dimanche, 13 mai 2007
Pour que ne meure ce réveil...
D’un pas nonchalant et non pas moins sur, il creusait l’écart. Encore quelque seconde et tu ne le verrait plus. Alors tout deviendrait vert. Tout deviendrait fixe, surtout le lointain. Presque, encore, le soleil qui tombe sur la mer. Dans la chaleur immense, son corps a maintenant disparu à ton regard. La mer continue à se noyer dans ton regard. La course est si mélancolique. Si proche de ce que peut être ta plus infime solitude. Mécanique, un bras puis l’autre, une jambe, puis l’autre. Ton cerveau qui fait le vide au rythme de ces balanciers. Seule tu l’attend maintenant au détour de ce virage où l’horizon semble plus grand. Personne, rien d’autre que toi, comme déserté par tout ce qui n’est pas la terre ici et maintenant. Le soleil plonge de plus en plus. Magnifique dans sa prochaine disparition. Ces dans ces moments que viennent, furtives, les idées les plus envahissantes. Comment ne pas s’imaginer que là, tu es peut-être la dernière personne vivante sur terre.
C’est bien au détour de ces pensées que tu croises toutes tes solitudes. Puis il y a cette montre, qui t’indique maintenant deux kilomètres et demi. Le tour de cette petite colline qui va te priver pour quelque seconde de la mer protectrice. Elle semble t’empêcher de sombrer dans des pensées trop mélancoliques.
Le corps, le corps premier, tu n’y pense même plus, il a arithmétiquement disparu. Juste une ballade de solitude. La chaleur ne semble pas s’atténuer avec le coucher du soleil. Ton esprit s’égard en dehors de ton action. Comme si tu ne courrais pas, comme si tu mourais, comme si ce moment était le plus particulier de toute ton existence. Vide de l’effort du sportif dirait l’ami sportif. Rencontre particulière avec soi même pour le non-initié, c’est presque terrifiant, peut-être dangereux. Comme de se découvrir en écrivant des lignes. Qu’il serait bon de se laisser mourir par l’apparition d’un promeneur. Qu’il serait moins excitant mais tellement rassurant de s’arrêter de courir.
Tu sais déjà le spleen qui naît jusqu’à quelques minutes après l’arrêt. Jusqu’à ce que tu découvres que dans ces courses tu savais voir, conclure et agir.
Je crois que je peux dire que c’est bien ce jour là. Ce jour où tu croyais avoir été un peu plus dans la chute de n’être plus qu’une ombre à moi-même que tu as découvert que ce que tu voulais tu le pouvais. A vrai dire il est bien ironique de penser que je t’y est conduite. Parce que je m’étais arrêté croyant reconnaître les voiles sur la mer d’une lointaine connaissance tu as dû revenir d’un coup dans ta réalité.
Tu t’es mise à la course depuis ce jour. Et après aujourd’hui j’aurais juste voulu savoir si tu allais continuer. Les suppliques sont finalement des aspirations simples.
Dès le lendemain, la colline n’était plus la même. La maison non plus, ni rien du tout. Mon univers devint rétrécit, presque vide. L’abus de nous même n’existe pas. Notre amour n’existe pas.
Ensuite il a fallu que tu nous devines, il a fallu que tu voies que tu n’existais pas. Au moins que tu ne t’existais plus. Tu avais oublié, tu t’étais oublié. En soit, et jusqu’à ce que cela te fasse vraiment souffrir. Peux-tu me dire que j’étais dans la violence. As-tu jamais existé ?
Et puis...
Et si j'avais été poète, j'aurais écris "et il y a eu la mer". Mais le passé ne valait plus rien, tu n'allais plus t'arrêter de courrir. A la longue, tu t'en étais épuisé de m'aimer bêtement. Tu avais préféré mieux regarder, au moins tu n'avais pas peur du vide. Tu devais m'appeller la falaise, le gouffre, peut-être.
C'est bien à cette époque que tu as commencé à te moquer de moi. Ouvertement, directement. Comme une grande en somme.
Tu avais dû courrir, encore. Pour le faire toujours à mes yeux. Tu es devenue insolente en même temps que toujours plus belle. Invivable autant que plus désirable. Tu n'étais plus que superlatif et superlatif à répétition. Tu t'étires encore, jamais moins que ce que l'on peut voir. Comme quand je te regardes, désespérante, autour de la colline.
ml
à suivre ...
15:20 Publié dans - M L, Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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