autre sans réfléchir, sans ce demander la signification de chaque geste, chaque phrase que l’on accompagne d’ambiguïté malsaine. Vivre à coté de quelqu’un, rien de plus. Le temps passe et nous ne parlons pas, nous pensons l’un à coté de l’autre, déjà séparé peut être, nous anticipons un au revoir qui sera rapide et gêné, simple et bref, puisqu’il ne sera qu’une parenthèse d’absence, une séparation provisoire. Je veux revoir Charlotte et la toucher encore. Je sens cette envie de la découvrir encore, de la regarder. Je pense à ce qu’elle pense, je cherche dans ce week-end ce qui pourrait me laisser deviner si à cet instant, elle réfléchi à la manière de m’annoncer qu’il est « préférable de prendre un peu de distance », formule naïve à la douleur soudaine, ou si comme moi, elle pense déjà à notre prochaine nuit. Je mets au point différents stratagèmes en prévision de notre au revoir. J’hésite finalement entre la distance protectrice ou la déclaration apparemment spontanée. A cinquante kilomètres du point de chute je décide finalement d’adopter une solution médiane appelée « le regard ». Je décide de séparer l’attitude de mon corps qui sera distante, à la limite de la froideur, et mon regard, qui aura la lourde tache de faire passer toute la tendresse et les sensations intimes que je ressens pour Charlotte. J’admets le plan risqué, d’une naïveté incroyable, tout droit sorti des courriers du cœur d’un magasine pour ado, mais c’est toujours moins difficile que de dire je t’aime à Charlotte. (Lui)
Eugénie a tenté de me dissuader de « l’enfant réparateur », elle m’a longuement expliqué que c’était la pire chose à faire, que je devais d’abord me soigner de ma séparation, qu’il était inconscient et égoïste d’avoir un enfant seule et encore des dizaines d’autres arguments convaincants. Je l’ai écouté, avec patience tout en cherchant son prénom. A la fin de son long monologue, j’avais une liste de presque dix prénoms. Eugénie a fini par se lasser de mon silence. Elle est partie et je suis restée sur mon banc, face à mon école, perdue dans ma grossesse mentale. (Elle)
Il est 23h12, la télé moisit des phrases au fond de la pièce et je bois du Jack Daniel’s. Quitte à gérer ma vie comme un ado, j’ai pris la décision de me prendre une cuite à l’ancienne seul dans ma chambre afin d’oublier mon « chagrin d’amour ». Le privilège de l’âge m’a juste permis d’éviter le mauvais alcool. « On verra », voilà la seule réponse que j’ai eu après avoir demandé à Charlotte de la revoir. Pourtant j’avais parfaitement réalisé mon plan, la distance, le regard tout s’était bien passé, j’étais en confiance. « On verra ». Pas un mot de plus, un regard flou et voilà, Charlotte disparaît puis plus rien, plus rien sauf moi comme un con sur le trottoir. Moi avec mon sac de voyage, posé au bord de la route, bien étalé sur ma longueur, resplendissant sous le soleil couchant, je suis une belle merde chiée par Charlotte, avec grâce et légèreté, en souriant… on pousse au signal : « on verra ».
Après ce retour express dans la réalité fécale, l’évidence de la cuite m’est apparue. Certain rencontre Jésus dans la souffrance, moi je n’ai pas eu cette chance. Accablé par ce rendez-vous manqué je me suis consolé avec 70 centilitres d’alcool à 40 degré. (Lui)
Je retrouve Eugénie au bar de l’église. Elle est assise avec sa tronche des mauvais jours. Je sais ce qu’elle pense, je sais qu’elle a raison et que c’est moi qui me trompe. J’avoue qu’en m’éloignant de mon ancienne école, j’ai un peu perdu de ma fibre maternelle. Je réalise la justesse de la colère d’Eugénie. Serais-je qu’une conne trentenaire finalement ? Rien de plus, capricieuse et malheureuse par une suite de non choix. Je m’assoie près d’une école et je veux un enfant. Pathétique. Ce week-end n’a rien changé au brouillage intense que je constate depuis des mois. Rien n’est droit ce soir. Je glisse doucement, j’en ai conscience mais je glisse, le long de toi. (Elle)
Forcément le réveil a été rugueux. Forcément j’ai mis la tête au fond des chiottes pour voir si au fond, tout au fond la vie était plus belle. Forcément j’ai traîné mon estomac dans l’appartement toute la journée. Forcément mon ego n’a pas résisté à ce réveil vide des restes d’alcool. Forcément j’ai réfléchi à tout ça, tous ces trucs, ces machins qui s’enchaînent heure après heure, se collent, s’étirent, et qui mis bout à bout sont ma vie. J’ai bien essayé, consciencieusement, avec vigueur de clarifier cette situation établie depuis plus de trente ans. Et puis enfin, après des heures de lutte contre les restes de Jack Daniel’s je suis parvenu à un bilan de moi, à préciser ce que je suis peut être.
Trente ans et un peu plus, chercheur d’emploi à mi-temps voir moins, écrivain de chapitre 1 uniquement, largué sans prévenir, en tout cas sans le voir.
Ou peut être. Trentenaire assumé, brillant écrivain en devenir au style qui s’affirme, finalisant son premier roman, séducteur infatigable.
A ce moment de ma réflexion, je cesse. Je cesse ce loisir malsain de chercher ce que je suis, puisque je sais qui je suis. Juste un mec qui s’est pris une cuite et qui se retrouve dilué dans son appartement un lundi après-midi. C’est déjà bien. J’ai déjà franchi des étapes, j’ai survécu jusque là. Je décide de continuer un peu comme ça, avec moi, en tant que compagnon de route, pour voir ce qu’il y a juste après. (Lui).
Les voyages forment la jeunesse, là il faut vraiement que je revienne à la vraie vie. Les patines émoussées des rêves de toi, et puis tout ça. Dans des caisses, direction le musée. J'aurais du m'envoyer en l'air avec mon potier. J'ai bien fait de l'interpeller ta Charlotte au trottoir. Il fait bon, il fait chaud. Je veux ma nuit d'amour avec le potier. (elle).
Bon, j’ai l’immense privilège de pouvoir cuver tranquille un lundi après-midi, chez moi seul et relaxe, juste accompagné de quelques restes d’alcool au fond de ma bouche, juste derrière mes dents. Le parfais rêve d’étudiant. Certes, j’ai plus de trente ans, certes mon banquier me harcèle et je ne sais pas ce que je ferai demain, voir même dans cinq minutes. Et alors ? Je m’en tape complètement, je suis un rebelle moi, j’emmerde le monde et la société de consommation avec toutes ces injustices injustes et pas toujours très justes !!! Je resterai donc à jamais bloqué en CM1… A ce degré de bêtise j’hésite à retourner boire ou à retourner boire. Je décide finalement de m’allonger et de pleurer, longuement, calmement, de laisser sortir tout, de toi à Charlotte, de votre beauté à l’absence certaine et vivante, aux années dépassées et à tout cette gentille mais si présente merde du quotidien. Une bonne heure de larme dans le silence de ma chambre, toujours comme en CM1 finalement, échappe-t-on un jour à son année de CM1. J'aurais peut être dû redoubler, je comprendrais peut être mieux aujourd'hui ce que je fais ici. Je m’écoute pleurer et mon corps réagit à cette séance de thérapie lacrymale, si simple finalement. Je m’endors loin de tout. (Lui)
Le potier est en famille ce soir, il a promis à ces enfants de les emmener au cinéma et d’aller manger au resto après. Crétin ! Bâtard ! Putain de connard de père attentionné !!!! Je fais quoi moi ce soir avec mon désir de potier ! J’ai envie de toi ! Lâche ta famille idéale et vient chez moi tu ne le regretteras pas !!! Abandonne tes enfants au Mac Do et viens me baiser!! Je raccroche. Le message a bien été enregistré et moi je sais que je n’irai plus me balader au marché avant une ou deux guerres mondiales… Comment ai-je pu en arriver là? Je ris. (Elle)
C'est vrai que les lendemains de lendemain de cuite sont comment dirais-je, légèrement mélancoliques. J'emmerde déjà moins le monde. Peut-être qu'en marchant la tête moins courbée? Peut-être qu'en allant boire un café à mon café préféré. Certes, c'est pas tous les jours qu'on croise le destin au coin de la rue ou qu'il (elle) vient s'asseoir au "café de Paris", enfin bon, la mélancolie est en train de devenir grisante. Bon, ok, un, je serais souriant au boulot, deux j'appellerais mon pote Maxime que j'ai snobé lamentablement depuis au moins deux mois. Trois j'appellerais Charlotte pour lui dire ... ce que je pense. Quatre et conclusion aujourd'hui je serai moins con. (lui)
Depuis mon suicide téléphonique j'ai aggravé mon cas en effaçant systématiquement tous les messages téléphoniques avant lecture. De toute façon, et finalement la poterie c'est à chier. Je me sens plutôt légos, voir duplos. Bien, donc, m'engueuler avec Eugénie et passer pour une débile profonde c'est fait. Insulter la personne avec qui j'ai envie de coucher, c'est fait. Avec une mention spéciale pour l'effaçage supplémentaire. Il ne me reste plus qu'à accepter le week-end famille pour m'engueuler avec ma mère et la mission: t'es trop conne ma fille sera achevée.
J'essaye de me souvenir le message laissé au potier, je tente le texto. "désolé, trop de passion = insultes = re-désolé et gros bisous". J'envois. Après une heure à attendre une réponse, j'éteins le téléphone. Là je crois que j'ai touché, heu, comment dirai-je, ce qu'il y a sous le fond. Allez, un peu de Ricoré et la journée va bien commencer. (elle)
Alors dans l’ordre, pour être souriant au boulot il faut en avoir un. C’est donc décidé, dans l’attente du succès de mon premier roman, et afin de régler mon problème de loyer qui ne cesse de ne pas se payer, je vais trouver un travail. Mais avant de trouver, il faut décider quoi chercher. Après une heure assis en phase de réflexion intense. En ce moment je fonctionne par cycle d’une heure, j’ai d’ailleurs mis une heure à faire ce constat. Tout me prend une heure, me lever, déjeuner, prendre une douche, me décider à sortir, chier, dîner, bref, il va falloir que j’accélère ou je vais être condamner à ne faire au mieux qu’une quinzaine de choses par jour, sommeil déduit. Donc, après une heure de réflexion, j’ai conclu que j’étais trop intelligent pour faire un boulot de merde (enfin je l’espère) et pas assez qualifié pour un boulot digne d’intérêt. Face à cette impasse, j’ai mis une heure avant de réaliser l’étape deux de ma journée et appeler Maxime afin de vérifier s’il a lui aussi cédé à la mode actuelle en rejoignant le club des « ex », en qualité d’ « ex »pote. (lui)
Envisager un week-end en famille ? Trop difficile. Deux jours, et surtout une soirée et la terrible nuit qui suit, dans la chambre de petite fille à peine modernisée malgré mon grand âge. L’ambiance rose sucrée qui m’empêche de dormir dans le noir, les souvenirs d’enfance dont je n’ai en ce moment rien à foutre, les bruits de la maison encore si proches… J’ai négocié et je ne passerai que le dimanche, c’est déjà bien et ça permet de sauver l’intégrité de ma santé morale. Ma mère est déçue, je le sais, je le sens à sa voix, à la seconde de trop avant son « comme tu veux », mais tant pis, je deviendrai la fille idéale dans quelques mois, quand tout ira mieux, puisque tout ira mieux, puisqu’il le faut. (elle)
Ah qu'il est bon de se réveiller tôt, dans un appartement rangé. Opération restructuration: plan orsec pour mon compte en banque, mission spéciale nettoyage de la salle bain menée de onze à une heure du matin. La mission d'interim commence à quatorze heure pour se terminer à ving-deux heure trente. Il s'agit d'assurer la réception d'un petit hôtel. Le système de cartes pour l'entrée dans les chambres ne marche plus. Heureusement Zorro est là pour que tous le monde puisse aller baiser. Miss interim pense que j'en ai au moins pour une semaine. Bon avec les 10% de congé payé, les 10% de précarité plus un taux horaire, m'a préciser miss interim, supèrieur de 8% au SMIC je serais bientôt un jeune premier plein de fric et de classe. Il fait beau, j'ai cinq heures devant moi, hôtel quand tu nous tiens. (lui)
Maman est seule à la grande table quand je rentre dans la maison. C'est toujours curieux de se remémorer qu'il y a un endroit sur la planète où on rentre sans frapper. Tiens ça fait longtemps qu'elle ne m'avait pas couvé du regard comme ça. Elle est belle ma mère, même si elle est chiante. Ou c'est moi qui suis la plupart du temps du chiante à voir de la mièvrerie partout. On refait le monde, on parle de moi, moi et les autres, puis moi et les garçons puis, enfin, moi et toi. La vie est belle assise sous les yeux de ma mère. Moi qui déteste les dimanches je suis servi. De toute façon je n'ai jamis aimé la poterie.
Je vais passer voir Maxime puisqu’il a dénié répondre à mon appel. Pourquoi je ne lui ai pas donné de nouvelles depuis six mois ? Est-ce que je me lance dans la longue complainte dégoulinante des six derniers mois de ma vie ? Recommencer à ressasser tout ça encore une fois…Recommencer à me répandre sur la sinistre suite de semaines qui vient de passer… Pas envie, trop chiant, trop larmoyant. Je vais voir Maxime, je discute, je plaisante, je ris, je simplifie ma vie. Je lui dirai juste que j’ai eu un passage à vide, qu’elle est partie, que ça arrive à tout le monde et qu’on y survit. Que je vais mieux, que je repars sur des bases saines et pleins d’autres conneries optimistes, pour faire croire. Il ouvre la porte et j’embrasse Maxime. (lui)
Le temps passe et la nuit tombe. Je suis toujours avec ma mère, je suis bien, j’ai cinq ans, j’ai huit ans, douze, je tombe de mon vélo et j’ai mal, je pleure, j’ai quinze ans, j’ai mon bac, la fac, la vie et aujourd’hui, je suis toutes ces filles et tu es ma mère, la seule. Je vais resté dîner finalement, encore quelques heures avec toi. Je vais laisser ma mère s’occuper de moi, m’envelopper et me nourrir, je ne serai pas une adulte ce soir, je serai petite, toute petite et fragile. (elle).
Finalement le passage en hors-zone "tout est nul" se fait assez facilement. C'est sûr qu'en partant boire des coups, c'est sûr que ces bières. Et Max qui n'arrête plus. "Mais t'as rien compris, la vie c'est maintenant et un peu demain". "Et une colocation, ça te changerais de ton trou pourri !!!". Oui Max l'a croisé, pas plus tard qu'il y a six jours, non elle n'avait pas l'air malheureuse. "Et alors ???". Et puis d'après lui je ne suis pas si con que ça. Bon un peu quand même, mais dans une bonne moyenne. Finalement, il me demande "mais tu fais quoi demain ???" (Lui)
Une bonne nuit près de ma mère. Je le répéterai pas trop, je le garderai pour moi, ça va mieux. Bon, les phases d’euphories et de déprimes se succèdent tranquillement, j’y suis, bien dedans, impliquée dans ma dépression. Quel manque d’originalité, une dépression post-rupture pendant la trentaine, je n’ai plus qu’à écrire un journal intime et à lire Glamour pour être totalement dans le cliché… Que faire, m’impliquer dans mon boulot ? Trop fatiguant. Chercher un mec ? Trop risqué. Se couper les cheveux ? Trop classique. Non, puisque je suis dans le cliché, autant y aller franchement, se donner à fond, je vais aller voir un psy. Je vais raconter ma vie en détail, expliquer qui je suis, ce que j’attends, me confier, détailler mes peurs… et payer pour être écoutée !!!
Demain, je fais quoi ? Je cherche un appart avec Maxime dans les traces de bière tiède avec une haleine d’ado rebelle… Suis-je le seul à reculer dans la vie ? Plus je vieillis moins je grandis… J’ai peut être trouvé le secret de l’immortalité ? Maxime fait des bons de joie. Je pense que son boulot de merde et le fait que sa dernière copine se soit tirée sans un mot il y a deux mois l’aide à monter plus haut. Moi, la motivation s’évapore avec les restes de bière, toujours plus tièdes. Hier, la colloc était la solution à notre malheur commun, on allait faire la fête, voir du monde, ramener des filles, bref la vie rêvée de tout ado attardé. Aujourd’hui en voyant la gueule de Maxime j’ai des doutes… tout cela ne va-t-il pas se terminer comme deux losers additionnant leur lose ? Complétant leurs vides réciproques sans imagination. L’hôtel la nuit et Maxime dans la même pièce le reste du temps… J’hésite.
Comment choisir un psy ? J’ai cherché sur Google mais il n’y a pas de site d'évaluation de psy. Dommage, j’ai peut être trouvé là l’idée du siècle, la future start’up cotée en bourse, je me vois déjà au lancement du site « www.trouvetoutpsy.com », une grosse fête dans une boîte branchée, avec pleins de psy tendances qui me draguent. Je finis le nez dans les pages jaunes, un bon vieux bottin avec du papier sur les genoux. Une femme ou un homme. Le risque de transfert est plus grand avec un homme ? Quoique. J’en sais rien. Parler à une femme sera plus simple peut être. Quoique. J’en sais rien. Merde ! C’est le mot qui me vient. Encore une fois j’ai la sensation d’être une cruche d’un mètre soixante dix avec un annuaire dans les mains. Je n’arrive même pas à trouver un psy, je vais avoir du mal à trouver un avenir. (Elle)
Ce soir je marche dans l’hôtel, peu de clients, ils dorment, tout est silence. J’ai quitté l’accueil pour ma balade nocturne. Il est quatre heures du matin, peut être le moment de la nuit ou le sommeil est le plus fort. Les noctambules s’endorment au son des travailleurs qui se lèvent. Moi je marche dans les couloirs, rien de plus, pour le plaisir. La chambre 29 est occupée par une jeune fille, VRP dans les cosmétiques, belle, intensément. J’écoute sa porte, le silence de son sommeil. Quelques secondes d’imagination, je rentre avec mon passe, j’avance dans le noir jusqu’à son lit, je m’habitue à l’obscurité, je devine sa silhouette sous les draps, je me déshabille, je colle mon corps tiède à son corps chaud, elle m’embrasse, nous faisons l’amour. J’ai toujours mon oreille collée à la porte et je bande. Pauvre fantasme d’un veilleur de nuit. Je retourne à ma place, l’accueil de l’hôtel Marande, il est quatre vingt maintenant. (Lui)
Bon alors c'est quoi qui fait la difference. Il est clair que là j'ai le temps de devenir exceptionnel, crédible, essentiel. Trouver une cible: mon futur boulot. C'est là que je vais dérouler le fil. A ce stade, je suis une petite pelote rouge. Séance d'entrainement, de documentation tous les soirs de boulot. En direct du Marande. Un, connecter ce putain d'ordinateur à internet. Tant pis pour le patron, avec mes restes d'adolecence de piratage je dois bien pouvoir arranger ça. Deux, les rondes nocturnes ne servent à rien. Trois, se masturber devant une porte de chambre d'hôtel n'élève pas la spiritualité. (lui)
A suivre...
ml et Julien Brousse.
17:40 Publié dans - Julien Brousse, - M L, Poèmes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Littérature