samedi, 20 juin 2009

Il te regarde

Picture 14.jpgIl te regarde, pas très sûr,
De la glace coule sur son corps,
Où devant tes yeux qui voient son corps,
Sous le voile, magique,
Tu devines ce qu’il dirait s’il te voyait.

Déjà, il regarde ailleurs.
Déjà il ne t’a pas vu, encore,
Il doit être sûr que tu n’existes pas,
Un jour il écrira que tu n’existes pas,
Il mettra en bas de la page qu’il faudrait t’inventer.

Il s’imagine des choses à mille lieux,
Il ne peut pas mieux t’ignorer,
Déjà, la défaite, apprivoisée, murmure,
Tu ne peux plus regarder ce soleil,
Même ces mains, quand tu le regarde de biais te font du mal,
Ces mains te battent jusqu’aux larmes invisibles.

Tu es invisible, et c’est ton drame,
C’est peut-être ton seul lien à lui,
Il consent à tes silences,
Il s’approche maintenant doucement de la table,
Il est au comble de ce qui pourrait briser ton silence,
Et c’est toujours trop court, il passe,
Demain, encore, à seize heures,
Tu viendras peut-être.

Il est toujours trop loin,
Il est toujours trop court,
Il sourit toujours,
Il s’échappe pour le demain,
C’est ta définition de l’amour,
Il, toujours dommage, encore,
Il, comme un port, toi, un bateau.

ML

vendredi, 12 mai 2006

L'ordre de l'alphabet

L’ordre de l’alphabet.

 

Je suis toujours surpris par votre présence indicible, par l’étrange et le paisible.

Rien ne dit plus que vous au moment de dire. Rien.

Parfois, simple mime, je deviens une virgule, je croise le peu que j’imagine.

Tout s’attaque autour, tout retrouve le vous de votre vertu symbolique.

Petite limite au registre insignifiant.

Si seulement vous saviez quand les multiples retours apparaissent,

Quand je ressens le moment d’être celui qui suit le sens.

Vous abreuvez tant et sans autre visage que l’intimité.

Pour aller où, pour surmonter qui ma très chère minuterie ?

La simplicité parle peu finalement, vite dit et labouré de lèvres.

Je me dresse devant vous sans comprendre la chaleur empressée.

Je ne cherche qu’un peu de votre intérieur effarant, de votre enveloppe finalement.

Pour en savoir un peu plus, il m’arrive de penser en suivant les lignes,

Sans plus, au cas où, pour voir, juste pour voir. Rien de plus.

D’autres fois, il me semble que vos suintements s’amenuisent,

Que vous glissez moins bien le long de votre virulent décor,

Que votre lenteur sereine s’ennuie et que vous tremblez.

Ne riez pas, vous tremblez parfois,

D’un tremblement éteint et lasse, minutieux. Puis plus rien.

Mais vous tremblez encore.

Alors, en peu de choses, je me décime à vos cotés,

D’un geste futile, insolent, je tends vers vous, vers vos versets impudiques.

Un peu apparaît alors, aucune symétrie dans les restes,

Tout s’entasse, sinueux dans mes doigts effarés,

Le lisse s’étouffe de transparence et je suis au devant de vous,

Pour devenir un mot, celui que j’écris puisque vous êtes.

JB

samedi, 12 novembre 2005

Vie

medium_dscn1092.jpg

En revenant de là-bas, je suis fatigué, épuisé de m’être autant éloigné de moi.

Sans comprendre je m’assoie, tout près, juste à coté de là où j’avais été.

Alors je te parle, avec des mots courts, quelques lettres, à peine.

Je veux te dire ce que j’ai vu, sans que tu puisses l’imaginer.

Te décrire le peu, l’invisible mouvement que j’ai suivi, envahissant et proche.

Franchir le chiant de la vie, le pénible et le précoce, la limite invivable.

Que tu comprennes qu’il faut, sans attendre, se blesser au matin.

Se couper un peu plus, couler un peu plus, sentir un peu plus. 

Survenir de là où seul un cri émeut et s’affaiblir pour craindre.  

Puis je continue, j’ajoute quelques détails évasifs, quelques signes évadés.

Puis j’arrête, je cesse de parler, soulagé d’avoir à peine murmuré.

En moi je crie, tout au fond, loin dans mon ventre, loin derrière la peau.

Tu ne bouges pas, rien d’autre qu’un peu d’air qui rentre et qui sort.

Avaler cet air, avaler ton air, le garder un peu, le respirer et cracher.

Ne rien dire puisque je ne sais pas, ne rien disperser de plus, recracher.

Avancer un doigt, revenu lui aussi du bout de mon bras, le poser, appuyer.

Tu ne cesses pas, je propulse encore des mots, je précise à peine.

Figée d’un sourire, tu attends ma mélodie mélancolique et cyclique.

Rien ne t’amuse plus que ces minutes, lasses et indécentes où je suis.

Retour de là-bas à la lumière rampante, sous l’amicale éclairage de ton visage.  

Quelques mots viennent encore pour te vibrer d’images imprégnées.

Alors j’investis l’obligatoire silence, celui qui restera le moment d’après.

Puis tu parles, d’un trait, et dans le bruit de tes mots je reçois.

Tu continues encore, d’autres phrases se délassent, je présume.

Je t’écoute, je t’écoute et je m’essouffle, je t’écoute et je m’endors.

J.B.

medium_dscn1090.jpgRien que pour ça, s’écraser là, manger la méthode et lier le lent, s’épanouir et se blesser, s’envahir et casser, mettre le mot debout, se soumettre, commettre le geste et la phrase indigeste, ridicule ouverture de quelques impasses, se laisser passer et négliger l’abcès, ne rien opposer et s’infiltrer, sans influence, dans le brut et le sens, tout peser de silence au bout de la pensée, miniature de vie à l’allure de l’oubli, limite de l’évidence et présence impliquée, sans déposer la peau ni l’intimité, sans reproduire le faux et l’impunité, ne rien dépasser de l’après, n’apaiser que l’enjoué, ni le mieux, ni le peu, rien d’autre que respirer.

Julien Brousse

Tu

Tu ouvriras ta main,

Tu seras le mot,medium_photo_174.jpg

Tu donneras un lien,

Tu baiseras ma peau,

Tu ouvriras les yeux,

Tu poseras ton air,

Tu suivras le creux,

Tu t’étendras vers,

Tu souffleras le sel,

Tu verras l’espèce,

Tu toucheras celle,

Tu seras sans cesse,

Tu t’apaiseras là,

Tu écriras le vide,

Tu diras pourquoi,

Tu concéderas une ride.

 

Julien Brousse

Maintenant

medium_photo_033.jpgJe mange parce qu’il le faut, j’aime quand j’y pense, je vis puisque je suis né et je m’assois souvent le cul sur le sol, plus près d’en dessous, pour attendre un peu, voir le peu qui apparaît et m’absorbe.

Je regarde et je palpe l’hostilité ambiante et vivace. Je conçois si peu, dans le méticuleux réveil, dans la longueur, dans le jour épais. Je regrette par habitude, je ris du bruit et du son sinueux des mots, des touches impartiales, du message invariable et fini.

Assis près du bas je ne tombe pas et je regarde en accompagnant les départs. Je perçois sans plus les rires de ceux qui s’appuient, qui s’endorment en douceur, en laissant partir un peu, en laissant la symbolique pleurer dans son coin.

Alors je suis bien puisqu’il convient de l’être, je m’adresse au sol rugueux et couvert de millimètres, je lui parle longtemps, des idées nobles écrites autour, des messages minables et sublimes, des matins acrobatiques et des théories épiques.

J’abreuve le bol de l’imposteur, je me nourrie de peu tout en charmant la langue, en abaissant le sens au plus près du malaise, juste pour mûrir sans regret et vieillir dans la sagesse des cadavres.

Un miracle se fout de ma gueule tranquillement, sûr de sa distance et de sa finesse nécessaire. Rien ne nous sépare sauf l’existence, rien de plus.

Julien Brousse

Etat

medium_dscn1091.jpg

Puisqu’il faut subvenir à l’outrance et se baigner d’aigreur,

S’emballer en souriant jusqu’au bord de l’heure,

Sans ménager, sans avaler, en sachant devenir.

Celui qui subie un dernier souvenir.

Même comme un retour, comme un simple signe,

Comme avancer sans lécher les lignes,

Sans se vêtir de restes et d’insipides morsures,

Juste ouvrir un peu plus les quelques fêlures.

Julien Brousse

vendredi, 28 octobre 2005

Il eu fallu écrire

medium_jj.jpgA l'abris de la terrasse tu me regardes de loin, il eu fallu l'écrire, là aussi. Encore un petit coin du jour pour connaître en coeur nos silences, où quand je regardais le début de la fin du bout de ton regard. Filmer peut-être, il eu fallu filmer...et encore, aurais-je pu saisir ce que nous n'apercevions que quelque secondes. Comme si ça devait rester caché. Derrière ta bouche j'aperçevais, je le crois, un autre souffle. Encore, à l'écrire j'en ai quelques frissons. Ils se répendraient entre nous s'ils échappaient à ces lignes. Trop romantiques maintenant, elles eussent été moins flègmes ces lignes, moins signeuses. Et ces mots sûrement moins mièvres, moins endormis en leurs sens. Il eu fallu écrire , alors laissons là les lignes lasses.

ml

lundi, 14 mars 2005

Ta plus faible incandescence


Juste un instant, comme ça,
De balancer de douceur,
Mûr comme du coton blanc,
Juste pour leur en donner à voir,

Encore, un peu, maintenant,
S’approcher pour mieux sentir,
Ce que la vieille odeur de bougie sent encore,
Juste une trace, à peine envahissante,
Que tu peux contempler,

En vers et contre tous tes sens,

Pas du carmin piquant,
De l’or à luire au fond des yeux,
Juste un peu de moi,
Facile, fable folle encore qui file,
Pour se fixer dans tes yeux,
En donner, mon herbe folle,

Juste par plaisir, comme un matin,
Juste à peine effleuré,
Encore, avant que je devienne,
Mon nom à l’imparfait.

ml

vendredi, 11 mars 2005

Danse

Les lumière se sont éteintes. J’entre en scène. J’entrevois la beauté de ce corps qui se déplace dans une esthétique mesurée. Il occupe tout l’espace, son espace est volupté.
Je porte une robe blanche fluide. Mes pas glissent, j’angoisse, je te frôle, je te respire.
Sans y penser, je contemple avec adoration le grain de ta peau dans les lueurs indicibles.
Interdit.
Tu recules, invisible et l’errance de ma main voudrait caresser ton image. Instinct de l’instant, tu es mon pêché immortel. Pas un bruit. L’étole blanche s’affole autour de toi, attend que tu la regardes. Mais tu te recroquevilles, je ne t’atteints pas, tu as fermé les yeux à nos corps égarés dont l’un se fige à l’autre.
Plus tard je dépose un voile sur toi, c’est une esquisse que tu devines. Puis mes mouvements s’accélèrent, puis j’oublie la présence des visages qui m’entourent comme autant de masques blafards qui me condamnent dans un même rictus.
Faux-semblants.
Tes yeux me glacent et tu m’enivres encore. Danseuse laconique, je tremble en te regardant partir, j’implore cette chair que je ne peux chérir.
Valse tentation. Je me sens exposée, c’est toi qui est habillée, moi qui suis nue.
Face au symbole décadent du vide de la scène, je sanglote à ce corps à cœur éperdu. Le public est silencieux, j’aime ce silence avant les applaudissements.

F C-T.

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