mercredi, 13 juin 2007

UN BLOG A LIRE D'URGENCE

 6 mai 2007, Nicolas Sarkozy remporte la présidentielle. Romain, 29 ans, manifeste sa sa déception. Il est arrêté un pavé à la main. Et condamné à quatre mois de prison ferme. Carnet de bord depuis Fleury-Mérogis.

LIBERATION.FR : mardi 12 juin 2007         J’ai tout fait ici, sauf le mitard

Ça va bientôt faire un mois que je suis dans cette galère. J’ai traversé un peu toutes les phases, sans aller jusqu’au bonheur, faut pas déconner non plus. La garde à vue, c’était pas le plus dur. Peut-être d’être promené avec des menottes pendant trois jours, peut-être la première nuit ici, peut-être la semaine dernière dans un bruit infernal. Mes nerfs ont été mis à rude épreuve. (…)

J’ai un peu tout fait ici, sauf le mitard. J’ai assisté à des bastons entre détenus, entre détenus et surveillants, j’ai vu un psychiatre, un psychologue, j’ai changé trois fois de cellule, j’ai fait des promenades tout seul avec les autres qui me regardent bizarrement (c’est louche un mec à lunettes), j’ai vu des gars échanger du tabac contre du subutex, j’ai entendu deux mecs parler en anglais des opéras de Prokofiev, j’ai filé des cours d’orthographe, j’ai frôlé la fouille anale, j’ai côtoyé des voleurs, des violeurs, des assassins, des dealers au kilo. Y’a de quoi raconter…

Voilà mon expérience de la vie enrichie. La prison m’a permis de remettre les compteurs à zéro et de retrouver en moi celui que j’avais enfumé et qui voulait être journaliste pour fréquenter l’inconnu des autres et leur faire partager, de retrouver peut-être aussi un truc que dans les sixties on appelait «la fureur de vivre». Bref que du positif. Et puis je ne me suis pas effondré parce que je n’ai pas de regret. Je n’ai pas retourné mille fois dans ma tête les causes de mon arrestation avec des «j’aurais dû». Par contre, je ne crois plus en la justice, en l’Etat de droit, et ma conception de la démocratie française s’est complètement cassée la gueule. Je vais sortir plus anar que jamais. Ceux qui voulaient me donner une leçon en seront pour leurs frais. Je suis plus fort qu’eux. Et en même temps, je les remercie de m’avoir réveillé.

Romain

Las suite sur : http://prison.blogs.liberation.fr/romain

samedi, 02 juin 2007

Du verbe partir.

C’estmedium_Zaventemsalle.2.jpg arrivé un matin. Trouver comment partir, faire ses bagages, le choix d’une destination, le sommaire d’une valise. Prendre son sac à son cou, son envie à deux mains, vite, avant que la raison ne revienne, avant l’assaut des formalités du phantasme. Prendre une douche, remplir un sac. Comment ce serait de transférer froidement de petites économies, vers quel billet d’avion se diriger. Se demander à quoi l’on rêve d’abord. La musique devient trop essentielle pour n’être que le souvenir d’un passé révolu. Retrouver une musique qui soit celle du présent, au mieux, remettre quelques images sur la bande. Mentir, fuir, ne rien dire, se créer sa propre blague, qui ne surprendra personne. Il y a bien longtemps que cette image fantasque se balade. Penser aux discussions interminables quant aux vertus du voyage, un naufrage organisé, le trou dans le cv, la fin des cotisations sociales. A celle qui aura su m’y faire rêver d’être quelqu’un d’autre ailleurs, changer de nom et puis le reste. N’être plus qu’un corps nu et écorché, en attente, dans la nécessité.

Peut-être est-ce arrivé un soir, quand la ville encore ne savait plus tourner sous mes pieds. J’essayais de refaire le film de la chienlit urbaine sans n’y voir aucune trace. Les saltimbanques y sont sédentaires, les figures sont sales de connaissance qu’il faudrait savoir se changer. Promener son chien imaginaire, tourner à n’en plus finir dans les mêmes rues et n’en savoir que trop les moindres subtilités. Est-ce encore La Ville , çà et là, où tout m’attend au tournant. Sûrement ai-je aussi pensé à toutes les conneries que l’on dit sur les chemins à prendre ou à laisser, à suivre ou à passer, ce qui berce secrètement tout esprit asphyxié.

Peut-être est-ce arrivé encore plus tôt. Le départ ne devrait exister que sur des malentendus, se faire appeler Jules ou prendre le Pérou. J’ai pensé Caracas pour le nom, pour la chaleur et puis le reste. On finit par se perdre quand on ne sait plus où chercher. J’ai pensé à tous ceux qui partent raisonnablement, ceux qui embrassent sur les quais de gare, ceux qui laissent de quoi les savoir quelque part. Le romantisme anglais m’a rappelé à l’ordre en regardant les arbres battant sous le vent, mon dieu quelle tristesse encore il aurait fallu épuiser. J’ai pensé à tout ce que l’on garde pour soi, aux regrets sitôt acceptés, aux excuses que l’on se profère parfois comme pour soi-même, à la mort. J’ai laissé la clef sous le paillasson, pas la peine de s’embarrasser d’autres formalités, le soleil n’est jamais plus beau qu’un matin où l’on se met en route.

Elsa O.

 

 

Sandaïa DANSE AVEC LA MORT AINSI SOIT LE DARFOUR

medium_images.14.jpgOn cour, du bleu sur du jaune. Le soleil assome toujours un peu plus, un peu plus bas. Des cavaliers, des colonnes de feu. Ils placent du coton dans leurs bouches puis y mettent le feu. Là, déjà, dans leur décor poussé un peu plus dans la misère. Pour qu'au matin s'épende leur sang.

Ton nom Sandaïa, sonne déjà comme une disparition. Sept lettres prémonitoires. Toujours elles s'effacent. Un explorateur. Là-bas en plein désert, belles et larges plaines du Darfour. Massacrés dans les dunes, ont leur arrache le coeur. Solitude blanche, presque lunaire se noie dans l'affligente indiférence.

Ont les brûle, je répête ont leur arrache le coeur.

Sandaïa arrête de courir, pour qu'il puisse laisser son corps pourrir au soleil. Qu'il le laisse lui pourrir au soleil. Ils arriveront trop tard. N'auront qu'un corps mort à brûler. Ils ne seront alors que des charognards.

Sandaïa, avant qu'il pleure, avant que tout ne s'arrête; il était un homme.

ml

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