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jeudi, 10 juillet 2008
Anthologie des correspondances névrotiques Chapitre VII
Cher Lucilius,
Il semblerait que je n’écrive à personne d’autre ces temps-ci qu’à moi-même. Plus la force de parler ou de rire à vos blagues, mon petit moi intrinsèque qui me dégoûte cette fois et tant d’autres plus que d’habitude. Mécréants sommes nous. J’aurais voulu faire l’éloge de ces quelques fois si doux où nous fumes descendus dans les profondeurs de nos âmes intérieures. Je me traîne ça et là comme un marasme délicat, champagne et vodka, vins succédanés nous égarent tant de fois. Il avait semblé ce soir-là qu’il existât des âmes fortes, esclaves ou mortes. Elle faisait sûrement la poésie plus en parlant tellement elle ne voulait pas l’écrire. Les faiblesses elle savait les écrire le mieux. Des faiblesses qui vous gagnent, des angoisses qui vous mangent comme un suc. On aurait presque vécu avec ce cher Woody parfois, quand on se racontait avec délectation nos délires nocturnes et défenestrés. In that dream, you know, suddenly there was smoke in the washing machine and I felt myself losing my head over and over again like a plastic ball dismantling over and over against broken dishes, I mean, really losing it, you know ?
De ces soirs où je ne murmurerai rien à personne. Qu’on me demande de me taire. C’est ma tête qui vous revient pas sûrement c’est ça. On me l’a déjà dit en entretien d’embauche. Bonne frimousse, loin, longue alléchante et fine, c’est ça. Pas d’ennuis, pas de problèmes et surtout jamais de soucis. Les larmes vous font horreur, la vue du tremblement d’une lèvre inférieure vous angoisse plus que si c’était la vôtre. Quelle faiblesse ! Il aurait fallu tuer en l’homme pour qu’il ne soit pas juste tripes et boyaux congruents en décomposition qui pleure chie et se morfond sur son triste sort. Maîtrisez-vous deux minutes. C’est pour la décence. La grandeur de l’homme et de la femme ne vaut que pour sa misère, on s’en souvient trop peu. Il me vient à l’esprit quand je comprends cette désaffection soudaine pour l’empreinte moindre de sentiment que c’est peut-être ça qui nous relie, ça entre vous et moi. Chacun décide de son malheur comme il l’entend, peut-être ils auraient eu le droit de s’asseoir à leur propre fenêtre, boire et fumer, manger si mal et baiser sans envie pour ne pas en dormir par suite. Etre imparfait qui vous soulage en rien, ne pas y être à temps, rater la messe et se disputer avec son analyste. Deux petites minutes. Je me contrôle, c’est par écrit, ça ne salit rien dans votre estime, écoutez-moi encore un peu. Je disais que c’est bien compliqué là ; la propreté et l’indigence ou l’indulgence, bref des histoires de qualités à prendre ou à laisser. Bon, je m’égare. C’est aussi le problème quand on essaie de mettre à l’horizontale une pensée ronde et charnue. J’ai le même ennui avec de délicieuses demoiselles, cela posé. N’y voyez là aucune goujaterie, ce sont encore bien des choses de la vie. Comme une odeur qu’on aurait laissé sortir. Taquin, va.
Peut-être je serai resté encore des heures à me bouffir de larmes en attendant l’ascenseur, gênant mais si peu finalement, de vous savoir intraitable. Ou alors ce sentiment doux de procrastination qui aurait permis de résoudre les marches d’escalier entre moi et mon petit walter ego de devoir être. Sais pas. Ca vous semble bête, pas vrai ? J’étais juste en train de rédiger quelques notes pour ce devoir-être imparfait qui me fait défaut. C’est idiot de manquer son existence de si peu, comme le train, vous me suivez ? Si on part de là, Freud et la symbolique des trains vaudrait d’être revue sous d’autres cosmogonies. Voilà que j’ai encore perdu mon idée. Vous voyez, ce serait pourtant pas compliqué vous et moi et un petit jeu de cartes à la terrasse d’une station balnéaire un peu zone, on aurait pu surveiller la voiture de loin et finir le Vermouth le sourire en coin en attendant l'orage. Quelque chose de modeste pour faire passer le temps pour les deux êtres égayés que nous sommes. Du moins je l’espère ! Egayés c’est un peu fort de café, j’en conviens. Drôlatiques irait sûrement mieux, à la va-comme-je-te-pousse, un peu clownesques, farfadets tant qu’on y est. Voilà que j’enrobe encore ma pensée d’adjectifs inutiles. Je sens que vous perdez patience. Ca va, ça va, le coin inférieur gauche de votre lèvre tremble sensiblement, mais pas pour les mêmes raisons que moi. Reconnaissez que c’est effrayant, le mécanique plaqué sur du vivant ; pas du tout drôle, n’en déplaise à. Je pense néanmoins que vous n’être pas plus enclin à la survie dans cette blague futile - nos existences – c’est moi qui souligne malgré vos velléités et dispositions pour un destin plus au fait des convenances. Ne vous croyez pas tout permis.
Elsa O.
18:50 Publié dans - AU CLUB ---> , - Elsa O. | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note