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jeudi, 17 juillet 2008

Anthologie des correspondances névrotiques - Chapitre X


 

Chère Maman,

Je vous écris sûrement pour la première fois selon les termes du contrat. La mer est belle, la solitude est un plaisir qui me convainc tant et plus chaque jour. Parfois je me repais du silence comme s’il était encore plus plaisant que le doux bruit du babil de moi suçotant votre sein. A la bonne heure ! Sont-ce souvenirs bien lointains déjà. Je m’en souviens ou je ne m’en souviens pas, peu importe, il m’est à chaque fois comme un retour dans la lessiveuse matricielle quand j’observe la scène de la mère à l’enfant. Où il est question de machine à laver. D’aucuns et d’autres diront que ça est obscène, j’y vois là peut-être un Seurat de mauvaise facture, couleurs pâles et passées, la mère et l’enfant, dada, dada, hue ! Le nec plus ultra de ce que l’on pourrait appeler la petite, tranquille et fade saveur qui fait le sel de notre existence. Arrêtons-là avec ces souvenirs de couche. A quoi bon mâchonner des images. Je ressasse comme si j’étais sur le pot. Et puis ce style avachi. Quoi d’autre ? Je sors, je rentre, parfois je m’étale un peu de tout mon long morbide et flasque sur le sol pour en sentir la raideur, quelque chose qui n’existerait pas plus, le sol, simple et posé, quatrième étage porte de gauche, un gisant regarde le plafond les yeux débiles et rieurs. Une petite méduse ou un Munch. Epuisette. Que celui qui a inventé les murs repose en paix comme je roule ma tête sur sa bosse de la gauche vers la droite en me demandant pourquoi elle n’est pas plus ronde. Avec l’effet de ressac, ma tête serait comme un bac à sable. Qu’est-ce que ça veut dire marcher sur la tête ? Peut-être finira-t-elle par se polir contre le bois du parquet ; c’est tout ce que je me souhaite en ce jour béni de fascination adolescente du rien.

 

Les journées sont longues, souvent rythmées par des bancs et des rives que je m’imagine histoire de penser au dehors. Je n’ai pas dit qu’il était question de barque, passez-moi vos conneries lacaniennes. Il m’arrive de ne pas très bien comprendre ou tout cela voudrait en venir. Mais ça vient, ça vient, ça tourne. J’ai mis un miroir en face de la fenêtre pour ne plus avoir à pencher la tête vers le modèle original. C’est une sorte de rétroviseur dans ma voiture rocambolesque, parfois je caresse plutôt l’idée que c’est un bateau, beaucoup de transport, locomotive et tête dans le guidon du plaisir de ne pas nous déplacer. Voilà que je double mon énonciation, sûrement suis-si vaste par ces instants que je me croirais multiple. Ca va, la cuistrerie de toutes ces références policées, ça flatte votre ego de professeur à la petite semaine. J’espère que vous comprenez de quoi je veux parler. Le gouffre, ah oui. Pas tellement non : je me félicite de n’avoir jamais eu de période faste en la matière. Il devient tant et plus facile de s’en passer de ce même fait : j’habite des lieux qui en sont dépourvus. Autre chose : il faudrait changer l’ampoule. Oui da, je cherche à vous distraire, tromper l’attente du spectateur en dépit de la faible teneur de ces informations. C’est-à-dire dans quels draps je m’embarrasse. Je me prends pour un seigneur, comme quand on me déguisait en César pour certaines occasions. Drapé tel un Bachir, l’épée à la main, ergo sum animal post nihil nostrum triste. Vous sentez que ça colle aux parois un peu ? La pensée circonvolutoire rend les choses assez compliquées. C’est un peu l’effet de la paraffine sur mes tempes ou quelque chose de cet ordre. Je cherche un détail qui viendrait asserter le caractère informatif et bienveillant de ma lettre qui se doit de renouveler notre amitié. Les dents, c’est ça, les dents. Je mords la vie sûrement en des soirs au couchant : ceci m’est tout droit venu de notre petite âme slave. La bonne blague. Vous allez me faire le coup des datchas et de la petite eau. J’ai quelques doutes quant à l’influence des peuples décadents par transfusion borderline. Sur le mélange des couleurs il y a le sang bleu ou le russe blanc, quoique je préfère m’en tenir à la boisson. Je voudrais tant que vous me pardonniez pour tout ça, mais je sais bien que vous ne pouvez pas. Aimer quelqu’un plus que soi-même. Ca vous rappelle à la raison, pas vrai ? Mes hommages.

 Elsa O. - 2008

dimanche, 13 juillet 2008

Complot, comptines et autres sauts d'été

Tous s'égare et on craint bientôt de ne plus rien y comprendre. S. Royal, la si bien nommée,  se sent traquée par des forces occultes. Oui c'est bien un cambriolage, hich politic cooomplot. A peine croyable, on s'attendrait presque à entendre Raffarin parler anglais ou VGE nous faire une petite leçon de choses. Pendant ce temps là à l'Elysée nul n'est question de complot mais de petit sourdine. Carla et sa came, Carla orpheline d'une tournée qui sans avoir lieu fait pourtant tant parler. Tapie revient à ses milliards (non à ses millions, il faut bien re-commencer par quelques chose).

Tout ça sent bien l'été, tout est ivres, les trente-cinq heures font des bulles avant de se transformer en pure eau plate. Le 12 juillet 2008 est officiellement devenu un souvenir et Bachar aime bien finalement Paris.

On regrettera peut-être Marc ô, Ruquier ou plus consensuellement PPD, mais que voulez-vous tous va trop vite tout passe trop vite... Les manifs n'interressent plus personne !!! Bref c'est le bordel silencieux à la française, une seule question se pose alors : Pastis ou Ricard ?

jeudi, 10 juillet 2008

Anthologie des correspondances névrotiques Chapitre VII

Cher Lucilius,

 

Il semblerait que je n’écrive à personne d’autre ces temps-ci qu’à moi-même. Plus la force de parler ou de rire à vos blagues, mon petit moi intrinsèque qui me dégoûte cette fois et tant d’autres plus que d’habitude. Mécréants sommes nous. J’aurais voulu faire l’éloge de ces quelques fois si doux où nous fumes descendus dans les profondeurs de nos âmes intérieures. Je me traîne ça et là comme un marasme délicat, champagne et vodka, vins succédanés nous égarent tant de fois. Il avait semblé ce soir-là qu’il existât des âmes fortes, esclaves ou mortes. Elle faisait sûrement la poésie plus en parlant tellement elle ne voulait pas l’écrire. Les faiblesses elle savait les écrire le mieux. Des faiblesses qui vous gagnent, des angoisses qui vous mangent comme un suc. On aurait presque vécu avec ce cher Woody parfois, quand on se racontait avec délectation nos délires nocturnes et défenestrés. In that dream, you know, suddenly there was smoke in the washing machine and I felt myself losing my head over and over again like a plastic ball dismantling over and over against broken dishes, I mean, really losing it, you know ?

 

De ces soirs où je ne murmurerai rien à personne. Qu’on me demande de me taire. C’est ma tête qui vous revient pas sûrement c’est ça. On me l’a déjà dit en entretien d’embauche. Bonne frimousse, loin, longue alléchante et fine, c’est ça. Pas d’ennuis, pas de problèmes et surtout jamais de soucis. Les larmes vous font horreur, la vue du tremblement d’une lèvre inférieure vous angoisse plus que si c’était la vôtre. Quelle faiblesse ! Il aurait fallu tuer en l’homme pour qu’il ne soit pas juste tripes et boyaux congruents en décomposition qui pleure chie et se morfond sur son triste sort. Maîtrisez-vous deux minutes. C’est pour la décence. La grandeur de l’homme et de la femme ne vaut que pour sa misère, on s’en souvient trop peu. Il me vient à l’esprit quand je comprends cette désaffection soudaine pour l’empreinte moindre de sentiment que c’est peut-être ça qui nous relie, ça entre vous et moi. Chacun décide de son malheur comme il l’entend, peut-être ils auraient eu le droit de s’asseoir à leur propre fenêtre, boire et fumer, manger si mal et baiser sans envie pour ne pas en dormir par suite. Etre imparfait qui vous soulage en rien, ne pas y être à temps, rater la messe et se disputer avec son analyste. Deux petites minutes. Je me contrôle, c’est par écrit, ça ne salit rien dans votre estime, écoutez-moi encore un peu. Je disais que c’est bien compliqué là ; la propreté et l’indigence ou l’indulgence, bref des histoires de qualités à prendre ou à laisser. Bon, je m’égare. C’est aussi le problème quand on essaie de mettre à l’horizontale une pensée ronde et charnue. J’ai le même ennui avec de délicieuses demoiselles, cela posé. N’y voyez là aucune goujaterie, ce sont encore bien des choses de la vie. Comme une odeur qu’on aurait laissé sortir. Taquin, va.

 

Peut-être je serai resté encore des heures à me bouffir de larmes en attendant l’ascenseur, gênant mais si peu finalement, de vous savoir intraitable. Ou alors ce sentiment doux de procrastination qui aurait permis de résoudre les marches d’escalier entre moi et mon petit walter ego de devoir être. Sais pas. Ca vous semble bête, pas vrai ? J’étais juste en train de rédiger quelques notes pour ce devoir-être imparfait qui me fait défaut. C’est idiot de manquer son existence de si peu, comme le train, vous me suivez ? Si on part de là, Freud et la symbolique des trains vaudrait d’être revue sous d’autres cosmogonies. Voilà que j’ai encore perdu mon idée. Vous voyez, ce serait pourtant pas compliqué vous et moi et un petit jeu de cartes à la terrasse d’une station balnéaire un peu zone, on aurait pu surveiller la voiture de loin et finir le Vermouth le sourire en coin en attendant l'orage. Quelque chose de modeste pour faire passer le temps pour les deux êtres égayés que nous sommes. Du moins je l’espère ! Egayés c’est un peu fort de café, j’en conviens. Drôlatiques irait sûrement mieux, à la va-comme-je-te-pousse, un peu clownesques, farfadets tant qu’on y est. Voilà que j’enrobe encore ma pensée d’adjectifs inutiles. Je sens que vous perdez patience. Ca va, ça va, le coin inférieur gauche de votre lèvre tremble sensiblement, mais pas pour les mêmes raisons que moi. Reconnaissez que c’est effrayant, le mécanique plaqué sur du vivant ; pas du tout drôle, n’en déplaise à. Je pense néanmoins que vous n’être pas plus enclin à la survie dans cette blague futile - nos existences – c’est moi qui souligne malgré vos velléités et dispositions pour un destin plus au fait des convenances. Ne vous croyez pas tout permis.

 

Elsa O.

 

mercredi, 09 juillet 2008

Anthologie des correspondances névrotiques - Chapitre VIII

 For what it’s worth, Buffalo Springfield - mp3  

                                                          

 Lettre à ma Blonde.

A quelques mètres de la californienne so hot et surtout so cliché, pas loin.

Auprès de ma blonde, celle qui s’en souviendra, la blonde diaphane, pulpeuse ou tout simplement celle qui laisserait sourdre un peu de folie, briser la glace entre deux verres, ma blonde que je voudrais encore plus folle, plus esseulée et dépressive, celle qui trempe un prozac en pousse-café dans son whisky en éclatant de son rire insupportable, celle qui aura su faire voler en éclats ce qui restait de la blonde ficelée au cadre, étouffée par sa triste image de baby doll pré-Marilyn post-péroxydée. Ma blonde glaciale effrontée et brûlante suffoque sous le plastique du linceul vicié, la marque de son lipstick deep red souffreteux bave gentiment au contact de la buée just for fun, elle s’étouffe de plaisir                    end of the trip.

C’est aussi ce que j’ai pensé en revoyant ma blonde préférée, plus hitchockienne que californienne, ma blonde à moi s’appelle un flash photographique comme une épreuve surexposée au babyliss, lapsus d’un œil trop lustré d’avoir halluciné le clair obscur de ses attentes lascives, postures et impostures de my classic, dirty and so convenient blonde, petit nez mutin et pommettes blushées strass, so gorgeous                                     end of the strip

Je voudrais qu’elle se souvienne comment elle est arrivée ici, ma blonde épurée, l’allure défaite et dégingandée, les cernes bistres et le rimmel roulé sous les cils, valise à la main, un mégot fumant entre deux doigts, l’allure et fine et détruite, ma blonde chétive et désaxée, un râle en guise de réponse histoire d’enterrer les pin up and down, elle évase sa démarche volontairement pour n’être plus que dans les à peu près, émaciée et gracile , peau translucide et maladive, son vernis comme une tache de sang constellé, elle, dont le rire grave me rend si pauvre et laid et cruel de n’atteindre pas sa grâce de pétasse indomptée.

Il faisait une chaleur à crever quand elle est arrivée, on était tous là, accoudés à la voiture à tenir les murs, on a entendu ses talons noirs qui crissaient sur le bitume brûlant, on était épatés, même qu’elle est passée sans nous voir, dans un moment d’inconscience, goguenard, j’ai lancé « Light my fire Kelly » alors elle s’est retournée, comme ça, juste ses yeux mais merde, j’avais pas l’air malin, comme qui dirait j’en menais pas large, elle m’a jeté un regard ça voulait dire right here right now, un regard comme ça à un chic type comme moi, j’en aurais pleuré.

Diaphane, la blonde, qu’on se le dise et redise, elle voudra qu’on lui rende ce qu’on lui a volé, lunettes noires et vernis rouge, dents blanches et clefs sur le contact, elle me regarde et piaille de sa voix de ripaille, Honey, what the hell are u doing ? et tout pétri et crétin de fierté sous mon chapeau, Ray ban sur le nez, j’ai pensé : I am such a lucky man.

Elsa O. 2006

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