jeudi, 17 avril 2008

Marguerite.

Tandis qu’il écrit sur sa machine la nuit continue son tour du temps. Les gens doivent dormir tranquille. Chez eux. Ils partagent la pluie qui tombe de plus en plus fort. Drôle de temps pour un rendez-vous. Drôle de temps, drôle d’heure. Un rendez-vous lunaire. Quand il n’a pas rendez-vous avec elle, elle occupe son sommeil.
Il tape toujours sur sa machine que la faible lumière de la petite lampe rend informe. En vérité il attend sur sa petite machine informe que les tympans de ses oreilles entendent grésiller la sonnette. La nuit a fini de s’étendre, à présent elle couve pour faire éclore, dans longtemps, le début du jour. La pluie rend plus tangible son impatience de cette sonnette toujours muette, indicible. Il tape de plus en plus fort sur sa machine informe. Pour tromper cette attente qui peut-être ne s’achèvera jamais. A moins qu’elle  ne vienne, a moins qu’il ne décide à l’explosion du jour, que c’est fini. Des pas raisonnent dans la rue, il est une heure dix à présent et les pas ont raisonnés au maximum il y a déjà quelques secondes. Le temps qu’il perçoive ce paroxysme et ils s’éloignent déjà. Sûrement hâtés par la pluie, dégoûtés par la blancheur morbide de la lune toujours voilée par les nuages.


Une petite troupe de jeune gens prend le relais du silence de la pluie. Leur vacarme est remarquable dans son angoisse de ne jamais entendre cette sonnette cette nuit. Si le bruit se fait entendre il oubliera instantanément la torpeur qu’il ressent. Ces hormones n’attendent plus que cette écorchure dans le silence. La troupe a du s’immobiliser en bas de la rue, ils jurent, s’esclaffent. Ils ignorent le drame auditif qui est en train de se produire. Eux se contentent de leurs sons entourés du bruit de l’eau qui rampe sur les toits, comble les ornières du bitume.
Il les imagine plein de parapluies, protégés et spectateurs du déluge qui entoure son drame.
Deux heures et tout s’est tû, c'est-à-dire que plus rien n’est remarquable que son propre silence. Il ne saurait faire un son qui puisse voiler ce bruit tant attendu.
Tandis qu’une troupe fait de nouveau irruption dans la rue il perçoit entre les gouttelettes de pluie un son plus connu que les autres. Elle déflore par son pas le stress de la sonnette.


Il est deux heures trente et la sonnette retentie. Il reste figé un long moment comme anéanti par le bruit strident. Il faut pourtant qu’il marche jusqu’à l’interphone pour ouvrir la porte. Il faut qu’il se lève pour faire monter Hélène, la pluie danse toujours avec la nuit, elle se joue des toits de la ville. Elle rend sonore ces formes plates et courbées. Il a appuyé sur le bouton d’entrée et ne pense plus qu’à Hélène. L’image d’Hélène l’envahie comme si elle était déjà dans la pièce. Le temps qui le sépare ségmenté par ces quatre étages semble se dissoudre. Il rêve toutes les nuits des seins d’Hélène, les seins d’Hélène son rêve, puis son visage continue son rêve.
Hélène rentre doucement et lui est assit sur une chaise. Elle se penche sur lui et l’embrasse rapidement. Il la serre tout aussi doucement, sent son souffle.
A cinq heure Hélène est partie, la pluie dégouline toujours sur les fenêtres des cours, des rues. Elle tape à ses carreaux et Hélène est partie. Comme sa présence était remarquable, essentielle au silence pluvieux de cette nuit. L’été si orageux remplit le ciel d’éclairs. Bientôt le jour éclatera sous la verrière céleste.
Il peut s’endormir sans Hélène, il l'a fait des tas de fois. Tandis qu’il s’endort le jour perce doucement. La pluie s’est retirée discrètement. Il s’endort un sourire béat, Hélène est venue.

M.L

medium_photo_023.jpg

dimanche, 13 mai 2007

Pour que ne meure ce réveil...

medium_08H7CA7U6AV4CA3RJIA9CA4MQG1ACAY2X67DCA6PW40YCAM17KNOCA00G7CVCADK4QLJCAJQ731GCA12SBD3CAL0BVA9CA2IP0L4CACGDMZSCAPL7LMVCAFH28T8CAH7DMUZCANYRWY1CA8LPI2OCA7EOWZS.jpgD’un pas nonchalant et non pas moins  sur, il creusait l’écart. Encore quelque seconde et tu ne le verrait plus. Alors tout deviendrait vert. Tout deviendrait fixe, surtout le lointain. Presque, encore, le soleil qui tombe sur la mer. Dans la chaleur immense, son corps a maintenant disparu à ton regard. La mer continue à se noyer dans ton regard. La course est si mélancolique. Si proche de ce que peut être ta plus infime solitude. Mécanique, un bras puis l’autre, une jambe, puis l’autre. Ton cerveau qui fait le vide au rythme de ces balanciers. Seule tu l’attend maintenant au détour de ce virage où l’horizon semble plus grand. Personne, rien d’autre que toi, comme déserté par tout ce qui n’est pas la terre ici et maintenant. Le soleil plonge de plus en plus. Magnifique dans sa prochaine disparition. Ces dans ces moments que viennent, furtives, les idées les plus envahissantes. Comment ne pas s’imaginer que là, tu es peut-être la dernière personne vivante sur terre.

C’est bien au détour de ces pensées que tu croises toutes tes solitudes. Puis il y a cette montre, qui t’indique maintenant deux kilomètres et demi. Le tour de cette petite colline qui va te priver pour quelque seconde de la mer protectrice. Elle semble t’empêcher de sombrer dans des pensées trop mélancoliques.

Le corps, le corps premier, tu n’y pense même plus, il a arithmétiquement disparu.  Juste une ballade de solitude. La chaleur ne semble pas s’atténuer avec le coucher du soleil. Ton esprit s’égard en dehors de ton action. Comme si tu ne courrais pas, comme si tu mourais, comme si ce moment était le plus particulier de toute ton existence. Vide de l’effort du sportif dirait l’ami sportif. Rencontre particulière avec soi même pour le non-initié, c’est presque terrifiant, peut-être dangereux. Comme de se découvrir en écrivant des lignes. Qu’il serait bon de se laisser mourir par l’apparition d’un promeneur. Qu’il serait moins excitant mais tellement rassurant de s’arrêter de courir.

Tu sais déjà le spleen qui naît jusqu’à quelques minutes après l’arrêt. Jusqu’à ce que tu découvres que dans ces courses tu savais voir, conclure et agir.

Je crois que je peux dire que c’est bien ce jour là. Ce jour où tu croyais avoir été un peu plus dans la chute de n’être plus qu’une ombre à moi-même que tu as découvert que ce que tu voulais tu le pouvais. A vrai dire il est bien ironique de penser que je t’y est conduite. Parce que je m’étais arrêté croyant reconnaître les voiles sur la mer d’une lointaine connaissance tu as dû revenir d’un coup dans ta réalité.

Tu t’es mise à la course depuis ce jour. Et après aujourd’hui j’aurais juste voulu savoir si tu allais continuer. Les suppliques sont finalement des aspirations simples.

Dès le lendemain, la colline n’était  plus la même. La maison non plus, ni rien du tout. Mon univers devint rétrécit, presque vide. L’abus de nous même n’existe pas. Notre amour n’existe pas.

 

Ensuite il a fallu que tu nous devines, il a fallu que tu voies que tu n’existais pas. Au moins que tu ne t’existais plus. Tu avais oublié, tu t’étais oublié. En soit, et jusqu’à ce que cela te fasse vraiment souffrir. Peux-tu me dire que j’étais dans la violence. As-tu jamais existé ?

 

 

Et puis...

 

 

Et si j'avais été poète, j'aurais écris "et il y a eu la mer". Mais le passé ne valait plus rien, tu n'allais plus t'arrêter de courrir. A la longue, tu t'en étais épuisé de m'aimer bêtement. Tu avais préféré mieux regarder, au moins tu n'avais pas peur du vide. Tu devais m'appeller la falaise, le gouffre, peut-être.

C'est bien à cette époque que tu as commencé à te moquer de moi. Ouvertement, directement. Comme une grande en somme.

 

Tu avais dû courrir, encore. Pour le faire toujours à mes yeux. Tu es devenue insolente en même temps que toujours plus belle. Invivable autant que plus désirable. Tu n'étais plus que superlatif et superlatif à répétition. Tu t'étires encore, jamais moins que ce que l'on peut voir. Comme quand je te regardes, désespérante, autour de la colline.

 

ml 

 

à suivre ...

 

lundi, 12 mars 2007

La lune n'a rien dit

medium_ges.jpgUne année en hiver il devait être huit heures à la fin du jour, de l’autre côté du lac.
D’où vient le jour, je ne sais. A force du blanc des nuits à chercher la hauteur des girafes, ils se sont retrouvés nus sur le toit du monde. Assister à la logique du double aveu : son éthique des amoureux équivaut à sa logique des cerises. Lui, ne pourra répondre que par une esquisse, que la loi des amoureux aboutit invariablement à la nécessité des corps. Elle comprendra « la nuit sans mon corps, je rêve de moi, florence et les sept mains ».
Plus loin : « et s’il nous était donné la nuit du triangle quand bien même, ne dites plus qu’il vous aime ».
Encore, elle se raccroche, un jour sans toi, ce jour du manège, je serai dénudée, tu seras mon prétexte amoureux. Encore revient dans ses songes le prix du jour, celui qui sonnerait le dernier verre, au bout du lac. Là où tu disais : il en est de la politesse de l’infidèle comme de l’éthique des amoureux : un jour sera le jour du silence.
A nos corps amoureux, tout redevient opaque, un jour sans toi, une vie sans toi, principes de tout amant. « Et tu verras le lac », sûr que tu ne le verras plus. Les lacs sont toujours trop courts, comme de l’ironie du singe, il faudrait s’en méfier. N’oublie que ton désir, je t’avais prévenue : la lune n’a rien dit.
Florence C.T

samedi, 28 octobre 2006

Ne dites pas enterrement

medium_tul.jpgMarche au soleil. Pas de mots prononcés. Juste des épines, murmures incompréhensibles. En somme, réflexions sur mon lit qui se noient en sanglots blancs. Peine. Et pour le lendemain penser à ce que l'on veut dire. Peut dire. Blanc, encore. Petite vie, passée en vitesse. Envie de pluie qui tombera ce jour là.

Alors il faudra plutôt que de la fulgurante peine, de la fierté d'avoir aimé.

Je t'en éclaterais de la pudeur. J'irais à voir plus loin que nos visages peinés. Je grandirais encore de toutes ces larmes. Pour les avoirs ces couteaux de peines. Un discours, mais ne vais-je pas voler ces moments de tristesse. Ou bien se sera juste moi. Mes travers que tu aimais aussi, je crois. Juste moi qui aime à montrer ce que je ressens. Il y aura trop de verve. Mais ce sera moi. Il y aura trop d'ego encore. Mais ce sera moi, là encore.

J'ai envie de dire. Tu nous quittes dans ton éclatante liberté. Tu restes le rouge et le piquant à la fois. J'ai aussi envie de m'interdire, de fermer ma gueule. Prémonitoires leçons du passé. Une main moite sur les touches grasses du clavier. Petitesse du requiem le coeur gros comme quoi?!

Enfin, car il en faut toujours une comme aujourd'hui, une volonté de dire des choses simplement. Chercher le "triste tropique", l’insoutenable légèreté du fait que même ce jour là est un jour de vingt quatre heures comme les autres. Que la terre tourne toujours. Petit recueil de ce que l'on va pouvoir me consoler.

Tu rêves toujours, oublie sûrement ce que je n’ai pu te dire. Aussi, quand j’imagine le silence du vent après que les « gens » soient parti, je file un grand sourire. Ma vie est repassée en avant puis en arrière.

Avant de tomber un peu dans l’abîme plus bas, il faut que j’écrive, on est que des vies du lendemain.

ml

vendredi, 27 octobre 2006

Des clameurs andalouses - L'échappée belle 4

medium_di53.2.jpgAu détour des rues nous marchons sur le côté, tu portes encore cette fichue robe impossible et rouge, bien sûr, toujours de circonstance la maudite inconstante, ton rire perle doucement cette fois, comme pour mentir le paisible du soir. Au loin vers le vieux village on entend pourtant percer quelques bruits festifs.

Ce matin nous avons marché longtemps, tu avais les cernes bistres et longs, prolongés sur tes joues, tu avais pleuré, tu ne savais plus, tu demandais encore, incessamment comme une longue complainte, comment pourquoi, qu’est-ce que nous sommes venues chercher, tu disais d’une voix qui tressaille mais enfin je ne comprends pas ce qui nous fait arriver ici, dans le silence, tout est si solennel, tout me rattrape et tu ne sais plus me faire fuir. J’ai pris ta main et nous avons couru vite, il fallait épuiser cette tristesse, celle qui s’arrêtait devait mourir pour l’autre aussi j’ai couru longtemps et tu vacillais derrière moi, je sentais ton souffle coupé mais aussi ta main serrée comme du défi. Enfin nous sommes arrivées dans la ville, il faisait une chaleur qui étouffe, tes yeux se plissaient sous les éclats de la route blanchie par le soleil insupportable, la terre battue se collait à nos jambes humides de sueur d’avoir couru jusqu’ici. Enfin, la petite boutique ; tu n’y crois plus qu’il y ait des gens ici, tu penses que c’est un village fantôme que tout est mort, que j’ai voulu trouver une Atlantide qui te fasse sentir ta seule présence comme un rêve, la petite boutique c’est une vieille femme dedans, tu essayes des chaussures de flamenco, la saveur première revient enfin, je suis apaisée et lasse de tes humeurs indociles, tu t’es jetée comme une gamine assoiffée par terre, tu as essayé des chaussures, des tas, des rouges et noires surtout au milieu du magasin, à même le sol poussiéreux, tu passais frénétiquement les boucles, tu faisais claquer par terre que ça fasse bien du bruit, que ça claque bien comme les danseuses, comme nous, tu disais. Je souriais un peu, nous sommes sorties avec ta robe rouge impossible et nos chaussures comme des imposteurs de fortune, adios senorita, tu marchais sur les trottoirs pour que ça claque bien fort, inlassablement tu faisais le bruit les chaussures encore, pour entendre l’écho. Le soir alors la gaîté revenue tu espérais que nous allions vers les lumières du vieux village dont on entendait sourdre la rumeur au fond, tu marchais vite, devant moi, tu trépignais d’impatience, bien sûr tu avais mal aux pieds d’avoir tant sauté, tu avais une faim de loup tu disais, une faim d’andalouse, une soif des hommes qu’il y avait là-haut, la robe rouge impossible ce n’était pas pour eux, bien sûr, c’était pour leur rire à la face leurs regards étranglés du désir sale et vil, sur la route encore tu te retournais vers ta complice, on claquait des mains ! hombre ! je ne pouvais que céder à toi, à tes regards de langueur facétieuse, tes œillades volées . Nous avons bu beaucoup là-haut dans le vieux village, je t’ai perdue dans les rues, tu courais en criant mon nom, parfois tu m’appelais Carmelita pour qu’on y soit encore un peu plus, tu passais dans les bras des uns, des autres sans jamais t’arrêter, l’alcool me rendait mélancolique et j’essayais de te suivre dans ta course folle, les yeux brillaient de plaisir innocent, tout souffrait encore maladivement l’été au plus haut, tu finis par te lasser de toutes ces mains prêtes à te saisir, c’était délicieux pourtant, ici et là des étreintes esquivées pour finir sur la route élancée à la mer je courais devant toi cette fois, sans nos chaussures dans la nuit. Nous avons dormi sur le bord, un instant nous sommes tombées d’épuisement, tu dormais dans mes bras, je grelottais un peu malgré ta frêle chaleur, je priais en moi-même pour que la pluie ne vint pas, pour que rien ne nous rattrape, personne ici, dérobée à ton ombre, à tes silences de quand nous étions encore dans le sale de l’habitude, ma petite précieuse convalescente, tu dormais enfin du sommeil du Juste après avoir exulté, vomi le monde qui t’avait trahi là-bas, tu avais craché tout dans la ville andalouse, la ville andalouse, juste au dessus de nous, de laquelle nous parvenaient encore le songe d’une berceuse, le long sanglot de la musique, presque le silence retrouvé après le vacarme des souliers claqués de part et d’autre qui faisaient comme fumée autour de nous, ta tignasse poussiéreuse, demain, à la mer.

Elsa O. 2005

 

 

 

jeudi, 26 octobre 2006

Tentative onirique

medium_noir-blanc-vos-ode-salon-865338.3.jpg

 

 

 

 à F.C-T.

Florence Florence toujours Florence encore jamais toujours toi moi Florence une ronde endiablée quelque chose vient de se rompre je te rejoins je te perds encore je crois un tourbillon bizarre et déchiré qui me tient je ne sais plus j’ai couru puis je me suis endormie un soupçon m’a perdu au dessus du vide j’ai perdu les jours que j’avais dans la main je les tenais bien enserrés dans ma main et pourtant ils sont tombés c’est bête tout de même des jours qu’on avait précieusement mis de côté qui tombent par terre comme ça stupidement ils se brisent sur le carreau je passe le balai et tu ne m’attends pas-tu prends le premier train vers la gare ou plutôt le premier avion vers l’aéroport c’est plus absurde encore tu es toujours aussi longue toujours aussi volée et volage tu es toujours aussi dérobée comme à la folle allure rien ne traîne rien ne se suspend rien ne pèse rien ne se suspend je regarde une boîte de haricots verts devant une église quelle idée saugrenue le blasphème-liberté on partira un matin pour le soir on partira une semaine pour un mois Florence et moi eh regardez-nous sur le dos d’un plat on jouera les fugitives je porterai des clefs pour ouvrir les portes et elle portera autre chose Florence elle porte peut-être notre passé sur son dos ça fait déjà beaucoup ça fait déjà beaucoup sur un seul dos ou alors elle portera des projets comme un grand diable elle se faufilera dans le train je ferai diversion parce que je suis très distraite très sotte aussi alors je ferai diversion vers le tabac de la gare j’achèterai peut-être des réglisses ou ce genre d’article qu’on n’achète jamais, ou non ce serai trop suspect je veux dire Florence elle pensera que je veux qu’on échoue alors que c’est faux on m’a envoyé ici pour fuir, j’ai été volontaire pour fuir tout de suite fuir avec tout ça qui nous emporte loin après il faudra que je saute vers un autre train pour rattraper Florence parce qu’elle n’aura pas perdu son temps elle aura probablement trouvé des complices de la fuite dans le fichu train qui ne m’a pas attendu moi je serai sur le train comme une perdue comme un voyageur qui ne voulait pas vraiment partir ou qu’on n’a pas attendu je ne sais pas peut-être Florence elle aura pris soin de moi Florence elle prend toujours soin de ses affaires et je suis une bonne affaire, tout de même, à la petite semaine.

Elsa O. 2005

 

samedi, 21 octobre 2006

Anthologie des correspondances névrotiques - Chapitre III

medium_femme.jpg

Ou une lettre d'adieu pathétique 

 

 Il est des poésies d’un temps nouveau qu’on ne saurait oublier. Il est de ces rêves qui vous suivent à la trace, comme happé par le remords, dans l’impasse d’être réalisé. Mon petit rêve si cher à moi, une meurtrissure le long d’un fossé, souvent tu me reviens. De même, il est poésie rêvée au creux de ta peau affleurée, un souffle, quelque chose ne tient plus en moi. Dans la nuit vous m’emportez encore: je vous rêve c’est idiot à défaut de ne pouvoir plus vous saisir, évanescente, jamais atteinte, toujours dans la pause. Ailleurs cette fois il pleut je cours murmurant vos initiales. Des belles-de-jour relèvent les jardins pareils à certains de vos mots, elles jaillissent dans l’instant, c’est encore votre peau que je sens ici mieux: je voudrais la deviner. Plus tard, ailleurs sourdent les effluves d’un autre temps, souvent je pense à vous qui m’oubliez, je me souviens que vous m’oubliez, je me souviens que vous n’avez jamais su, ce que vous n’avez jamais su voir, voulu entendre. Je pense plus vite vous m’oublierez, plus longtemps je me souviendrai de vos mains blanches.

 

L’été à la lueur des phalènes, elle est toujours la même. Belle-de-nuit luminescente, quand bien même cliché éculé, souvent brune, insaisissable bien sûr, perspective fuyante toujours. Au début je m’attarde sur son regard, je creuse le contour de ses seins à peine dessinés sous sa robe, ses reins. Elle a la beauté blanche des anorexiques, ses formes graciles se devinent comme naissantes et mourrantes à la fois, ses os tracent des lignes droites et rigides qui voudraient se briser. Elle disparaît ensuite au détour d’un angle, au bord de la rupture où sa longueur s’étend, et je finis par ne faire que la chercher au détour des autres. Ils deviennent scandales de n’être pas elle, quand bientôt elle réapparaît, déjà elle sent mon regard qui la possède, à chaque fois comme la première fois, je lui parle de vodka-cerise et de Martini-olive, tout prétexte banal a sa grande cause. Elle finit par se départir d’un grand rire à faire pâlir mon cynisme de grand échalas, alors que je commence par croquer délicieusement sa gorge délicate du bout des lèvres, j’oublie de dire comment, combien, à quel point ses lèvres pomme-cannelle, je dis excusez-moi follement elle dit embrassez-moi du peu, la sentir trembler sous mes mains, tout va plus vite, je sais la réinventer tout en priant qu’elle ne sache pas qui je suis, elle ne veut pas savoir mes antécédents de jeune mécréant en chasse comme je ne veux pas connaître la marque de son pull ni l’odeur de son appartement, qu’elle se tienne là, céleste et violente. Il y a quelque chose de trouble, quelque chose de trop, un homme nous effleure tandis qu’elle voudrait nous cacher, enfin madame, le connaissez-vous ? Elle rit de mes formules obséquieuses, elle ne sait pas répondre, pourquoi revenir à de si basses considérations, elle concède qu’ils sont venus ensemble à demi-mot bien sûr le regard craintif encore plus délicieuse elle ne pourrait pas, à croire qu’elle sait y faire pour jouer le naturel virginal, être celle qu’on embrasse sur les yeux. Oisif et brutal, je me suis saisis d’elle comme on commet un casse.

 

Plus tard, d’autres matins, d’autres soirs, elle est là, elle ne porte plus sa robe blanche, elle a échappé ses deux yeux rapaces et rieurs loin de moi, elle s’est affadie, quelque chose s’est tu ; le silence contre tout ce qui pourrait l’atteindre. Elle dit qu’elle ne se souvient pas, qu’elle a oublié comment, combien à quel point, tout ça, elle a oublié. Je ne cherche plus à convaincre, convalescent, peut-être, con, certainement, je voudrais une dernière fois me confondre au devant d’elle, à travers elle, tout en dedans, nu, pour qu’elle me comprenne, mon cœur familier, ingrate, t’en souviens-tu ?

 

Elle a écouté patiemment puis je crois qu’elle a dit la vie est trop courte pour certains qui savent la saisir. Elle a dit ça en déchirant l’emballage du sucre, avant de faire prestement ses bagages cers celui qui l’avait porté à moi, elle a dit encore, une dernière fois, la vie est trop courte pour ces considérations-là. Je t’appelle, prends soin des enfants et puis c’est tout.

 

A toujours vouloir partir l’on s’épuise. De vous à moi vous avez mis quelques milliers de kilomètres, des correspondances, matérialisons la distance. Parfois bouffi de larmes je finis par sourire, je vous porte en moi, c’est comme cela, pas autrement. Que vous soyez ailleurs, certes, je ne pourrai m’en défendre. Que vous ne soyez plus, passons cela encore, vous serez à travers moi ce que vous m’avez laissé malgré vous, à votre corps défendant, vos miettes de reniement vivace, une trace. Encore vous réapparaissez, furtivement, vous m’épuisez encore de vos simples mots, vous tentez de plaire, soit. La fierté est sûrement le seul de nos chemins, tendre et leste, droit bien sûr parce que comme il se doit d’être, évident, nous n’irons pas jusque là, là où nous sommes jetés.

 

E O. 2004

vendredi, 20 octobre 2006

Anthologie des correspondances névrotiques - Chapitre II

medium_paris.3.jpg 

Il me tarde l’exil. 22h16 à l’horodateur. Merde. Vite. A droite, à gauche, coup d’œil furtif, toujours plus ou moins la même histoire, le même cliquetis singulier dans ma poche qui trahit ma fuite nocturne. Je suis poursuivi par mon ombre, une poursuite qui jamais ne finira, je me poursuis ou plutôt une pulsion en moi me fait chercher plus loin encore, je suis toujours devant de moi. Talonné de près, je remonte le boulevard, je tombe sur toi qui rentres, je reviens sur mes pas 22h18. Il est encore temps, il est toujours temps, temps d’attendre à trop tard. Je recroise toi. Tu fais semblant de ne pas me voir cette fois, c’est beaucoup moins facile la deuxième fois, beaucoup moins la surprise, beaucoup moins naturelle et dupe, beaucoup moins hasardeux surtout, ça veut dire on erre pareil ici. Ça veut dire tu m’as menti aussi, tu ne rentres pas chez toi, en fait. Un certain goût pour l’échec me fait prendre la rue suivante pour te croiser encore. Je serai de face, bien face à toi seul et milieu, tu seras mon obligée, forcée de lever la tête. Une sorte de terrorisme psychologique. Je me sens sexuel, très sexuel, je te domine d’une tête. Tu t’arrêtes. Tu murmures Décidemment, puis tu cherches un détail à fixer, comment se heurter à l’objet. Tu vas dire encore quelque chose comme une excuse, je ne voulais pas rentrer tout de suite. Tu attends enfin, vile et lascive, hideuse presque, tellement romancée de toi-même. Que je te plaque contre le mur, que je t’embrasse infiniment et surtout avec fougue, oui surtout, tu attends ça. Ca m’amuse terriblement. Comme une ronde douce et débile, je suis concentrique, je me resserre autour de toi, je suis la circonvolution stupide prête à saisir, presque carnassier, le plaisir de la chair offerte et en souffrance de trop peu, de pas assez. Les bras devant, le chef fièrement dressé, fat, droit dans mes bottes. Finalement tu ne dis plus rien et tu vas pour murmurer encore. Je te torture de silence. Attends encore un peu. Attends que tu sois au bord de m’écoeurer, j’attends tant qu’il est possible, un peu plus de mépris jaillira de moi, ma première convulsion exhortée et déglutie pour toi, un baiser impulsif, guerrier. Tu résistes bien sûr, tu feins de résister toujours à ce petit jeu insidieux, insolent, odieux, à bout, toujours à bout de forces tu es dans mes bras, pour que je sois ton protecteur et celui qui t’emporte malgré toi, tu attends encore de céder pour la faiblesse incarnée sentir. Je te plaque contre le mur, c’est une surprise évidemment, tu murmures exultant encore comme pour toi-même. Non, non, pas encore. C’est là, dans la rue, c’est trop pour toi, petite, ce sont mes mains qui se faufilent, par souci de décence dans la folie je te porte jusqu’à l’appartement, tu es comme évanouie, mon contact t’épuise simplement. Là, je me saisis de toi, tu pleures, prostrée comme à chaque fois, je suis comme un voleur, comme un violeur, tu es violemment absente, là, allez va petite, au repos.

2004

Eternal vertigo - si échappée soit-elle.

medium_aix_elsa3_016.jpg

Ce serait déjà toi qu’il faudrait partir. On se presse, vite, il faut encore partir avant que tout soit enfin comme on l’aurait désiré, il faudrait encore attendre que cela redevienne comme on l’avait voulu, le bonheur ne dure jamais, il ne s’atteint pas, il faut quelque temps à l’esprit pour comprendre où il est. La volonté est maîtresse.

Tu n’as pas grandi, pas tellement, tu es toujours là, encore dans l’attente, comme moi, j’ouvre la porte et voici la sale et si sournoise - comme la vie est quotidienne- je la referme pour retrouver enfin le silence de l’appartement qui est selon moi la plus belle chose qui nous résume, voici que je deviens matérialiste enfin, tu n’en attendais pas moins sûrement, car il en faut des jeux et des déguisements, de l’outrage surtout pour croire à tant de folie. La question est toujours de savoir si je ressemble à un voyageur, la question est toujours de ressembler au flash que je me fais de la situation, on disait qu’on mettait nos habits du dimanche, on disait qu’on mettait nos gants blancs de communiantes, on protestait un peu parce que ça n’est pas vraiment nous, communier religieusement, c’est plutôt le silence qui communie pour nous, il s’en est suffit d’une journée, il faisait frais, certes, mais il fallait tout de même ressembler à ça, les marcheuses, comme si y était, parce qu’on y est toujours deux fois plus avec toi, ma planque et la tienne, ce serait presque honteux de la révéler, ils voudraient tous être là à déguster tes yeux et me couvrir d’envie et de compassion, ils phantasment une propriété ou des droits que j’aurais sur notre personne, comme si nous étions un concept, je suis là, tu es devant, on marche et dieu que c’est encore loin, c’est tout ce vent qui va nous épuiser à la fin, parce que tu es dure à la peine et moi je voudrais y être plus encore.

Je hais la photographie.

On y revient encore. Le même train, la même saleté, le rêve encore plein les yeux et c’est déjà le retour, je te suis parce que je ne sais pas où aller, alors je prends mes bagages de suiveuse et ma solitude dans la poche, les yeux crevés de certitude de ce qui nous attend, est-ce qu’on saura se noyer là bas pour n’être plus que nous-mêmes, ma petite utopie atemporelle.

A penser le départ je voudrais qu’il soit là pour te démontrer enfin qu’il existe si peu, regarde-nous, nos carcasses, nos ventres décharnés qui retournent au pays, là où il faudra savoir partir plus parce que la ville ne sait plus tourner, il faudra que tu tournes à sa place, encore une fois, il ne faudra pas vieillir trop vite, savoir se tenir fort les mains jusqu’à ce que tout passe.

On dirait le paradis atteint, c’est calme et clair comme un appartement peut-être avec une terrasse sinistre qui annonce la rupture, tu parlais et je regardais la mer qui allait avec moi, tu parlais encore après c’était la fixité frustrante de regarder la mer du dedans qui explose jusque dans moi, c’était aussi laisser partir mes yeux à l’intérieur, c’était aussi l’heure de la résignation, comme après le travail lancinant du soleil sur la peau, il faudra qu’on en finisse avec la mer, la mienne, la tristesse qu’on emmenait au loin, au aurait su mentir pour rester encore, un jour il faudra partir de toi, c’est comme une adolescence qui recommence, il y a toi et la vacance éternelle posément envolée, la mer qui résiste, qui laisse sourdre une certitude enfin, la mer, parfois, j’ai l’impression qu’elle respire à ma place.

Elsa O.

mercredi, 26 juillet 2006

Idéal Rodéo cherche good business

medium_IMG_0437.jpgCa n'arrive jamais que quelqu'un vienne expliquer à votre voisin qu'un réveil ne s'active pas quand on part en vacances, que le monsieur qui nettoie la rue n'est pas missionné pour le gravillonnage de votre voiture. Je n'ai plus qu'à chanter dans ma voiture crasseuse "je ne suis pas un héros", ou encore le plus contemporain "qui se soucie de moi".

Je chante sans me douter que dans quelques minutes je pourrais ponctuer ma petite litanie d'un très veillard "et si c'était que ça". J'aurais pû crever un pneu, tuer un passant, me foutre en l'air. Non. Le destin avait choisi ce jour là un sort plus funeste. L'éclaboussure de merde sur ma veste, juste avant la réunion. Déjà dix minutes de retard avant impact. Choix crucial, arrivée sans veste. Pourquoi avoir choisi ce tee-shirt mickey...

 

medium_images.6.jpgJe pose discrètement la veste dans les toilettes du hall, en réalité je la cache sous l'évier. Pour une fois le gardien à l'entrée avait le sourire. Le tee-shirt. Mauvais ou bon présage? Je dois maintenant, avec un quart d'heure de retard, rejoindre la salle de réunion au cinquième étage. Je sens bien que ma tenue me pousse un peu à l'euphorie. Il me faudrait un costume sombre, oui une bonne gabardine foncée. Plus que quelques pas jusqu'à la salle. La porte est fermée. Je retrouve le sentiment d'angoisse perdue d'arrivée en retard aux cours du collège. Ici la porte est solide, impossible de savoir ce qui se dit à côté. Pas de sonnette, je dois faire une entrée impromptue, pour le tee-shirt, aucune solution. Je vais ouvrir franchement la porte...

 

medium_CA3TPD0L.jpgNe dites jamais à quelqu'un que tout le monde vous emmerde. Vous vous sentirez bien vite, et bien logiquement seul. Comme moi devant cette porte. C'est con mais les secondes durent une éternité, je vois ma vie défiler. Peut-être suis-je en train de mourir devant cette porte. Trouvera t-on un jour ma veste? Quelqu'un arrivera t-il à démêler le fil. Il a taché sa veste, il l'a laissé là. Puis. Puis quoi. Je me remémore ce qui fait de ma vie une chose particulièrement singulière. Je suis à moi tout seul une terrible machination. Il faut dire que je me sens particulièrement mal. La porte est toujours close et le silence toujours pesant. Le couloir est plutôt illuminé et peu étroit. Je m'assois sur une chaise, postée à gauche de la porte. Je suis au bord de quelque chose à la vue de cette poignée. Le temps fait oeuvre paresseuse. Ou c'est moi qui contemple ma vie avec une extraordinaire rapidité. Je ne suis pas qu'un cadre en retard habillé comme pour un congrès des tops managers de chez Google. L'euphorie burlesque me cloue sur la chaise sur laquelle je me plonge en moi même. Ma vie ne se résume plus au fond qu'à une semaine. Mardi dernier...

 

J'avais posé mes mains sur les petites colline rondes. Il est sept heures trente, peut-être quarante. Tu dors légèrement.  

 

à suivre...

ml

 

Toutes les notes